Stephen King, maître incontesté de l’horreur, a préfacé un recueil de nouvelles de Daphne du Maurier : histoires à ne pas lire après minuit ( « Pas après minuit » ) .
Je n’ai pas suivi son conseil.
J’étais rentré tard, il n’était pas loin d’une heure du matin et je n’avais pas sommeil.
J’ai ouvert le livre innocemment.
La première nouvelle « The Blue Lenses », m’a paru plutôt inoffensive, une histoire médicale.
Erreur fatale.
Daphne du Maurier, c’est la paranoïa absolue
Daphne du Maurier c’est la paranoïa absolue.
J’ai passé le reste de la nuit, à épier le moindre craquement, la moindre ombre fugace.
Page après page, je sentais comme le souffle d’une menace derrière ma nuque.
…
Marda West est menacée de cécité progressive.
À moins d’une intervention chirurgicale révolutionnaire que lui propose le Dr Greaves, un ophtalmologiste renommé.
Elle restera aveugle plusieurs semaines après la chirurgie, puis on lui ôtera ses pansements pour lui faire porter des lentilles bleues avec lesquelles elle aura une vision temporaire en noir et blanc. Ce n’est qu’après qu’on lui ajustera des lentilles définitives pour retrouver une vision normale.
Tout se passe bien pour Marda.
Voir ou ne pas voir....
Les soins postopératoires prodigués par Nurse Brand le jour et Nurse Ansel la nuit, l’apaisent sur l’issue de l’intervention. Les infirmières sont efficaces, attentionnées. Leurs voix sont douces, leurs caresses apaisantes, leurs peaux sentent bon.
Chaque soir, son mari Jim vient la visiter après son boulot. Il lui apporte des fleurs, des friandises et son amour.
Pour Marda, avec ses bandages devant les yeux, l’univers environnant est tactile, auditif et olfactif. C’est un cocon rassurant.
Vient le jour tant attendu de l’ablation des pansements et de la pose des lentilles bleues.
Marda exulte de joie.
Elle va enfin voir.
Mais ce qu’elle découvre, dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer dans ses pires cauchemars.
Autour d’elle une ronde diabolique où Nurse Ansel, Nurse Brand, Dr Grieves et Jim se tiennent la main.
Autant refermer les yeux.
…
Nouvelles noires pour nuits blanches...
Stephen King nous avait prévenus, lui-même pourtant aguerri au pire, ne s’est pas remis du sort de Marda.
Je suis un homme courageux, et j’ai été jusqu’au bout de la nouvelle, dont les deux dernières lignes m’ont complètement anéanti.
Je suis également un homme bon et je ne vous raconterai pas la fin de l’histoire. Pour ne pas spoiler mais surtout pour ne pas pas troubler à jamais le reste de vos nuits.
Daphne du Maurier c’est l’anti-vivre ensemble.
Pour elle, tout notre entourage, jusqu’au plus intime, est suspect.
Je suis parti me coucher, le front moite, les mains tremblantes.
Ma femme dormait paisiblement.
J’ai fermé les yeux, en espérant que demain matin, à mon réveil, ma femme n’aura pas changé.
> « Pas après minuit » de Daphne du Maurier, édition française en 2000, Albin Michel, 384 pages ou «After Midnight » nouvelle édition anglaise en 2025 Virago, avec une préface de Stephen King, 607 pages
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Daniel Sarfati est médecin ORL, passionné par le langage, par les signes, la lecture des mots qui s’écrivent, se lisent sur une page ou sur des lèvres, les histoires qui se vivent ou qui s’inventent.