Sans attendre les poids lourds de fin d'année - Astérix, Lucky Luke, Blake et Mortimer... - le 9ème art nous livre de précieux albums au regard original sur des enjeux et sujets profonds. Monsieur Chouette et David B. percent les murs de nos craintes, le sublime Hazara Blues distille l'errance de l'exil comme un conte cruel tandis que Les Cheveux d'Edith invite les enfants revenus de l'enfer à croire à nouveau au paradis. Trois romans graphiques forts sur l'exil, la peur et la mémoire.
Avec ses Astérix, Lucky Luke et autres Blake et Mortimer ou Blueberry annoncés, le dernier trimestre bd de l'année sera musclé. De nombreuses et belles sorties jalonnent déjà ce mois de septembre où l'autofiction et une vision décalée du réel marquent la production. Ce regard original sur des enjeux et sujets profonds traverse toute notre sélection. Avec Monsieur Chouette, David B. perce la muraille de nos craintes, le sublime Hazara Blues distille l'errance de l'exil comme un conte cruel tandis que Les Cheveux d'Edith invite les enfants sortis de l'enfer des camps à recroire au paradis. Trois romans graphiques forts et réussis.
La petite Marie a peur de tout : quand elle voit un clochard par exemple, la misère l'effraie et elle craint de se retrouver elle aussi à la rue. Son ombre-même avec laquelle elle jouait enfant la terrorise à présent. Une nuit où elle rase les murs dans la ville, elle rencontre Monsieur Chouette. Monsieur Chouette n'est pas n'importe qui, Monsieur Chouette est un animal psychopompe : il peut vous faire voyager au pays des morts, à l'abri de tous les dangers qu'on peut y croiser. Et si Marie le suivait ?...

Un voyage onirique et un roman graphique au regard perçant
David B. revient pour cet album chez l'éditeur qu'il a aidé à naître, L'Association. Son dessin à l'encre de chine et sa poésie teintée d'humour, de mythologie et de surréalisme y font mouche avec un noir et blanc envoûtant et une histoire qui fait son lit entre Lewis Caroll et Marcel Aymé, dans des décors et une ambiance qui oscillent entre M le Maudit et Inception. L'auteur explique qu'il savait où il allait pour cette course-poursuite au long cours - 256 pages - mais qu'il a aussi pris plaisir à se laisser dériver au gré de ce récit initiatique en forme de voyage onirique. Un voyage à faire plusieurs fois, sans aucun doute, pour adapter son rythme de lecture et se laisser happer, tantôt par le dessin, tantôt par l'action ou par des dialogues tout aussi poétiques. Derrière la beauté plastique - les planches pleine page sont des tableaux où plonger de longs instants entre Bosch et de Chirico -, la critique - la peur ? - d'un monde déshumanisé perce et touche au but : la guerre, le fascisme, l'Occupation, les atteintes au vivant et à la diversité, au rêve et à l'espoir.
>> Monsieur Chouette - David B. - L'Association - 256 pages, 35 €

Le mot de l'éditeur
Parfois les histoires, c'est une question de vie ou de mort. Reza doit en raconter une particulièrement convaincante à l'agente en charge de lui délivrer - ou pas - le statut de réfugié politique en France. Alors il se lance dans le récit de son peuple bafoué, les Hazaras, et de son périple de Téhéran à Paris, en passant par Kaboul. La gardienne du château lui donnera-t-elle les clés tant espérées, celles de la liberté ?

Reza Sahibdad, un auteur né en 1980
Né en 1980 à Mashhad en Iran, Reza Sahibdad, l'auteur, acteur de ce récit autobiographique et par ailleurs cinéaste, est en réalité afghan. Il appartient à l’ethnie Hazara, paria en Iran comme en Afghanistan. Enfant, il comprend vite que lui et les siens ne sont pas les bienvenus, qu’on n’aime pas son petit nez et ses yeux en amande. La maîtresse l’oblige à déclarer devant toute la classe qu’il est afghan, et en rentrant de l’école, il peut lire sur des affiches dans la rue « Ce pays est beau mais ce n’est pas le vôtre ». À 10 ans, il commence à travailler et il accompagne sa mère rendre visite dans les geôles du pays à son frère, prisonnier politique. En grandissant, il découvre le cinéma en achetant des cassettes VHS sur le marché noir, qu’il cache sous son manteau. À 26 ans, après être tombé dans l’opium, il se déguise en imam pour échapper aux contrôles de police et suivre à Téhéran les cours d’un grand réalisateur. Aussi, quand il est invité au Vatican pour y recevoir un prix pour son premier film, il fait une promesse à son frère. Ne jamais revenir dans un pays où on risque sa vie pour être né Hazara.

Un voyage au cœur de l'exil intense et saisissant
A l'instar des Contes des 1001 Nuits, la poésie épouse ici la cruauté, sur le fond comme dans la forme nourrie d'art et d'imaginaire, de la Perse antique au cinéma contemporain. L'entente et l'amitié entre l'auteur et le dessinateur percent aussi dans chaque case de ce voyage au cœur de l'exil. Cet ouvrage saisissant de beauté, intense, sensible et profond est un véritable chef-d'œuvre.
>> Hazara Blues, Téhéran, Kaboul, Paris - Reza Sahibdad (auteur), Yann Damezin (dessinateur) - Sarbacane - 240 pages, 29,50 €
L'histoire
Depuis qu'elle est au Lutétia, les cheveux d'Édith repoussent mais sa tête est ailleurs, dans les camps de la mort d'où Édith a pu rentrer, comme 18 000 déportés accueillis par des bénévoles dans l'hôtel parisien d'avril à août 1945. Louis, Loulou pour ses amis, malgré ses 17 ans et le bac qui l'attend rejoint le rang de ces bénévoles et reconnaît Édith qu'il a vue dans un des bus qui, cette fois-ci, reviennent...
Tendre et pénétrant, le retour des camps vu à hauteur d'enfant
La petite histoire - une histoire d'amour belle à en pleurer- et la grande avec un H majuscule et horrible - celle des camps de la mort, encore indicible à l'époque et encore plus pour leurs survivants - se rejoignent pour former un récit qui suspend le temps. le dessin admirable et touchant distille la tendresse ou l'effroi sans excès. La même pudeur imprègne le découpage riche en cases silencieuses et les dialogues simples et sensibles. Et puis il y a tous ces personnages. Oh, ils ne sont pas très nombreux : les parents de Louis - le père chauffeur de bus -, sa petite soeur, ses copains de lycée, leur professeur qui revient lui aussi des camps, un bras en moins, le patron du cinéma où Louis travaille deux soir par semaine et qui projette en ces jours de mai 1945 le 1er volet des Enfants du Paradis, Edith bien sûr, une enfant revenue de l'enfer elle, et son amie qui doit la laisser... Oui, tous ces personnages réussis nous guident dans un monde qui revit, dans un Paris qui veut aussi oublier qu'il n'avait pas cessé de vivre.
>> Les Cheveux d'Edith - Fabienne Blanchut et Catherine Locandro (scénario), Dawid (dessin et couleurs) - Dargaud - 160 pages, 22,95 €

Le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse qui ouvrira ses portes le mercredi 25 novembre prochain à Montreuil (Seine-Saint-Denis) à 9 heures,
Déjà lauréate des Prix Blù/Jean-Marc Roberts Littérature de la Fête du livre de Saint-Etienne, Lucie Rico est aussi la lauréate du
Philippe Vasset remporte le prix Médicis 2026 pour son roman « Dans les grandes lignes » (Flammarion), un roman dans leque
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