Sur scène

Alain Teulié nous fait partager "Le dernier baiser de Mozart"

Dans Le dernier baiser de Mozart (Editions Michel de Maule), Alain Teulié revient sur la participation de Franz-Xaver Süssmayr à la composition du Requiem de Mozart après la mort du musicien, tout en révélant la véritable personnalité de Constance Mozart. Ce texte est une pièce qui se lit autant qu'elle se déguste au théâtre du Petit Montparnasse, dans une mise en scène signée Raphaëlle Cambray avec Delphine Depardieu et Guillaume Marquet. Courez-y vite, la pièce est formidable et le texte, savoureux. Alain Teulié nous livre quelques secrets de sa partition.

Légende photo : Delphine Depardieu et Guillaume Marquet sur la scène du Petit Montparnasse

Vienne, décembre 1791. Wolfgang Amadeus Mozart vient de mourir. Constance, sa veuve, doit faire front. Seule et désargentée, il lui faut trouver le disciple capable de terminer le fameux Requiem. Franz-Xaver Süssmayr, qui ne la laisse pas indifférente, sera-t-il à la hauteur du Maître ? Là est la question. Alain Teulié nous enchante avec un texte enlevé, qui alterne marivaudage et fascination pour l'absent, Mozart, à qui cette pièce rend hommage. Car au-delà de l'anecdote Süssmayr, c'est tout le génie de Mozart qui transpire à chaque minute de ce texte, qui se lit autant qu'il s'écoute en scène. Alain Teulié nous confie les dessous de cette belle aventure qui est à la fois littéraire, musicale et théâtrale. 

1- Pouvez-vous nous présenter le sujet de votre pièce de théâtre?

Alain Teulié : Le dernier baiser de Mozart, c'est le dernier baiser que Mozart va offrir, à Constance, sa femme en 1791. C'est à Vienne. Il est mort depuis une semaine et ce baiser, c'est donc un baiser de l'au-delà. On l'apprend à la fin de la pièce, mais c'est un secret de polichinelle. On avait demandé un Requiem à Mozart, avant sa mort. Il est mort d'épuisement, de fatigue et maintenant on le sait, d’insuffisance rénale, mais à l'époque on ne le savait pas. Constance se retrouve un peu perdue et elle va être obligée d'achever ce Requiem pour récupérer des ducas. Pour cette œuvre, elle va demander l'aide de Franz Süssmayr qui avait 24 ans et avec qui elle avait une relation intime.

2- Comment expliquer cette injustice de postérité pour Franz Süssmayr?

A.T. : C'est un faux secret ! Même si on va sur internet, c'est Franz Süssmayr qui a achevé le Requiem. Parfois dans certains concerts d'églises, il est affiché « Le Requiem de Mozart et de Süssmayr ». En fait, il y a des œuvres qui sont tellement belles qu'on a du mal à penser qu'elles auraient pu être l'œuvre de deux hommes. De mon côté, je pense tout de même que Süssmayr n'aurait pas pu faire le Requiem de lui-même, car il y a eu l'impulsion fondamenatle de Mozart. L'impulsion du génie était là. Franz Süssmayr adorait et admirait Mozart. Même si Franz Süssmayr a pu achever cette partition dans l'esprit du maître, le public, comme les musicologues, n'aiment pas trop avouer qu'une si belle œuvre n'est pas entièrement celle de Mozart.

3- Parlez-nous du personnage de Constance Mozart...

A.T. : J'ai mis en avant le caractère de Constance. J’ai beaucoup aimé, comme tout le monde, la pièce de Peter Shaffer et le film « Amadeus ». Malgré tout, Constance y était décrite comme une femme peu intelligente, légère...un peu godiche. Je tiens à préciser que c’est Constance Mozart qui a inventé « le droit d'auteur ». Elle s'est dit: « Il y en a assez maintenant que les musiciens gagnent de l'argent uniquement quand ils dirigent l'orchestre ou quand ils jouent au sein de l'orchestre. Il n'y a pas de raison que, quand une œuvre est composée surtout avec le talent de Mozart, elle ne soit pas rémunérée pour lui ou pour ses ayants-droits, lorsque que la musique s'exécute dans d'autres pays.» C'est elle qui a mis cela en place, c'est elle qui s'est battue. C'était une femme de tête. Surtout, je ne pense pas que Mozart aurait pu aimer une femme qui n'aurait pas été brillante. C'était un couple magnifique. Pour preuves : les lettres sublimes de Mozart à Constance, qu'on peut trouver dans les librairies. Il l'aime jusqu'au bout et même malade, il la protège et ne lui dit rien. C'est un amour qui va jusqu'au bout. Même si la fidélité n'a pas toujours été présente, ils se sont réellement aimés.

4- Finalement votre pièce met en scène un trio : Mozart, Constance et Franz Süssmayr...

A.T. : Constance dit au milieu de la pièce que c'est pratiquement un trio amoureux. Mais le vrai trio amoureux était : Mozart, Constance et la musique. Je crois qu’au XVIIIe siècle, les mœurs étaient différentes. On le voit dans « Les liaisons dangereuses ». Je crois que nous, au XXIe siècle, nous sommes dans la période la plus « sérieuse » de tous les temps !  Il y a un retour de l'ordre moral. À l'époque, on avait à la fois pour les enfants, pour les amours, pour le mariage, une vision beaucoup plus libre. J'ai aimé cette espèce de "scoop" plutôt incroyable, pour moi qui ne connaissais pas l'histoire de Franz Süssmayr de cette double postérité. Ce que j'ai trouvé d’exceptionnel c'est surtout Mozart. Tout est hors normes chez lui : il est mort si jeune, à 35 ans et malgré toutes ses difficultés, il a réussi à faire publier plus de 630 œuvres... Franz Süssmayr s'est hissé à la hauteur de Mozart pour terminer le Requiem. Moi aussi, j'ai eu l'impression de rentrer dans la vie personnelle de Mozart. Son génie m'a porté en quelque sorte. J'ai pu accéder à un autre style, peut-être un peu plus brillant, plus aérien que d'habitude. Je ne dirais pas que Mozart m'a donné plus de talent, mais j'en ai eu un peu plus que je n'en aurais eu pour un autre style ou pour une pièce un peu plus banale! 

5- Votre pièce a fait un triomphe au dernier Festival d’Avignon off. Parlez-nous des réactions du public ?

A.T. : Une fois que le public a compris que ce n’était pas un concert, mais une pièce de théâtre... Personnellement, j'ai voulu faire une pièce de théâtre, car je m'ennuie beaucoup au théâtre. Le théâtre est l'un des arts les plus difficiles. Cela demande le talent des acteurs, un texte qui ressemble à quelque chose, une belle mise en scène qui montre l'histoire au lieu de l'étouffer. Les gens ont été séduits et j'espère qu'ils le sont aussi ici à Paris au Petit Montparnasse. Le public a vu dans ma pièce deux êtres réalistes. Car je tiens à dire, qu'entre la mise en scène de Raphaëlle Cambrey et l'interprétation de Delphine Depardieu et Guillaume Marquet, je suis servi sur un plateau, non pas d'argent, mais d'or ! Ils sont vrais. C’est ce que je voulais : faire d'une pièce du passé qui ait l'air de se dérouler au présent. Les personnes du XVIIIe siècle vivaient comme nous, ils avaient les mêmes volontés, les mêmes attentes, les mêmes peurs, les mêmes désirs... J'ai donc l'impression que les gens voient ce qui se passe devant eux comme si le décalage dans le temps n'existait plus.

>Alain Teulié, Le baiser de Mozart, Editions Michel de Maule
La pièce mise en scène par Raphaële Cambray avec Delphine Depardieu et Guillaume Marquet se joue au Théâtre du Petit-Montparnasse jusqu' au 26 novembre 2016. 
>> Plus d'informations sur le site du Théâtre Le Petit-Montparnasse

En savoir plus

>Visionnez  un extrait de la pièce en vidéo :

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