Rentrée de janvier 2018

Quoi de neuf du côté des auteurs étrangers?

La rentrée littéraire de janvier 2018 ne concerne pas seulement la littérature française. Les auteurs étrangers reviennent eux ici avec des œuvres, pour la plupart très attendues. Quels livres ajouteriez-vous à cette liste ? La rédaction Viabooks vous a sélectionné quelques-uns de ses livres favoris.

De Paul Auster à Elena Ferrante en passant par Aharon Applefed ou Louise Erdrich, beaucoup de beaux rendez-vous du côté de la littérature étrangère en cette rentrée de janvier 2018.

 

Elena Ferrante, L’Enfant perdue, (Gallimard)

De quoi ça parle ? La fin de Celle qui fuit et celle qui reste, Lila montait son entreprise d’informatique avec Enzo, et Elena réalisait enfin son rêve : aimer Nino et être aimée de lui, quitte à abandonner son mari et à mettre en danger sa carrière d’écrivain. Car elle s’affirme comme une auteure importante et l’écriture l’occupe de plus en plus, au détriment de l’éducation de ses deux filles, Dede et Elsa. L’histoire d’Elena et de Nino est passionnelle, et bientôt Elena vit au gré de ses escapades pour retrouver son amant. Lors d’une visite à Naples, elle apprend que Lila cherche à la voir à tout prix.

Pourquoi on aime ? L’enfant perdue achève en beauté la quadrilogie des romans d’Elena Ferrante qui ont tant séduit. Aussi riche en événements et  rebondissements que les précédents, l’auteur dépeint, comme à son habitude, un grand nombre de personnages et d'intrigues envoûtants. Le récit de cette amitié fusionnelle entre Lena et Lila nous aura tenue en haleine du début jusqu’à la fin. C’est avec regret que le lecteur referme cette saga napolitaine, mais également avec de nombreuses questions en tête, en particulier sur le devenir de Lila. Néanmoins Elena Ferrante referme cette oeuvre sur un très beau coup de théâtre. La boucle est bouclée.  

Paul Auster, 4 3 2 1, (Actes Sud)

De quoi ça parle ? À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Ham- bourg et s’embarqua sur l’Impératrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du XXe siècle. À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson. Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Auster décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traversent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties.

Pourquoi on aime ? Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu'il se serait passé si vous aviez fait un choix plutôt qu’un autre? C’est en tout cas la question que pose Paul Auster. Après 7 ans d’absence il revient enfin, avec un roman qualifié par certain de « chef-d’œuvre ». Cette œuvre est probablement la plus personnelle de l’auteur. Alors qu’elle paraît l’année des 70 ans de l’auteur, elle pourrait être qualifiée de « bilan ». Ce  livre 4 en 1, de plus de 1000 pages se lit d'une traite, au risque de ne plus savoir qui est qui et ainsi perdre le fil. Si vous suivez ce conseil; alors vous parcourrez les pages, en compagnie de l’auteur pour à la fin du récit, retourner au début de l’œuvre grâce à une orchestration brillante.

Arundhati Roy, Le Ministère du bonheur suprême, (Gallimard)

De quoi ça parle ? Le Ministère du Bonheur Suprême nous emporte dans un voyage au long cours, des quartiers surpeuplés du Vieux Delhi vers la nouvelle métropole en plein essor et, au-delà, vers la Vallée du Cachemire et les forêts de l’Inde centrale, où guerre et paix sont interchangeables et où, de temps à autre, le retour à «l’ordre» est déclaré. Anjum, qui fut d’abord Aftab, déroule un tapis élimé dans un cimetière de la ville dont elle a fait son foyer. Un bébé apparaît soudain un peu après minuit sur un trottoir, couché dans un berceau de détritus. L’énigmatique S. Tilottama est une absence autant qu’une présence dans la vie des trois hommes qui l’aiment.

Pourquoi on aime ? Vingt ans après le succès mondial de Dieu des Petits Riens, jusqu’alors son unique fiction, l'écrivaine et militante Arundhati Roy revient avec un roman, puissant et plus politique que jamais. Le Ministère du bonheur suprême dépeint merveilleusement une Inde en pleine mutation religieuse, politique et culturelle. Sans aucun tabou, l’auteure permet à ceux que l’on ne veut pas écouter, de s’exprimer. Cette lecture implique néanmoins une certaine connaissance de l'histoire de l'Inde et de ses traditions, si l’on veut l’apprécier comme il se doit.

Aharon Appelfeld, Des jours d’une stupéfiante clarté, (édition de L’Olivier)

De quoi ça parle ? Theo Kornfeld a vingt ans lorsqu’il quitte le camp de concentration que ses gardiens viennent d’abandonner à l’approche des Russes. Il n’a qu’un seul but : retrouver la maison familiale. Errant sur les chemins, blessés au plus profond d’eux-mêmes, les déportés qu’il croise lui rappellent l’horreur à laquelle il a survécu, tandis que d’autres figures émergent de son passé. Celle de sa mère, Yetti, une femme à la beauté exceptionnelle, au caractère fantasque, qui aimait les églises, les monastères et l’œuvre de Bach. Celle de Martin, un père trop discret que Theo va apprendre à mieux connaître.

Pourquoi on aime ? Figure majeure de la littérature israélienne, Aharon Appelfeld est décédé récemment, en laissant derrière lui Des jours d’une stupéfiante clarté, son œuvre ultime. Dans ce livre, la quête de Theo est également un chemin de rédemption pour l’écrivain qui pose de nombreuses questions essentielles. Est-ce possible de survivre après la Shoah ? Est-il possible d’arriver à vivre et surtout à aimer normalement ? L’œuvre n’y répond pas toujours, cependant le lecteur y découvre une œuvre originale, qui a fortement sa place dans la construction de l’histoire juive du XXe siècle. Aharon Appelfeld maniait l’art du roman comme personne, cette œuvre posthume est une manière de dire adieu, à ses lecteurs, tout en beauté.

Louise Erdrich, LaRose, (Albin Michel)

De quoi ça parle ? Dakota du Nord, 1999. Un vent glacial souffle sur la plaine et le ciel, d’un gris acier, recouvre les champs nus d’un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c’est la chasse au cerf qui annonce l’entrée dans l’automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, est impatient d’honorer la tradition. Sûr de son coup, il vise et tire. Et tandis que l’animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s’effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.

Pourquoi on aime ? Louise Erdrich fait partie des grandes romancières de la littérature nord-américaine. Avec son dernier livre, le lecteur plonge au cœur de la famille amérindienne LaRose et découvre un formidable arbre généalogique entre hier et aujourd’hui. Au-delà de cet incroyable récit de famille, l'auteur nous fait découvrir les traditions amérindiennes, leur volonté d’entretenir la mémoire de leur peuple, et aussi les problèmes de cohabitation avec les blancs et leur décalage avec la société américaine WASP. Cette œuvre précieuse vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent.

Jim Lynch, Face au vent, (Gallmeister)

De quoi ça parle ? Dans la famille Johannssen, la voile est une question d’ADN. Installés au cœur de la baie de Seattle, le grand-père dessine les voiliers, le père les construit, la mère, admiratrice d’Einstein, calcule leur trajectoire. Si les deux frères, Bernard et Josh, ont hérité de cette passion, c’est la jeune et charismatique Ruby qui sait le mieux jouer avec les éléments. Seule sur un bateau, elle fait corps avec le vent. Mais lorsqu’un jour elle décide d’abandonner cette carrière toute tracée, la famille explose. Bien des années plus tard, les parents se sont éloignés, Bernard a pris la fuite sur les océans, Ruby travaille dans l’humanitaire en Afrique. Quant à Josh, il cherche inlassablement son idéal féminin sur un chantier naval à Olympia. Douze ans après la rupture, une ultime course sera l’occasion de retrouvailles risquées pour cette famille attachante et dysfonctionnelle.

Pourquoi on aime ? Jim Lynch nous offre une saga familiale hors du commun, à travers 360 pages qui filent à une vitesse incroyable. Passion, rêve, espoirs, doutes, le lecteur découvre une famille de navigateurs, avec ses défauts et ses qualités. Ce livre dépeint à merveille la difficulté des rapports familiaux et amoureux avec un père grincheux et ses enfants tous différents, aux chemins diamétralement opposés. L’auteur pose un œil critique sur cette riche famille de navigateurs, qui le deviennent, non par envie, mais parce qu’ils en ont les moyens. Malgré tout, le lecteur s’attache très vite à cette famille qui prête parfois à sourire. Si vous ne connaissez pas Jim Lynch, ce roman sera une belle expérience pour découvrir la jolie plume de l’auteur. 

Sebastian Barry, Des jours sans fin, (Joëlle Losfeld)

De quoi ça parle ? Chassé de son pays d’origine par la Grande Famine, Thomas McNulty, un jeune émigré irlandais, vient tenter sa chance en Amérique. Sa destinée se liera à celle de John Cole, l’ami et amour de sa vie. Dans le récit de Thomas, la violence de l’Histoire se fait profondément ressentir dans le corps humain, livré à la faim, au froid et parfois à une peur abjecte. Tour à tour Thomas et John combattent les Indiens des grandes plaines de l’Ouest, se travestissent en femmes pour des spectacles, et s’engagent du côté de l’Union dans la guerre de Sécession. Malgré la violence de ces fresques se dessine cependant le portrait d’une famille aussi étrange que touchante, composée de ce couple inséparable, de Winona leur fille adoptive sioux bien-aimée et du vieux poète noir McSweny comme grand-père.

Pourquoi on aime ? Des jours sans fin est une aventure humaine au cœur d’une Amérique en construction du XIXe siècle. Le parcours du peuple irlandais qui immigre aux Etats Unis est bien décrit. Depuis leur pays d'origine aux côtes américaines, le lecteur suit avec attention le personnage principal, Thomas McNulty. Derrière chaque page se cache une volonté de savourer tous les instants qui nous sont proposés, d'avancer coûte que coûte, d'aimer, tout simplement de vivre. Les descriptions soignées nous emmènent dans des territoires immenses. Le lecteur découvre des modèles de sociétés très différents, tout y est décrit avec un réalisme d'une très grande qualité, à couper le souffle. On referme ce livre avec cette impression étrange d’avoir, nous aussi, sillonné des espaces immenses et vécu cette fresque des guerres américaines sans concession.

Hari Kunzru, Larmes blanches, (JC Lattès)

De quoi ça parle ? Carter et Seth, âgés d’une vingtaine d’années, appartiennent a des mondes opposés. Le premier est l’héritier d’une grande fortune américaine, l’autre est un misfit social sans le sou, timide et maladroit. Ils forment un tandem  uni par une passion commune, la musique, qu’ils écoutent dans leur studio. Seth, obsédé par le son, enregistre par hasard un chanteur de blues inconnu dans Washington Square. Carter, enthousiasmé par la mélodie, l’envoie  sur Internet, prétendant que c’est un disque de blues des années 20, un vinyle perdu depuis longtemps, œuvre d’un musicien obscur, Charlie Shaw. Lorsqu’un vieux collectionneur les contacte pour leur dire que leur faux musicien de blues a réellement existé, Seth accompagné par Leonie, la sœur de Carter, partent dans le Mississipi sur les traces de ce personnage.

Pourquoi on aime ? Identité raciale aux États-Unis, musique, blues, l’œuvre d’Hari Kunzru est une histoire toute à la fois universelle et actuelle. Carter et Seth sont deux jeunes qui ne vivent que pour la musique et qui créent leurs morceaux sur des logiciels dans leur chambre. Cette œuvre dégage quelque chose d’envoutant, d’ensorcelant. Nous sommes happés par les notes et les sons. Nous basculons dans un monde où la musique ébranle autant les personnages principaux que le lecteur. Si l’identité raciale est le fil conducteur du roman, l’auteur choisi un angle qui permet de ne pas la vivre de manière traditionnelle. Il propose davantage des constats autour de la musique noire et de sa culture. L’œuvre est réellement une expérience littéraire à vivre, qu’on ne peut pas appréhender, tant qu’on ne l’a pas lue. Même si le livre ne plaît pas à tout le monde, une chose est sûre, Hari Kunzru signe un de ses récits, les plus brillants.

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