Les Écrits

une histoire de Vadkraam, chapitre cinq

 

Sin fo et Reg'liss continuaient d’avancer au hasard des rues, tentant de cacher leurs armes et marchant le plus vite possible sans courir, afin de ne pas trop attirer l’attention. N’ayant pas d’autre idée, ils retournèrent chez Berg. Après s’être assurés que personne ne les avait vu entrer, ils bloquèrent la porte avec une table. Après un long moment, Reg'liss se décida à briser le silence.

- On ne peut pas rester ici, ils sont sûrement à notre recherche.

- Alors quoi ? Nous sortons et nous nous promenons jusqu’à tomber sur des soldats ?

- Bien sur que non ! Mais je pense que pour l’instant ils nous recherchent en ville, et ils vont sans doute fouiller toutes les maisons. Ça va leur prendre un peu de temps, il faut donc partir immédiatement pour prendre de l’avance.

- Où veux-tu aller Reg'liss ? Nous ne savons même pas où nous sommes.

- On s’en tient au plan initial : on suit le chemin de la forêt jusqu’en ville, et de là, on tente de rejoindre Ts’ing Tao.

- D’accord. Cherchons dans ce capharnaüm si quelque chose peut nous servir. Le vieux Berg n’en n’aura plus l’utilité… En disant cela, de nouvelles larmes coulèrent sur ses joues.

Ils trouvèrent des sacs, de vieilles vestes de voyage, des couvertures et quelques vivres. Reg'liss prit également un couteau qui lui permettrait de chasser sur la route. Sin fo quant à elle avait toujours son poignard.

Après avoir vérifié que la rue était déserte, Sin fo et Reg'liss sortirent en silence. Le vieux Berg leur avait indiqué la route de la vieille forêt deux jours auparavant, et heureusement pour eux elle n’était située qu’à quelques centaines de mètres de sa maison. Ils traversèrent ainsi le quartier jusqu’à la sortie de la ville, non sans s’être cachés plusieurs fois pour éviter la rencontre d’une patrouille de soldats.

 

La route qui menait à la forêt était un chemin de terre bordé de pierres grises qui s’étirait à travers une immense plaine. Il partait du village en ligne droite vers l’horizon, et seuls quelques arbres disséminés ça et là venaient rompre la monotonie du paysage. Après environ une heure de marche, nos deux héros entendirent un bruit de sabots. Craignant que ce ne soit des soldats, ils quittèrent la route et se jetèrent au sol dès que l’herbe fut assez haute pour les cacher. Leur peur s’estompa lorsqu’ils virent qu’il ne s’agissait que d’une roulotte de marchand ambulant. Ils sortirent des fourrés et après avoir discuté un peu, le marchand accepta de les conduire un bout de chemin. Ce fut une chance pour les deux jeunes gens car ils furent bientôt dépassés par un cavalier portant le même uniforme que les assassins de Berg. Cherchant deux personnes à pied, celui-ci ne prêta pas attention à une roulotte de marchand.

Alors que la nuit tombait, la carriole s’arrêta à un embranchement. Le marchand leur expliqua alors :

- Je continue vers le nord, j’ai encore plusieurs villages à traverser. Si vous voulez vraiment traverser la forêt, c’est vers l’est, à environ deux kilomètres d’ici. Mais je vous conseille de passer la nuit avant de vous aventurer là dedans. Vous pourriez y faire de drôles de rencontres.

Sin fo et Reg’liss le remercièrent, lui souhaitèrent bonne route, et tandis qu’il partait vers la gauche, ils prirent vers la droite en direction de la forêt. Là, la route n’était plus qu’un sentier qu’il était difficile de distinguer dans les hautes herbes. Lorsqu’ils parvinrent à l’orée de la forêt, la nuit était sombre, malgré la lune qui trônait déjà haut dans le ciel. Les deux jeunes gens décidèrent de camper là pour la nuit. Ils dînèrent de quelques fruits et d’un morceau de pain trouvés chez le vieux Berg, puis ils s’endormirent transis de froid, se refusant à allumer un feu, de peur que leurs poursuivants ne les repèrent.

 

Sin fo passa une mauvaise nuit. Elle revit en rêve la mort de Berg, puis elle vit une armée entière avancer vers elle, les cottes de maille cliquetant au rythme du pas des soldats. Ceux-ci avançaient inexorablement et elle ne pouvait pas s’échapper. Soudain son rêve s’évanouit. Elle ne voyait plus que l’obscurité de ses paupières closes, mais le cliquetis se faisait toujours entendre. Elle ouvrit les yeux. Une silhouette au dessus d’elle lui cachait la lune et fouillait dans leurs affaires. Sin fo bondit et plaqua l’intrus au sol, mais celui-ci se dégagea en lui assenant un coup violent dans les côtes, avant de s’enfuir en direction des arbres. Malgré la douleur, Sin fo entreprit de poursuivre l’intrus. Mais celui-ci avait pris trop d’avance, et Sin fo fut bientôt contrainte d’abandonner.

Son retour au campement lui sembla étrangement prendre plus de temps que sa première course. Une fois sortie de la forêt, elle trouva Reg'liss profondément endormi. De mauvaise humeur, elle le réveilla d’un coup de pied dans le bas du dos. Reg'liss se mit sur son séant en grognant.

- Qu’est-ce qui te prends ?

- Tu es incroyable ! Une troupe entière de soldats pourrait venir, tu ne te réveillerais pas avant qu’ils t’aient mis en cellule. Je viens de me battre juste à côté de toi.

- Quoi ? Contre qui ?

- Je l’ignore. Un homme qui fouillait nos affaires. Il s’est enfui dans la forêt.

- Tu ne l’as pas suivi ?

- Bien sur que si, qu’imagines-tu ! Mais il fait nuit et la forêt est sombre. Je l’ai perdu de vue. Et maintenant j’estime en avoir assez fait pour ce soir, alors tu vas rester éveillé et veiller à ce qu’il ne revienne pas.

Elle s’allongea quelques mètres plus loin, tournant le dos à Reg'liss, et elle ne dit plus un mot.

 

Au matin, la douleur des côtes de Sin fo avait disparu, emportant avec elle sa mauvaise humeur. Tandis qu’ils mangeaient leurs derniers fruits pour le petit déjeuner, la jeune femme dit à son ami :

- Le marchand nous avait prévenu, nous risquons de faire de mauvaises rencontres dans ce bois. L’incident de cette nuit nous le prouve. Mais je crois qu’il y a autre chose dont nous devons nous méfier. J'ai eu une étrange impression en revenant par ici. Je crois qu'il y a quelque chose dans cette forêt. Quelque chose qui te permet d'entrer mais ne te laisse pas facilement sortir.

 

Ils reprirent leur route et il ne fallut pas longtemps à Reg'liss pour comprendre ce que voulait dire son amie. Sur Incuna, il avait souvent exploré les bois, si bien qu'il connaissait chaque talus, chaque clairière, chaque fossé. Il lui était arrivé de se perdre lorsqu'il était plus jeune, mais jamais il n'avait eu un sentiment tel qu'il le ressentait à présent. Même dans la forêt qu'il avait traversé avec Sin fo, bien qu'elle lui était inconnue, il avait été à l'aise. Mais cette fois-ci, c'était différent. Les arbres étaient sombres, leurs branches entremêlées empêchaient les soleils de répandre leur chaleur sous leur voûte, et la mousse et le lichen qui recouvraient les troncs et pendaient des branches accentuaient l'aspect glacial de la forêt. Mais ce qui était le plus oppressant, c'était le silence. Aucun chant d'oiseau, aucun murmure de vent, aucun bruissement de feuilles ne se faisaient entendre. Nos deux héros se sentaient isolés, totalement seuls dans un monde duquel toute vie aurait été effacée. Ils avançaient de plus en plus lentement, essayant de suivre une ligne droite vers l'est, chaque pas leur semblant alourdir leurs membres. A chaque mètre parcouru, la chaleur quittait un peu plus leur corps. Vers la fin de la matinée, Sin fo, qui marchait derrière, s'arrêta au pied d'un orme et resta immobile. S'apercevant de son absence, Reg'liss retourna sur ses pas et la trouva recroquevillée, parcourue de tremblements et le regard éteint, comme perdu dans les ténèbres. Elle était blême et Reg'liss, terrifié, se mit à genoux à ses côtés et, ne sachant pas quoi faire d'autre, lui prit la main.

Sin fo avait l'impression de couler au fond d'un lac. Elle était oppressée par l'obscurité et le froid. Des images lui passaient devant les yeux, tous ses souvenirs les plus affreux, notamment la mort de Berg. Soudain elle perçut une faible chaleur dans la main. La vie revenait en elle peu à peu, comme une flamme perçant les ombres de la nuit.

Reg'liss sentit que son amie lui serrait très faiblement la main. Il la souleva doucement et la tint contre lui pour la réchauffer. Après un moment, Sin fo recula son visage sans chercher à se soustraire à l'étreinte de son ami, et les yeux toujours clos elle posa ses lèvres sur celles de Reg'liss. A ce contact, les ténèbres s'évanouirent totalement et le visage de la jeune femme reprit son habituel teint rosé. Elle cala sa tête contre l'épaule de Reg'liss et s'endormit.

 

Lorsque Sin fo se réveilla, elle était étendue contre l'orme sous une couverture, Reg'liss lui tenant la main. En la voyant ouvrir les yeux, il lui adressa un large sourire.

- Comment tu te sens ?

- Je meurs de faim. Quelle heure est-il ?

- Environ sept heures.
- C'est l'heure de diner.

- De déjeuner. Il est sept heures du matin.

- J'ai dormi toute la journée ? demanda-t-elle incrédule. Reg'liss acquiesça d'un signe de tête avant de reprendre.

- Tu m'as vraiment fait peur tu sais. J'ai cru que tu étais... que tu étais... morte, finit-il dans un murmure.

- C'était presque le cas, et soudain j'ai senti la vie revenir en moi. Si tu n'avais pas été là je ne me serais probablement jamais réveillée.

Reg'liss s'apprêta à lui parler du baiser qu'elle lui avait donné, mais il ne sut trouver les mots et se contenta de détourner le regard après avoir fixé un court instant celui de Sin fo. Celle-ci se leva prudemment et se dégourdit les membres. Elle respira profondément et leva le visage vers de minces rayons de soleil qui ce jour là perçaient la voûte des arbres.

- Cette forêt me plairait presque à présent. Je me sens en pleine forme. Es-tu prêt à partir ?

- Non j'ai besoin de dormir un peu. Laisse moi une heure, et profites en pour manger un morceau.

- De dormir ? Mais qu'as-tu fait cette nuit ?

- Je veillais sur toi.

- Oh ! Excuse moi je... merci, acheva-t-elle avec un sourire.

 

Sin fo le laissa dormir plus que prévu et la matinée était bien entamée lorsqu'ils reprirent la route. Ils marchaient cette fois côte à côte, Reg'liss veillant d'un œil sur le rythme de son amie, mais son inquiétude se trouva vite infondée. La jeune femme avançait d'un pas rapide, presque trop rapide pour lui. Il leur semblait que la forêt vaincue la veille leur rendait ce jour là la tâche moins ardue. Les troncs étaient plus espacés, les soleils brillaient, et ils pouvaient voir ça et là quelques maigres parterres de fleurs. Ce changement d'atmosphère agit sur le moral de nos deux héros qui ponctuèrent leur marche d'histoires et de chants. Reg'liss venait d'entamer une vieille légende.

- C'est l'histoire du fermier Gilles qui devint roi après avoir dompté un dragon. Tout commence lorsque son chien..

Sin fo l'interrompit soudain.

- Reg'liss stop !

- Tu la connais déjà ?

- Il ne s'agit pas de ça, regarde ! Les arbres s'arrêtent. Ça y est enfin nous avons traversé la forêt !

Elle partit à vive allure dans un grand éclat de rire. Reg'liss la suivit en courant et riant lui aussi. Mais quelques mètres à peine après les derniers arbres, le sol s'ouvrait en une immense falaise à pic. Nos deux héros dérapèrent sur les cailloux et parvinrent tant bien que mal à s'immobiliser à quelques centimètres du vide.

Ils étaient parvenus au bout de l'île. Un champ de nuages aux reflets mordorés se déroulait à leurs pieds jusqu'à l'horizon au nord et au sud. Mais en face, à l'est, se trouvait une autre île cachée par la brume. Sa masse sombre flottant en suspension leur parut être à des kilomètres.

- Et maintenant ?

- Il doit bien y avoir un moyen de traverser. Nous savons que la ville est là bas, et de toute façon nous ne pouvons pas faire demi-tour.

Sin fo désigna sa droite avant de reprendre.

- Par là l'île semble s'avancer un peu plus vers l'est. Je pense que s'il existe un passage, il sera là où la traversée est la moins longue. Allons dans cette direction et ensuite nous aviserons.

Ils reprirent donc leur route, en silence cette fois, leur ardeur freinée par ce contretemps imprévu.

 

Après environ deux heures de marche, la brume s'était levée et ils virent qu'ils s'étaient effectivement rapprochés de l'autre île. Mais la distance à parcourir était encore bien trop grande pour qu'ils puissent la franchir sans aide.

Ils étaient parvenus à une presqu'île, les terres s'avançant plus avant vers l'est. A cet endroit la forêt continuait jusqu'à la falaise, obligeant nos deux héros à la traverser une nouvelle fois pour poursuivre leur chemin. Ils prirent un peu de repos avant d'entrer dans ce bosquet. Sin fo était debout, le regard fixe sur un point au dessus des arbres. Voyant cette attitude, Reg'liss s'inquiéta et la secoua doucement par l'épaule.

- Je vais bien ne t'en fais pas. J'ai cru voir quelque chose.

Reg'liss l'interrogea d'un mouvement de tête et elle lui désigna l'endroit qu'elle regardait.

- Tu vois ces oiseaux qui volent en cercle ?

- Oui.

- Un peu plus à gauche, au faîte des arbres.

- Je vois.

- Un point rouge.

- Oui.

- Je me demande ce que c'est.

Ils restèrent encore là quelques minutes en silence, puis ils se remirent en route vers ce point rouge.

Tout en traversant le bosquet, ils jetaient des coups d'œil vers le ciel pour tenter d'apercevoir ce que ce point pouvait être. Ils ne le comprirent qu'une fois sortis de la forêt.

Ils se trouvaient devant une colonne d'une dizaine de mètres, au sommet de laquelle flottait un drapeau constitué d'une pièce de tissu rouge élimée. Au pied de cette colonne se tenait un homme qui semblait en faction. Il gardait un énorme portail de bois. Sin fo et Reg'liss s'approchèrent de l'homme. Il était petit, trapu, et son visage était caché sous une barbe épaisse. Ce n'est qu'en arrivant près de lui que nos deux héros s'aperçurent qu'il avait des pattes de chèvre et que deux petites cornes lui sortaient du front. Les voyant échanger des murmures, il leur adressa un regard mauvais avant de leur demander sèchement :

- Vous n'avez jamais vu de satyre ?

- Honnêtement non. C'est pour quoi ce drapeau ?

- Pour signaler que je suis là tiens !

- Et pourquoi êtes vous là ?

- Je garde la porte évidemment ! Vous m'avez pas l'air bien malins tous les deux.

- Qu'y a-t-il derrière cette porte ?

- Mais qu'est-ce que vous faites ici si vous ne savez même pas ça ? La porte barre l'accès au pont, et ce pont sert à aller en face, vers Castelroi. La grande ville ! ajouta-t-il devant leur silence, révélateur de leur ignorance.

Reg'liss poussa un cri de joie. Il s'avança vers la porte mais le satyre se saisit d'une hallebarde qui gisait au sol et la pointa sur lui. Immédiatement Sin fo tira son poignard et vint au secours du jeune homme.

- Où crois-tu aller comme ça garçon ?

- A Castelroi bien sûr ! Vous venez de dire qu'on pouvait traverser ici.

- Mais tout se paie ici. Ça fera quinze pièces d'or par personne.

- C'est du vol !

- Tu ne crois tout de même pas que je m'échine à garder cette porte pour des clopinettes ?

- Nous n'avons pas autant d'argent, reprit Sin fo, et quand bien même nous l'aurions, nous ne paierions pas une telle somme.

- Dans ce cas mes agneaux vous allez apprendre deux choses primordiales sur les satyres. La première ce que nous sommes avides, et la seconde c'est que nous sommes prompts au combat.

Il siffla brièvement et une douzaine de satyres armés de lances et de haches sortirent de derrière les arbres et encerclèrent nos deux héros. Sin fo soupira.

- Les gens sont décidément très belliqueux dans cette région.

- Dernière chance mes agneaux. Payez ou vous le regretterez.

- Vous allez également apprendre quelque chose sur moi, je ne suis pas n'importe qui !

En un éclair, elle leva son poignard et taillada le bras du satyre. Reg'liss en profita pour se jeter sur lui. Sin fo se retourna sur la petite troupe qui était prête à bondir et s'adressa à eux d'une voix puissante.

- Fuyez misérables ! Je suis Melodora, Déesse de la Terre et proclamatrice de fléaux. Craignez mon courroux !

Tandis qu'elle disait cela, une énorme main griffue s'éleva du sol et vint s'abattre à l'endroit où se trouvaient les satyres, qui auraient été ensevelis s'ils n'avaient pas fui en poussant des cris terrifiés. Sin fo tourna la tête et vit que son ami maitrisait lui aussi la situation. Il était debout, un pied posé sur la poitrine du satyre qui se débattait pour se libérer de cette étreinte. Sin fo ramassa la hallebarde et la confia à Reg'liss. Elle releva le satyre, lui fit une clé de bras et lui plaça son poignard sous la gorge. Elle laissa Reg'liss fouiller le satyre jusqu'à trouver la clé du portail, puis elle fit se dérober le sol sous les sabots de celui-ci, jusqu'à ce que seul son buste soit visible. Avant de s'éloigner Sin fo s'adressa à lui.

- Si tu essaies d'appeler à l'aide, je reviens t'enfoncer si profondément que tu auras juste le temps de regretter de m'avoir provoqué avant de suffoquer.

- Tu ne me fais pas peur, fillette. Tu as berné mes imbéciles de frères avec tes sornettes de déesse, mais moi je ne suis pas dupe. Je vous retrouverai, toi et ton copain, et ce jour là vous me paierez l'affront que vous m'avez fait aujourd'hui.

- C'est ça, on lui dira. Viens Sin fo, allons-y.

 

Les deux jeunes gens se dirigèrent vers le haut portail de bois, et après avoir poussé un des deux lourds battants, ils s'engagèrent sur le pont menant à la ville. Haut comme quatre hommes et suffisamment large pour deux chariots, celui-ci était entièrement réalisé en bois, et à mesure que nos deux héros s'éloignaient du portail, les planches sous leurs pieds craquaient de plus en plus. Cependant les ouvriers qui avaient construit ce pont y avaient mis tout leur savoir faire et jamais il n'avait cédé en près de deux cent ans. Après avoir marché une vingtaine de minutes en silence, Sin fo et Reg'liss parvinrent à l'autre extrémité du pont, et ils se trouvèrent confrontés à un nouveau problème. De ce côté-ci également la route était barrée par un gigantesque portail, et ils n'avaient bien sûr pas la clé. Reg'liss proposa de passer en force mais Sin fo le raisonna.

- Nous nous sommes déjà fait agresser de l'autre côté, nous pouvons peut-être essayer de faire ça calmement pour une fois.

- On n'a rien à craindre. Après tout, n'es-tu pas la grande Melodora, déesse de la terre ?

- Idiot va!

- D'ailleurs d'où tiens-tu ça ? Je n'ai jamais entendu parler d'une déesse appelée Melodora.

- C'était ma grand mère en réalité et elle avait vraiment un fort caractère.

- Comme toutes les femmes de la famille visiblement.

Sin fo feignit de ne pas avoir entendu la remarque et frappa deux coups à la porte.

Il y eut presque immédiatement le cliquetis d'une serrure, puis le battant s'entrouvrit dans un long grincement. Nos deux héros, qui s'étaient préparés au même accueil que de l'autre côté, furent agréablement surpris par l'homme souriant et courtois qui leur tenait la porte.

- Soyez les bienvenus étrangers !

- Vous êtes plus aimable que vos collègues de l'autre rive.

L'homme répondit avec une grimace.

- Bruggar et ses frères. Il est vrai qu'ils ne sont pas commodes, mais ils font leur travail et ils le font bien ma foi. S'ils vous ont laissé passer, je suis sûr que vous ne causerez aucun problème.

Sin fo se mit à rire.

- Je ne vous garantis rien concernant mon ami, mais je me charge de le surveiller.

- Si vous me donnez votre parole, cela me suffit. Comptez-vous séjourner longtemps à Castelroi ?

- On est seulement de passage, mais ça risque de se prolonger si on ne trouve pas ce qu'on cherche.

- Mon père disait souvent qu'on emprunte tous un chemin diffèrent sur la longue route de la vie. Quel est le votre ?

- Nous cherchons à nous rendre à Ts'ing Tao, sur la petite île d'Incuna.

- Incuna, dites-vous ? D'autant que je puisse m'en souvenir je n'en n'ai jamais entendu parler, et pourtant j'ai vu passer nombre de voyageurs depuis dix ans !

- Ne vous en faites pas, nous nous renseignerons ailleurs.
- Et qu'allez vous faire là bas ?

- On tente de retrouver de la famille éloignée.

- Ah la famille, il n'y a rien de plus important. D'ailleurs j'y pense, s'il vous faut une chambre pour la nuit, adressez vous à l'auberge du Tonneau Malté de la part de Halbarad. Ma femme vous accueillera comme des rois.

- Nous ne l'oublierons pas, merci.

- Adieu et bonne chance. Puissions nous nous revoir, dans cette vie ou dans la prochaine !

- Adieu ! reprirent en chœur nos deux héros tout en s'éloignant vers la ville.

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