Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pasolini meurt assassiné sur une plage près de Rome. Un roman graphique paru cette année, « L'ange Pasolini » (Denoël), restitue cet abject épilogue et imagine qu'un ange apparaît au réalisateur pendant son agonie. Le dialogue s'engage et nous livre un portrait introspectif, lyrique et ciselé du scandaleux poète, polémiste et cinéaste italien. Un biopic aussi graphique que profond, puissant, sensible et inspiré. Indispensable.
Il y a 50 ans, le 1er novembre 1975, une bande de garçons masqués attire Pier Paolo Pasolini dans un guet-apens sur une plage d'Ostie près de Rome. Agressé, molesté puis assassiné, on découvre son corps un jour plus tard. L'Ange Pasolini, le roman graphique signé par Arnaud Delalande, Denis Gombert et Eric Liberge s'ouvre sur ce triste épilogue qui marie lyrisme et violence, grandeur et décadence. Les circonstances atroces et le corps mutilé du réalisateur tranchent avec l'ange qui lui apparaît pendant son agonie. Le dialogue s'engage entre les deux et nourrit la suite du récit. Le cinéaste de La Passion selon Saint-Matthieu et de Théorème, aussi pieux que blasphémateur, revoit les épisodes clés d'une vie créatrice complexe, exaltée et douloureuse. Et si cette vie qui s'en va et son œuvre qui défile se réconciliaient ?

Après un Fritz Lang Le maudit (Les Arènes BD) d'excellente facture, le tandem Eric Liberge- Arnaud Delalande récidive et s'adjoint pour cette nouvelle biographie d'un maître du cinéma les services de Denis Gombert, un spécialiste des livres. Car si Pasolini est plus connu en France pour ses films, l'Italie le découvre et le prime dès la fin des années 1940 pour son œuvre poétique et sa littérature. Poète, féru d'art et le voyant aussi, comme le visage du Christ, dans les regards de ces ragazzi qu'il aime, de toutes les façons, et célèbre avec passion, Pasolini livre en mourant la dernière page d'une vie construite comme une œuvre.

Cette biographie lui rend une parfaite justice, sans proposer le moindre jugement qui serait ici de trop. Des jugements, Pasolini en a suffisamment eus de son vivant. On ne fait pas non plus le procès de sa mort. En un mot, on vit la vie de Pasolini. C'est prenant, impactant, d'une rare sensibilité et belle érudition qui sait rester accessible. Bravo aux deux scénaristes, Denis Gombert et Arnaud Delalande qui avaient déjà remporté la Mention Spéciale du Grand prix de la bande dessinée chrétienne du Festival d'Angoulême pour un Face-à-face Jésus-Pilate publié chez Robinson. Bravo aussi à eux pour le choix d'Eric Liberge : comme Pasolini, l'invisible et le divin lui vont bien. Mieux que bien même, avec ce noir et blanc d'aquarelle où la vie et la mort, le réel et le surnaturel, le martyre et l'empathie se côtoient et se marient.
> « L'Ange Pasolini », Arnaud Delalande (scénario), Denis Gombert (scénario), Eric Liberge (dessin), Denoël BD, 104 pages, 26,00 € >> Lien pour acheter le livre

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