Destinée et filiation, histoire et transmission, nature et engagement, notre sélection BD aborde, bulles en tête, les thèmes clés de la rentrée littéraire. Sur fond de SF, « Providence » (Sarbacane) de Nicolas Dehghani nous plonge dans une relation père-fils où, face à un pouvoir cynique et froid, la rébellion épouse le deuil et la colère. David Prudhomme offre un écrin de lumière aussi poétique que le texte de Laurent Gaudé, « Les Oliviers du Négus » (Actes Sud), qu'il met en pages dessinées comme un voyage mémoriel guidé par les oliviers. Avec « Le Clan de Walden » (Dargaud), Catherine Meurisse nous invite à une promenade en forêt autour du père de l'écologie moderne et de la désobéissance civile. Un Thoreau qui prend avec ses amis animaux, l'avenir de la planète par les cornes. Civique, décapant et réjouissant, que demander de plus ?
Destinée et filiation, histoire et transmission, nature et engagement, notre sélection BD aborde bulles en tête les thèmes clés de la rentrée littéraire. Sur fond de SF, « Providence » (Sarbacane) de Nicolas Dehghani nous plonge dans une relation père-fils où, face à un pouvoir cynique et froid, la rébellion épouse le deuil et la colère. David Prudhomme offre un écrin de lumière aussi poétique que le texte de Laurent Gaudé, « Les Oliviers du Négus » (Actes Sud), qu'il met en pages dessinées comme un voyage mémoriel guidé par les oliviers. Avec « Le Clan de Walden » (Dargaud), Catherine Meurisse nous invite à une promenade en forêt autour du père de l'écologie moderne et de la désobéissance civile. Un Thoreau qui prend avec ses amis animaux, l'avenir de la planète par les cornes. Civique, décapant et réjouissant, que demander de plus ?
Déterminisme et filiation : une histoire entre fidélité et rébellion
Jeune terrien, Keren Kepler a gagné par son esprit et ses brillantes études le droit de servir et de rejoindre l'élite : les Providencins qui règnent sur la planète rouge, terraformée pour eux par les Terriens. En conflit avec son supérieur hiérarchique, hermétique à ses idées pour améliorer les relations Terriens-Providencins, Keren perd la vie dans un étrange accident. Triste, désespéré et sous le poids de la colère, son père tente de faire son deuil et mène sa propre enquête...
Un drame SF somptueux, riche et puissant
Mais quelle splendeur, dans le fond comme sur la forme ! Ce 2ème opus de Nicolas Dehghani confirme, cinq ans après son polar noir « Ceux qui brûlent » (Sarbacane), les talents réunis du graphiste et de l'auteur rennais. Si le récit prend son temps sur 336 pages, jamais l'attention ni la tension ne faiblissent. L'histoire nous tient en haleine et ses personnages nous parlent comme rarement dans ce genre. Et que dire de ses thèmes : rapports de classes, relations homme-machine - IA bien sûr -, déterminisme, engagement, amitié, amour filial et paternel, deuil, transmission... Dehghani ne fait pas les choses à moitié. Son Providence riche et puissant est aussi sensible et actuel.
Un monde qui nous aspire et nous pénètre
Dans la lignée d'un « Bienvenue à Gattaca » au cinéma, le monde de Providence nous aspire et nous pénètre : ses formes, ses couleurs, ses codes que le jeune Keren souhaiterait faire évoluer pour plus d'humanité. L'empathie avec tous les personnages est constante, sans manichéisme. On pense au « Terre ou Lune » de Jade Khoo chez Morgen et son héros Othello. Comme au jeu éponyme, le monde n'est ni tout noir, ni tout blanc. La palette de « Providence » l'incarne et le porte avec ses nuances de gris et d'orange, le rouge de la colère qui gronde sans sembler pouvoir jamais s'éteindre, comme un deuil trop violent. Il y a tant de choses à dire sur cet album où chaque personnage à sa manière, selon son camp, sa génération, aspire et oeuvre à un monde meilleur. D'autres références bd récentes s'imposent : le « Karl » de Cyril Bonin chez Sarbacane aussi avec toute son intelligence émotionnelle, « Fantasy » (Bubble Editions) de Yoann Kavege et ses deux destinées qui se heurtent. Providence a désormais sa place à côté d'eux.
Trois hommes et un dess(e)in
Trois hommes, le narrateur, un vieil éthiopien qui a combattu en Abyssinie avant de déserter et Frédéric II, roi des Deux-Siciles, partagent l'amour de la terre de ce petit village des Pouilles, Peschici. Quand le narrateur se rend avec sa famille à l'enterrement du vieil éthiopien, Zio Négus, les souvenirs affluent. Zio vivait en marge du village et parlait pour ces arbres, les oliviers qui ont tant d'histoires à raconter...
Une adaptation juste, vivante et touchante...
Si la nouvelle originelle de Laurent Gaudé est l'histoire de trois hommes aux récits mêlés dans le même sol à travers les siècles, son adaptation en bd est la rencontre parfaite de deux hommes d'aujourd'hui heureux de transmettre, qui par le texte, qui par le dessin. « Il y a quatre ans, j'ai découvert 'Les Oliviers du Négus' par l'oreille. Ma compagne me l'a lue a voix basse presque chuchotée, un soir. Au dernier mot, j'ai dit : Mais c'est pour moi ! Je dois la dessiner. Ce récit donne l'envie et la force de transmettre. » confie David Prudhomme. Séduit par la beauté et la vocalité de la langue de Gaudé, le dessinateur donne les traits de l'écrivain à son narrateur.
... aussi évidente que la rencontre Gaudé - Prudhomme
Le mot de l'éditeur
1845, les Etats-Unis succombent à la société industrielle. esclavagiste et matérialiste. Thoreau, lui, la refuse. Dans une cabane en pleine nature, il mène une vie sobre et autosuffisante. Apprenant la construction d'un barrage, il organise la résistance...
Une comédie engagée, drôle et captivante
Edward Abbey avait imaginé « Le Gang de la clé à molette »- bientôt adapté en BD - et fait rire, un peu noir, sur un sujet sérieux, l'écologie et la résistance civile. Catherine Meurisse, elle, imagine « Le Clan de Walden », sur le même sujet et les mêmes enjeux, d'une actualité brûlante. Pour sensibiliser, convaincre voire inciter à l'action, quoi de mieux que l'humour ? 10 ans après « La Légèreté » et son rocher, la forêt de Walden où se retire le philosophe et naturaliste Thoreau (1817-1862) inspire à Catherine Meurisse une comédie engagée, drôle et captivante.
Vif et vivant, corrosif et salutaire
Pour cet album, Catherine Meurisse a emprunté les outils de Claire Bretécher. Personnages directs et imagés, humour intelligent et sens de la dérision, la rencontre par pinceaux interposés regorge d'esprit ! Des dialogues incisifs à double détente, des tableaux aquarelles soufflés par la nature, cette fable personnelle dessine, sans cacher aucun arbre de la forêt, une frise très vivante des courants de pensée et d'action écologique. On se régale sur le fond comme sur la forme. Un grand Meurisse !

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