Prix de la Bibliothèque nationale de France

Emmanuel Carrère, l'écrivain du doute

Le romancier Emmanuel Carrère a été récompensé récemment du prix de la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour l'ensemble de son œuvre. A cette occasion Viabooks revient sur cet auteur incontournable du paysage littéraire français.

Emmanuel Carrère, l'art du récit

Emmanuel Carrère est un écrivain, journaliste, scénariste et réalisateur français né 1957. Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris en 1979, il part travailler l’année suivante pendant deux ans à Surabaya en Indonésie pour son service national en coopération. Il débute comme critique de cinéma pour Positif et Télérama. Son premier livre, Werner Herzog, paraît en 1982. Il publie son premier roman L'Amie du jaguar en 1983 chez Flammarion puis Bravoure un an après chez POL, éditeur à qui il confiera tous ses autres ouvrages par la suite. Il publie en 1986 le roman La Moustache dont il réalisera l'adaptation cinématographique en 2005. En 1993, un tournant dans sa carrière littéraire est pris lorsqu’il décide d’écrire un livre au sujet du fait divers de Jean Claude Romand. Après sept ans de travail et de gestation l’auteur publie donc L’Adversaire, qui rencontrera un grand succès chez le public et chez les critiques. C’est également durant les années 90 qu’il découvre son penchant pour le cinéma en adaptant ses œuvres, tels que L’Adversaire, La Classe de neige, Retour à Kotelnitch ou encore La Moustache, sur le grand écran.  En 2009, il publie D'autres vies que la mienne, qui retrace l'histoire de plusieurs personnes qui ont croisé sa vie et sont marquées par la maladie, le handicap ou le deuil. Cette œuvre sera une des premières dans laquelle il ne s’exposera pas et préfèrera parler de thèmes tels le tsunami de 2004 au Sri Lanka ou le combat judiciaire contre le surendettement. Le livre sera très librement adapté au cinéma, sous le titre Toutes nos envies, réalisé par Philippe Lioret, avec comme acteurs principaux Vincent Lindon et Marie Gillain. En 2010, il est membre du jury de la compétition officielle du Festival de Cannes, présidé par Tim Burton. En 2011, il reçoit le prix Renaudot pour sa biographie romancée de l'écrivain, dissident et homme politique russe Édouard Limonov, avec lequel il a vécu pendant trois semaines à Moscou pendant la préparation du livre. C'est un des grands succès commerciaux de la rentrée littéraire en 2011. En 2014, il publie Le Royaume, récit dans lequel il mêle à l'intrigue principale l'évocation de son propre parcours. Le livre connaît une des plus larges couvertures médiatiques, et des meilleures réceptions critiques de la rentrée littéraire 2014.

Ses œuvres majeures 

La classe de neige, P.O.L, (1995)

Dès le début de cette histoire, une menace plane sur son petit héros : nous le sentons, nous le savons, tout comme lui le sait, l’a toujours su. Pourtant, quoi de plus ordinaire qu’une classe de neige ? Mais celle-ci, à partir d’un incident apparemment mineur (son père qui l’a amené en voiture repart en emportant les affaires de l’enfant) va tourner au cauchemar. Et si nous ignorons d’où va surgir le danger, quelle forme il va prendre, qui va en être l’instrument, nous savons que quelque chose est en marche, qui ne s’arrêtera pas. Ce récit à la fois percutant et perturbant questionne le pouvoir de l’inconscient. A hauteur d’enfant, le lecteur découvre l’horreur du monde adulte qui l’entoure mêlé à l’imagination de ce jeune protagoniste. Une ambiance lourde plane durant toute l’œuvre, Emmanuel Carrère fait régner l’insécurité, le traumatisme, le tout sous la coupe d’un suspense haletant qui hante le lecteur, même après avoir refermé le livre.

 

L’Adversaire, P.O.L, (2000)

«Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L'enquête a révélé qu'il n'était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu'il n'était rien d'autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d'être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Je suis entré en relation avec lui, j'ai assisté à son procès. J'ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d'imposture et d'absence. D'imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu'il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d'autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m'a touché de si près et touche, je crois, chacun d'entre nous.» Cette œuvre n’est pas un roman mais plutôt un journal de bord, dans lequel l’auteur cherche à expliquer objectivement la folie d’un homme. Avec cette œuvre Emmanuel Carrère ne veut pas substituer la justice mais comprendre ce qu’a vécu Jean Claude Romand durant toutes ces années en retraçant le parcours chronologique et psychologique de l’homme. L’auteur nous amène à une réflexion très intéressante sur ce qu’est réellement la mythomanie.    

Le Royaume, P.O.L, (2014)

« A un moment de ma vie, j'ai été chrétien. Cela a duré trois ans, c'est passé. Affaire classée alors? Il faut qu'elle ne le soit pas tout à fait pour que, vingt ans plus tard, j'aie éprouvé le besoin d'y revenir. Ces chemins du Nouveau Testament que j'ai autrefois parcourus en croyant, je les parcours aujourd'hui - en romancier? En historien? Disons en enquêteur. » Cette œuvre fais partie des ouvrages inclassables, à la fois roman historique et analyse personnelle, Emmanuel Carrère  évoque les parcours de Saint Paul et de Saint Luc, tout en assistant à la naissance du christianisme. Il effectue des allées et retours entre aujourd’hui et le passé, en ajoutant de nombreuses références littéraires et citations. Son style agréable permet de lire cette œuvre extrêmement enrichissante, comme un roman.

Lauréat 2018 du prix BNF

Depuis dix ans le prix BNF récompense chaque année un écrivain francophone vivant pour l’ensemble de son œuvre toutes disciplines confondues. Cette année Emmanuel Carrère succède à Paul Veyne. Le lauréat est doté d’un montant de 10 000 euros grâce à l’initiative de Jean-Claude Meyer, président du Cercle de la BnF : "Emmanuel Carrère mérite bien ce dixième prix, avec son écriture vive, son imaginaire exotique ou reflétant la vie quotidienne et pénétrant les dessous de l’âme humaine." Explique-t-il dans un communiqué. Laurence Engel, présidente de la BNF renchérit en expliquant le choix du jury: « C’est l’originalité d’une œuvre singulière et, dans le large spectre de cet auteur, le fil inventif qu’il a tissé entre la fiction et le réel qui nous a séduits. Le jury a voulu rendre hommage à une écriture contemporaine, qui revendique sa présence « dans le monde » et la capacité de la littérature à nous en faire saisir la portée onirique, une écriture qui a marqué la production littéraire des vingt dernières années ».

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