TRISTAN ET ISEULT

Extrait de Tristan & Iseult

C’était le printemps.
La terre avait retiré son manteau de neige et des perles scintillantes venaient ramper,
courir, dévaler quelque pente. Encouragés par ce spectacle, les arbres tendaient leurs
bras, non plus pour supplier un répit, mais pour affirmer l’espoir du renouveau et d’un
bonheur à venir. La forêt reconstruisant son temple, le lierre et le bois paraissaient se
marier sous la chaude lueur. Aussi timides que l’aurore, les bleuets, les iris naissaient,
ici ou là, craintivement, étonnés de cette enceinte dont ils n’avaient gardé qu’un lointain
souvenir. Et une étoile sauvage se laissait caresser par le vent du matin. C’était le
printemps, la vie imposait son règne.
De même qu’un rayon fendant l’hiver, un homme s’avançait, seul, noyé dans ses
pensées comme dans un mystère, n’entendant même pas les sons de l’univers, droit
devant, et toujours s’avançant. Des quatre directions, il avait choisi la seule possible, et
se dirigeait vers l’est. Que cherchait-il ? Nul le sait. Mais il avançait, matin, jour et
nuit, sans jamais s’arrêter, sans jamais bifurquer. Nulle fatigue pourtant, sa voix le
transportait malgré lui. L’homme avançait au rythme de son souffle, et peu à peu, des
animaux se joignaient à sa marche en un rituel d’une origine incertaine. C’étaient des
sangliers, des serpents, des cerfs… Et les ours le suivaient, et les loups l’admiraient.
Et chaque pas sur la terre était un battement, une pulsation à peine perceptible, celle
qui affirme la puissance du monde dans sa secrète répétition.

Au-dessus de lui, le ciel, bleu comme le rêve. La voûte dont le bord encerclait le
regard. C’était l’infini contenu entre ses deux extrémités, où une droite ligne tendue vers
l’horizon se voyait contrainte de se courber. Dans tout objet, nuage, vent, étoile, dans
toute naissance et vie, un chiffre mystique attendait, non révélé. Et l’homme quêtait le
signifié, inlassablement. Et la courbe s’enroulait davantage, se brisait, et laissait peu à
peu apparaître des éclats, des taches, des points, dont les multiples couleurs virevoltaient
dans les airs. Des oiseaux ? Des esprits ? Combien étaient-ils ? Ils chantaient pour
lui. Ils chantaient avec lui. Et ils chantaient en lui. L’univers était un, mais la mélodie
faisait trembler ses sept notes de bonheur. L’essaim de sons dansait en rond, ainsi
qu’une flèche mal décochée.

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