«Milwaukee Blues»

Louis-Philippe Dalembert et George Floyd, l’universel reportage

Milwaukee Blues (Sabine Wespieser)le douzième roman de Louis-Philippe Dalembert, a figuré sur la liste du Goncourt. Rien d’étonnant, ce roman vrai prend à bras le corps l’histoire tristement réelle de George Floyd, mort sous le genou d’un policier américain durant le premier confinement. Pour Agnès Séverin, cet événement tragique représente une plaie de plus dans l’histoire du racisme américain. 

Portrait de Louis-Philippe Dalembert, Wikipedia Portrait de Louis-Philippe Dalembert, Wikipedia

Milwaukee Blues, le douzième roman de Louis-Philippe Dalembert, a figuré sur la liste du Goncourt. Rien d’étonnant, ce roman vrai prend à bras le corps l’histoire tristement réelle de George Floyd, mort sous le genou d’un policier durant le premier confinement. Une plaie de plus dans l’histoire du racisme américain.

Un roman humaniste démonstratif

Le Goncourt est-il politique ? Il fallait un roman pour rendre hommage à George Floyd, victime d’un policier américain en mai 2020, en plein règne de Donald Trump. Voilà pour le décor. Aucun wokiste ne pourra faire reproche à l’auteur, d’origine haïtienne. Nouveau conformisme dont la littérature peut-elle s’accommoder ? Sortir intacte ?

Seconde question, fait-on un roman avec des bons sentiments ? Les personnages de Louis-Philippe Dalembert en sont pétris. Au point que son douzième roman tout entier déborde de courage face à l’adversité, de ténacité pour s’en sortir par la voie du sport universitaire – celle d’Emmett, le personnage principal du livre, d’amour filial et fraternel. Seule détonne la dernière compagne d’Emmett, jeune personnage de coquette, volage, immature, égoïste. Qui sert de contrepoint aux héros.

Un cri de colère noire

Il résulte de ces bonnes intentions une kyrielle de personnages plus lénifiants qu’attachants. C’est un roman d’initiation à qui manque la chair. Un roman humaniste qui se délite dans la démonstration. Une vision en noir et blanc. Reste une peinture nécessaire du combat de la pasteure Ma Robinson. Cette ancienne gardienne de prison représente la constance, la modération et la poigne de celle qui ne cède rien sur les principes. Bravo ! C’est le personnage le plus marquant de ce lamento qui vire au cri de colère, bien légitime. Une colère noire. Nécessaire.

L’histoire du racisme aux États-Unis est longue et ténébreuse, abyssale. Elle mérite les recherches dont témoigne la bibliographie de ce blues mêlé de rap et de R&B. Où Bob Marley manque presque de voler la vedette à Emmett. Ce héros au regard si doux.

L’auteur de Rue du Faubourg Saint-Denis et du Crayon du bon dieu n’a pas de gomme est familier de la culture américaine. Terre des possibles où les rêves immenses marchent sur les plates-bandes des rêves brisés. « Ici, il y a toujours un endroit où aller planter sa tente pour essayer de changer son rêve en réalité. Même si, à l’arrivée, tu te fais carotter par plus malin que toi, que tu crèves la gueule ouverte, sans jamais y parvenir. Au moins, tu crèves la gueule ouverte, sans jamais y parvenir. Au moins tu meurs avec l’espoir en étendard. »

Troisième interrogation, le Goncourt est-il classique ? Certainement quant à la facture des romans choisis. Pour corser un tant soit peu le genre réaliste, naturaliste, Louis-Philippe Dalembert mime le parler populaire du quartier défavorisé de Franklin Heights.

Roman à thèse, universel reportage ?

Le roman à thèse, cet universel reportage ? Pour servir une cause universelle pourquoi pas. Mais le didactisme n’en est pas le meilleur serviteur. « Tout ce monde composite avança avec foi, comme voulant faire une seule humanité à la faveur de la marche, le même espoir en un lendemain plus fraternel chevillé au cœur ». Tout cela est vrai mais sent un peu le catéchisme. Il est vrai que la liberté est un sujet difficile à manier. Il vous échappe. Prend des chemins détournés. Surprend et se fait la belle.

Mais notre pays a déboulonné Voltaire. Pourquoi ? La liberté d’expression ne vaut-elle pas une statue ? Il faut passer et repasser derrière l’Institut (que cela n’a pas l’air de bouleverser) pour vérifier sa chute (libre?) avec….COLÈRE.

>Milwaukee Blues, de Louis-Philippe Dalembert, Sabine Wespieser Editeur, 275 pages, 15,99 euros
>Lire aussi notre article sur le précédent livre de Louis-Philipe Dalembert, Avant que les ombres s'effacent

En savoir plus

>Visionner une vidéo dans laquelle Louis-Philippe Dalembert présente son livre 
Réalisation Mollat

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