Prix Françoise Sagan 2026

« Ma gloire » de Florent Oiseau : les lumières d'un homme sans qualités

Dans « Ma gloire » (Gallimard), Florent Oiseau suit les déambulations d'un homme sans emploi, sans ambition et presque sans avenir, qui promène son ivresse dans un Paris populaire. Mais derrière la dérive de l'alcool et les cocasseries des rencontres, c’est une histoire d’amour, de filiation et de survie que l’écrivain compose avec tendresse. Ce livre vient d'être primé par le prix Françoise Sagan. Le jury a été sensible à la manière dont l'auteur se saisit des choses simples de la vie pour les illuminer de son regard. 

Portrait de Florent Oiseau lors de la remise de son prix au Grand Hôtel Cayré à Saint-Germain-des-Prés © Olivia Phelip Portrait de Florent Oiseau lors de la remise de son prix au Grand Hôtel Cayré à Saint-Germain-des-Prés © Olivia Phelip

Il y a des romans qui font du bien. Ceux qui transmettent une petite musique qui persiste par delà la lecture. 

Avec Ma gloire, Florent Oiseau nous entraîne dans les déambulations d'un homme fraîchement licencié, alcoolique sans remords et sans ambition, qui erre dans un Paris populaire entre bars, petits trafics de la porte de Bagnolet jusqu'au cimetière de Charonne. A ses côtés, sa femme Almeria et sa fille Lune composent son socle affectif malgré tout.

De l'alcool et d'autres choses

On voit le narrateur se laisser couler, comme on le dirait d'une rivière, dans le cours de sa vie avec des petits riens qui éclairent sa journée. Le héros ne se présente pas en victime. Sa dérive lui permet d'observer les marginaux, les noctambules et les personnages anonymes du XXe arrondissement, tous ceux qui composent un ensemble aussi divers qu'improbable. Et puis il y a le petit verre au bistrot dont il ne cache pas l'addiction.

« J’aime tous les stades de l’ivresse, chaque verre, le premier et ceux dont je ne me souviens plus. J’aime l’ivresse frivole comme la saoulerie mélancolique, être à peine grisé ou détruit pour de bon, boire quand tout le monde dort et quand quelque chose me réveille pour passer le temps ou le figer.
Avec l’alcool, je n’oublie pas plus que je ne me souviens. Il développe mon acuité autant qu’il la saborde. Il  me limite et me prive, m’offre et me reprend. 
» ( page 12)

Miroir en ombre portée

Si ce théâtre d'ombres appelle une certaine déchéance, il compose aussi un miroir d'infortune, vers les malmenés de la vie. Ceux qu'on ne regarde pas, copains de comptoir ou de quartier. Et surtout ces histoires qu'il faut se raconter pour continuer à vivre, imaginaire salvateur et véritable évasion. L'imagination est ce qui reste quand on a tout perdu ?

« On dit voilà le soleil et je comprends, c’est toujours lui. Mais on dit aussi la pluie arrive alors qu’on devrait parler d’une pluie. En revanche, je ne sais pas s’il faut dire la nuit ou une nuit. Je me penche là-dessus depuis longtemps maintenant et j’ai un doute, est-ce toujours la même nuit qui m’attrape et me séduit, ou, à l’inverse, une amante inédite et différente chaque fois ? Je garde ce travail analytique pour une journée sans projet. » (page 15)

Le soutien d'une femme, l'amour d'une fille, 

L'imagination ne fait pas tout. Le narrateur s'appuie sur l'amour de ses proches. Mère et fille l'entourent avec affection. Surtout, la petite fille de 10 ans, Lune, qui éclaire sa nuit et ses jours. Elle le choisit même pour jouer une fée dans le spectacle de fin d’année de son école. Le match alcool-famille est lancé. De l'un ou de l'autre, on ne peut dire qui gagnera.
«Quand on se perd soi, on perd également les gens qu’on aime le plus.»
Et si les tribulations d'un désabusé à Paris nous apprennaient à regarder le monde autrement, à perdre son temps quand on n'a plus rien ni à perdre, ni à vendre?  Le début d'une liberté et d'une certaine poésie à découvrir ?
« C’est fragile, une fenêtre, comme toutes les choses qui permettent de mieux voir, comme les lunettes, comme le temps. »

Le jury du prix Françoise Sagan a été séduit par ce texte décalé, qui, à aucun moment, ne parle de performance ou d'efficacité. A l'heure où les process viennent remplacer la spontanéité, les retours sur investissements, la réalité des objectifs, et les ambitions, les relations, lire un livre qui glorifie les petits arrangements avec le réel d'un être sans qualités nous redonne paradoxalement un peu d'humanité. Et cela fait du bien.

> « Ma gloire » de Florent Oiseau, éditions Gallimard, 175 pages, 19 euros >> acheter le livre

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A propos du prix Françoise Sagan

Le prix créé par Denis Westhoff, le fils de Françoise Sagan est décerné par un jury composé de personnalités issues des mondes littéraire, artistique, médiatique et culturel. Cette année 12 membres le composaient : la romancière Nathalie Azoulai ; la libraire Sandrine Babu, fondatrice de la librairie L’Instant à Paris ; Gaëlle Bidan ; l’autrice Emmanuelle Brame ; Carole Chretiennot ; la comédienne et réalisatrice Anne Consigny ; la journaliste et biographe Sophie Delassein (Le Nouvel Observateur) ; la romancière et dramaturge Joffrine Donnadieu ; la philosophe et essayiste Sophie Galabru ; l’avocat pénaliste et ancien bâtonnier de Paris Pierre-Olivier Sur ; Denis Westhoff, fondateur du Prix Françoise Sagan ; ainsi que la dessinatrice et peintre Aline Zalko.
Cette année la crémonie de remise du prix s'est déroulée au Miiro-Grand Hôtel Cayré à Saint Germain des Prés.

En savoir plus

Visionner une vidéo où Florent Oiseau parle de son livre (Réalisation Gallimard) :

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