Hommage

Pleins feux sur John Irving, star du Festival America 2018

Propulsé  il y a 30 ans sur la scène littéraire avec Le Monde selon Garp, John Irving fait partie de ces écrivains qui accumulent les succès. Publiée depuis ses débuts au Seuil, son œuvre est aujourd’hui traduite dans une quarantaine de langues. Il est l’invité d’honneur de cette 9e édition du Festival AMERICA de Vincennes à l’occasion de la réédition du Monde selon Garp par les éditions du Seuil (sortie le jeudi 20 septembre 2018, traduction Maurice Rambaud). Viabooks vous en dit plus sur cet auteur contemporain incontournable.

John Ivring en quelques mots

Né en 1942, John Winslow Irving est un romancier et scénariste américain. Tout d’abord passionné de lutte, il choisit ses études en fonction de son entraineur. Il ne va cependant pas exceller dans la formation qu’il choisit, passant plus de temps à lire qu’à étudier. En 1963, à 21 ans, il obtient une bourse d'étude pour aller passer un an à Vienne. Ce séjour est un tournant majeur dans sa vie puisque c'est dans cette ville qu'il puise la matière de son premier roman, "Liberté pour les ours". Il séjourne également à Londres et en Grèce. La carrière littéraire de John Irving débute en 1968 avec la publication de son premier roman. Si le livre rencontre un accueil chaleureux coté critique, au niveau commerciale cela n’est pas véritablement un succès. Son deuxième et troisième roman "L'Épopée du buveur d'eau" et "Un Mariage poids moyen" auront le même sort.

Au vu de ces problèmes de promotion assurée par la maison d’édition Random House, qui ne lui permettent pas de vivre de sa passion, il choisit de faire publier son quatrième roman "Le Monde selon Garp" par Dutton Books. Ce dernier lui promet un succès plus conséquent et une couverture commerciale plus importante. Ce tournant marque le début de la gloire pour l’écrivain puisque le roman fut un best-seller international. Après l'immense succès de ce roman en 1978, John Irving peut enfin vivre uniquement de sa plume. Le roman qui reçoit le National Book Award sera par la suite porté à l’écran par George Roy Hill. En 1985, il publie "L'Œuvre de Dieu, la part du Diable" qui aboutit également à une adaptation sur le grand écran réalisée par Lasse Hallström et grâce à laquelle, Irving reçoit un Oscar du cinéma pour son scénario en 2000. En 2009, il publie « Dernière nuit à Twisted River » puis « À moi seul bien des personnages » en 2012, roman abordant l'identité sexuelle. "Avenue des mystères", son quinzième et dernier roman, pour le moment, est publié en 2015.

Une ligne directive

Un grand nombre de thèmes sont récurrents dans l’œuvre d’Irving. La Nouvelle-Angleterre, les prostituées, la lutte, Vienne, l'Iowa, les ours, les accidents mortels ou les relations sexuelles entre adolescents et femmes plus âgées et le viol, sont des sujets qui traversent régulièrement ses romans. L’absence parentale d’un des personnages principaux revient également régulièrement. Quarante ans plus tard, on observe que son roman phare Garp n'a pas vieilli. Nombre des thèmes abordés dans le roman sont plus que jamais d'actualité (l'émancipation féminine, la liberté sexuelle, la critique du mâle dominant et prédateur...). John Irving, storyteller virtuose, grand lecteur de Dickens, pose les jalons de ce qui fera son succès : des romans tragicomiques foisonnants où le loufoque côtoie l’introspection, les réflexions de société, les commentaires sur l’écriture et la littérature, où s’enchaînent les péripéties rocambolesques, servies par une galerie de personnages hauts en couleur.

Les incontournables

Le Monde selon Garp, 1978

Jenny Fields ne veut pas d'homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d'écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n'est jamais loin. Un livre culte, à l'imagination foisonnante, qui regorge de personnages atypiques, en marge de la société. Le lecteur rencontre alors Jenny l'indépendante, Roberta le transsexuel attachant et bien entendu Garp, écrivain et père de famille. Au travers de ces caractères, et de bien d’autres, l’auteur offre une facétieuse satire de notre monde. En alternant comédie et tragédie, il esquisse une réflexion sur l’être humain, l’amour, les Etats Unis et bien sur l’écriture. La fluidité du style et la légèreté du ton sont très agréables et emportent le lecteur du début jusqu’à la fin.

Extrait : « Un faible gazouillis filtre des rares postes de télé encore branchés sur The Late Show et la lueur bleu-gris des écrans palpite aux fenêtres de certaines maisons. Pour Garp, cette lueur est pareille à un cancer, insidieuse et engourdissante. Elle endort le monde entier. Qui sait si la télévision ne provoque pas le cancer, se dit Garp; mais son irritation est en fait une irritation d’écrivain; il sait que partout où luit la télévision, veille quelqu’un qui ne lit pas. »

L’Œuvre de Dieu, la Part du Diable, 1985

Dans un orphelinat situé au fin fond du Maine, Wilbur Larch, gynécologue excentrique, se livre à une double mission : mettre au monde des enfants non désirés, et futurs orphelins - " l'oeuvre de Dieu " -, interrompre illégalement des grossesses - " la part du Diable ". Mais entre lui et un orphelin réfractaire à quatre tentatives d'adoption, vont peu à peu se développer des sentiments qui ressemblent fort à ceux d'un père et d'un fils. Ici John Ivrving aborde un sujet sans conteste compliqué, l’abandon à la naissance et l’avortement dans les années 30-50. Néanmoins l’auteur traite cette thématique avec la sensibilité qui lui est propre sans prendre parti. Nous suivons alors les points de vue des deux camps. D'un côté, le Docteur Larch qui souhaite venir en aide, protéger et soigner ses patients incarne, ce qui pour lui revient également à mettre fin à des grossesses non désirées et de l'autre, Homer Wells, pour qui le foetus est un être vivant avant tout. Cette comédie dramatique est avant tout une fresque de personnages émouvants.

Extrait : « Et le problème de l'amour, ajouta-t-il, c'est qu'on ne peut forcer personne. Il est naturel de désirer que ceux qu'on aime fassent ce que l'on veut, ou ce que l'on croit bon pour eux, mais on est obligé de laisser les choses arriver. On ne peut pas plus intervenir dans la vie de ceux qu'on aime, que dans la vie des gens qu'on ne connaît pas. Et c'est dur, dit-il encore, parce qu'on a très souvent envie d’intervenir- on a envie d'être celui qui tire les plans.

-C'est dur d'avoir envie de protéger quelqu'un et d'en être incapable, fit observer Ange.

-On ne peut pas protéger les gens, petit, répondit Wally. Tout ce qu'on peut faire, c'est les aimer. »

Une prière pour Owen, 1989

Agé de onze ans, Owen en paraissait six à peine. Mais sa frêle enveloppe dissimulait une volonté de fer, une foi absolue et la conviction profonde qu'il était l'instrument de Dieu. Bien des années plus tard, depuis le Canada où il s'est installé, John Wheelwright évoque avec nostalgie le puzzle de sa jeunesse, dans une petite ville du New Hampshire : la vie de collégien, les premiers émois amoureux, la quête du père inconnu, les débuts sournois de la guerre du Vietnam ; et par-dessus tout l'amitié parfaite avec Owen - l'irrésistible Owen qui s'était voué à la double tâche de réparer le tort causé à John et de sauver le monde. Dans cette œuvre on retrouve le choix de l’auteur pour des personnages aillant une vision du monde singulière. Owen est un personnage diffèrent autant par son physique, que par son esprit vif et acéré. Néanmoins le roman ne se résume pas à ce personnage remarquable. Le lecteur peut ressentir derrière cette œuvre, très personnelle pour l’auteur, une histoire universelle qui peut toucher de nombreuses personnes. Le talent de l’écrivain réside dans la beauté de son écriture et dans sa manière si particulière de faire passer du rire aux larmes ses lecteurs. Ce roman, fort en émotion, bouleversera plus d’une âme. 

Extraits : « Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n'arrivent plus, son parfum qui s'efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. »

« Depuis le lointain Noël 1953, j'ai toujours considéré cette période de fête comme un enfer pour les familles qui ont subi la perte d'un être cher et qui ne sont pas au complet ; la prétendue coutume des cadeaux vaut autant pour ceux que l'on donne que pour ceux que l'on reçoit. C'est à Noël que nous prenons conscience de ce qui nous manque. »

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