Destins et maisons d'écrivains

Sur les traces de Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar ne fut pas seulement écrivaine et Académicienne. Elle déploya une vie fortement ancrée dans la beauté de la nature que ce soit au Mont Noir où elle passa son enfance, ou aux Etats-Unis, à Petite Plaisance sur l'île des Monts Déserts, où elle termina sa vie entre livres, oiseaux et océan. Revenons sur les traces d'une femme dont l'esprit continue de transmettre avec force son goût du beau.

Née en 1903, Marguerite Yourcenar était une femme de lettres française, auteure de romans et de nouvelles « humanistes » ainsi que de récits autobiographiques. En 1980, elle fut la première femme élue à l’Académie française. Romancière, poète, historienne, critique littéraire… Marguerite Yourcenar occupe une place bien particulière dans le monde de la littérature contemporaine.

L'appel du beau

Marguerite Yourcenar, de son vrai nom, Marguerite de Crayencour, née le 8 juin 1903 à Bruxelles. Issue d’une famille noble, orpheline d’une mère dix jours après sa naissance, elle sera élevée par son père et sa grand-mère paternelle. Un père anti-conformiste et grand voyageur, qui deviendra à la fois un ami mais aussi un pédagogue pour elle. Il lui transmet son goût des voyages et de la culture antique. Père et fille passent les hivers à Lille et les étés au château de Mont-Noir, propriété familiale à Saint-Jans-Cappel. Marguerite Yourcenar mène une vie bohème entre Paris, Lausanne, Athènes, les îles grecques, Constantinople, Bruxelles, etc. Marguerite Yourcenar est bixesuelle et connait une brève histoire avec André Fraigneau, homosexuel, écrivain et éditeur chez Grasset.

Légende photo : la villa du Mont Noir, aujourd'hui transformée en musée et résidence d'écrivains, villa départementale Marguerite Yourcenar.

Les premiers pas dans les lettres

C’est en 1921, que son père lui finance à compte d’auteur « le jardin des Chimères », un premier recueil que Marguerite avait écrit deux ans plus tôt alors qu’elle n’avait que seize ans. Par la suite, Marguerite compose une vaste fresque romanesque. Ses talents de romancière avec une plume particulière se feront remarquer. Son premier roman d'un style précis et classique voit enfin le jour en 1929, « Alexis ou le traité du vain combat », l’histoire d’un jeune homme avouant son homosexualité à sa femme. L’année de la mort de son père où il eu cependant le temps de lire le premier roman de sa fille. Elle publie en 1938, « Nouvelles orientales », un recueil qui regroupe dix nouvelles publiées précédemment dans des revues littéraires. Son inspiration des fonds culturels méditerranéen,lui donne l’idée de choisir « orientales » comme adjectif. Cet ouvrage fait figure d’exception et montre divers aspects du caractère des femmes. Par la suite, il lui restait ensuite à synthétiser toutes les époques à travers sa trilogie Le Labyrinthe du monde, dont deux volumes sont parus: « souvenirs pieux » et « Archives du Nord. »

Le voyage américain

En 1939, au moment où l'Europe vole en éclat lors du début de la Seconde Guerre Mondiale, Marguerite part aux États-Unis rejoindre Grace Frick. Sa fidèle compagne qui l’accompagnera jusqu’à sa mort, faisant suite à un cancer du sein en 1979. Elles s’installent à partir de 1950 sur l’île des Monts Déserts, dans le Maine. Elles nomment leur maison « Petite-Plaisance.»  En 1947, de son premier recueil  Le jardin des Chimères  paru en 1921, elle a créé « Yourcenar », l’anagramme de son nom qui deviendra son nom légal aux États-Unis. Elle enseigne l’histoire de l’art et la littérature française jusqu’en 1953.

Légende photo: La maison "Petite Plaisance" de Marguerite Yourcenar située sur l’île des Monts Déserts dans l’état du Maine aux Etats-Unis.

1951, année de la reconnaissance

Une image de romancière singulière, très intellectuelle. Passionnée d’Histoire, de langues et technicienne du savoir. Une femme libre qui a marqué d’une plume délicate, la sensation de voyager dans ses écritures. Notamment avec « Les Mémoires d’Hadrien »,un grand succès qui lui vaut le statut d’écrivain. C’est un roman historique qui se présente comme une lettre adressée par l’empereur Hadrien vieillissant, présente à son petit-fils adoptif de dix-sept ans, Marc Aurèle, qui doit lui succéder en tant qu’empereur. Cette méditation écrite d’un homme y dresse le bilan de sa vie afin d’aider le jeune homme à se préparer à une lourde tâche qui l’attend et de lui permettre de réfléchir à l’exercice du pouvoir. En 1968 la parution de  «L’oeuvre au Noir » qui lui aussi connaît un grand succès dont le « prix Femina » à l’unanimité du jury. L’histoire du roman raconte la vie d’un personnage imaginaire dans la philosophie « humaniste ». Homme de la Renaissance, Zénon Ligre à la fois médecin, alchimiste, philosophe et clerc, d’une vie errante a beaucoup appris. Il incarne la personnalité d’un homme qui cherche mais ne peut taire la vérité, il y perdra sa liberté puis sa vie. C’est un conflit entre le matérialisme et le panthéisme des alchimistes que nous fait revivre Xénon dans cet ouvrage. Ces deux romans ont en effet comme point commun de présenter les réflexions de deux hommes, bien qu'assez différents, sur leur époque, sur le monde tel qu'ils l'ont connu.  Des romans historiques aux mémoires autobiographiques, l'œuvre de Yourcenar s'inscrit en marge du courant engagé de son époque avec ce retour à l'esthétisme et à la tradition.

Légende photo : Marguerite Yourcenar prononce son discours d'entére à l'Académie, capture décran d'un vidéo INA.

Les honneurs sans vanité

En 1971, elle est élue membre étranger à l’Académie belge de langue de littérature française. À l’Académie française, au fauteuil de Roger Caillois, le 6 mars 1980, et reçue sous la Coupole le 22 janvier 1981 grâce au soutien de Jean d’Ormesson, qui tient ce discours :«L'essentiel de Yourcenar, est dans une exigence qui va à contre-courant des tendances de l'époque. Pour dire les choses d'un mot, elle se méfie du bonheur. Elle méprise le bonheur et lui oppose le service, qui est peut-être le mot clé de sa personne et de son œuvre.» (Une autre Histoire de la Littérature, Tome II). Son arrivée sous la Coupole provoque une véritable tourmente. L’Académie, particulièrement réticente à la présence féminine. C'est une victoire de la littérature. Et des femmes. La publication de nombreuses autres œuvres  lui valurent une reconnaissance mondiale. Marguerite Yourcenar est récompensée du prix Erasme en 1983.

« Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin »

Un parcours atypique d’une femme qui aura vécu sa vie comme elle le souhaitait, femme libre, plus intéressée par les enjeux esthétiques et la recherche de la sagesse que par l'engagement politique. Dotée d’une grande sagesse, elle laisse son empreinte dans l’histoire de la littérature contemporaine. Elle s’est éteinte le 17 décembre 1987 aux États-Unis à l’âge de 84 ans entourée de ses proches. Marguerite Yourcenar, une femme qui a vécu en toute liberté,  « fille sans mère, de femme sans enfant, et d’amoureuse sans homme. »

L'esprit de Marguerite Yourcenar dans ses maisons

Que ce soit au Mont Noir, à Saint-Jans-Cappel  ou à Petite Plaisance, ces deux maisons continuent de vivre et d'honorer la mémoire de la romancière. La villa départementale Marguerite Yourcenar du Mont Noir est même devenue un haut-lieu de la littérature avec des rencontres et des résidences d'écrivains. Marguerite Yourcenar aurait sûrement aimé savoir qu'elle accompagne aujourd'hui dans sa mémoire l'amour des lettres et l'échange d'érudition. 

En savoir plus

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> Le 12 juin dernier, la Villa départementale Marguerite Yourcenar a ouvert ses portes au public qui aura ainsi la chance de découvrir ce lieu symbolique de la littérature européenne.
>Retrouvez tout le programme 2016 de la villa départemantale Marguerite Yourenar en cliquant sur ce lien
> Toutes les informations sur la maison de Marguerite Yourcenar aux États-Unis ouverte aux visites. "Petite Plaisance"

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