La vie magnifique de Frank Dragon: premier roman

  • Année de publication : 2017
  • Chez :
  • Genres :
    Théâtre
    Poésie
  • Nombre de page : 272 pages
  • Prix éditeur : 19,00
  • ISBN : 224672791X
  • Source : Amazon

Extraits & Citations (3)

– Pour vivre, me dit-elle, il ne faut pas se sauver de quelqu'un ou de quelque chose, il faut de sauver de tout.
Je ne l’écoutais plus. Je préférais me rappeler son beau visage d'avant. Me rappeler que je l’aimais tellement, ce père minuscule. Je voulais partir, le laisser sur ce banc. Je voulais retrouver mes bons Pères à moi. Il était vieux. Il me suppliait d'écouter ses baraques et ses froids de canard. Le fils du bon Dieu nous observait et il écoutait pour comprendre, mais il ne comprenait pas. Même le fils du bon Dieu ne pouvait comprendre mon papa minuscule. Je voulais m’enfuir devant ce père que je ne connaissais plus. Il ne s’arrêtait plus de parler de sa voix de veilleuse...
Je ne l’écoutais plus. Je préférais me rappeler son beau visage d'avant. Me rappeler que je l’aimais tellement, ce père minuscule. Je voulais partir, le laisser sur ce banc. Je voulais retrouver mes bons Pères à moi. Il était vieux. Il me suppliait d'écouter ses baraques et ses froids de canard. Le fils du bon Dieu nous observait et il écoutait pour comprendre, mais il ne comprenait pas. Même le fils du bon Dieu ne pouvait comprendre mon papa minuscule. Je voulais m’enfuir devant ce père que je ne connaissais plus. Il ne s’arrêtait plus de parler de sa voix de veilleuse...

Les avis sur ce livre (1)

Les avis

Le 24 janvier, 2017 - 09:24
On ne sort pas indemne de la Vie magnifique de Frank Dragon. Il y d'abord de la douceur poétique, présente du début à la fin, mais aussi de la violence des êtres (les parents entre eux qui se déchirent devant l'enfant, les képis qui menacent de les rafler) et des situations (la seconde guerre mondiale qui s'installe en France), une violence parfois très crue, dans lesquelles la grossièreté n'est jamais absente, mais la grossièreté ne fait-elle pas partie de nos vies et ne dit-elle pas plus vite la vérité ? Il y a ensuite des personnages désarmants, Frank Dragon, le petit garçon mutique auquel on s'accroche comme à une bouée de sauvetage pendant le récit. Mais il y aussi la Grand-Mère qui recueille l'enfant pendant la guerre, truculente mamie égoïste et généreuse, humaine et Maréchaliste (elle discute avec le portrait de Pétain dans sa salle à manger !), c'est une description touchante de ce qu'on pu être les français pendant la guerre, humains pour la plupart (la France a sauvé la majorité de "ses" Juifs) et suiveurs de Pétain, le héros de Verdun (faux héros ?). Et puis il y a Sauveur Léglise, jeune gavroche de province qui parle de liberté, veut se battre contre les boches juste pour avoir de le droit d'être dans la Résistance et de conduire une belle voiture, et puis il y a Taté, le papa, qui revient des camps transi de démence. Sans oublier Inigo, qui initie l'enfant à la foi et à la transcendance... Comme c'est un roman très ouvert, qui mêle des réflexions profondes au jugement premier degré d'un petit garçon, on est ballotté en permanence dans la beauté extrême de l'écriture et la crudité des situations, comme ce massacre du village dans lequel vit le petit Frank et son amoureuse Béatrice en 1944 par les nazis, drame oublié aujourd'hui mais qui a ravagé bien des régions françaises... Je suis donc sorti enchantée et déboussolée d'un tel roman, qui me parait unique en lui-même et dont l'auteur, Stéphane Arfi, nous amène du coté de la vie pour mieux nous faire voir qu'elle est ce qu'elle est : belle, idiote, cruelle, magique, à vivre ! Les passages ou le héros croise Louis Ferdinand Céline qui le soigne (en tant que médecin) ou lorsque Frank s'installe en SDF devant l'immeuble d'Albert Camus complète ce roman de sa touche personnelle et littéraire qui donne envie de le défendre et de l'offrir autour de soi. Pour réfléchir, pour aller mieux. Pour vivre. Je suivrai cet auteur.

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