Critique Libre
Erri de Lucca : une histoire ocre de terre et de sang
par Johanna Galis, le 23 avril 2012
Des vies qui ont été ravagées par la guerre persistent à vivre par amour des autres. En filigrane une langue s'ouvre à la beauté d'un monde. Depuis ses écrits qui s'inscrivent dans le temps, un adolescent découvre l'amour avec une jeune-fille. Montedidio est un roman ocre, fait de la terre vécue d'une poignée d'ouvriers, mêlé au sang de la force, sous la chair, celui de la violence, aussi.
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Sur le Mont de Dieu
Le narrateur décide de raconter au jour le jour sur du papier de parchemin donné par Mast’Errico, le menuisier qui l’a embauché. Il a dans la poche un boomerang ,« boomeran », et s’entraîne seul, isolé, à le lancer. Il ne le lâche pas : tous les soirs il sent le bois travaillé vivre sous l’impulsion de son bras dont les muscles s’allongent et se forment. Le boomeran' fait corps avec lui, il est un appel de vie qui petit à petit devient plus fort. Celui d’un petit garçon qui passe cette période charnelle de l’adolescence pour se transformer.
Au-dessus de la maladie de sa mère, grâce à un peuple d’un village fraternel dans l’après-guerre, existent l’amour et le respect. Un coordonnier a chaussé tout Montedidio, avec sa bosse faite d’os d’anges et son amour du vieux Jerusalem. Le narrateur est fasciné par lui : après ses travaux manuels quotidiens, ses travaux d’apprenti dans la boutique de Mast’Errico , il se glisse auprès de Don Rafaniello, présence spirituelle qui l’ouvre à la beauté de vivre. Et puis, le narrateur a rencontré Maria aussi. Elle l’a attrapé par la douceur passionnée de leur sang et salive mêlés, il apprend à partager avec elle, il créént de l’amour ensemble.
Un roman comme une leçon de vie
Erri de Luca écrit en ce début de millénaire de la prose aérienne sur le Mont de Dieu, situé à Naples. Montedidio est un roman qui peut se lire par bouchées spirituelles. « 'A iurnata è 'nu muorzo », dit Mast’Errico en Napolitain à son apprenti, “la journée est une bouchée”: il faut travailler vite.
Chaque journée est une leçon de vie pour le narrateur qui
apprend à devenir un homme, à respecter son sexe tant ce roman parle d’un
processus sanguin et spirituel, charnel et délicat, presque insaisissable. Il devra mûrir rapidement : « Au
printemps, j'étais encore un enfant et maintenant je suis en plein dans les
choses sérieuses que je ne comprends même pas » Il découvre peu à peu la
bonté et la bienveillance comme les dangers du monde des adultes et la force de
l'amour comme une alliance contre le monde extérieur et également en lui “une
force amère capable d'attaquer” .
La magie de ce roman sensible
tient à la noblesse des sentiments de ce jeune garçon respectueux et courageux,
à la coloration biblique des récits de Rafaniello, au symbolisme de cette
chronique du passage à l'âge des responsabilités.
Un roman qui s'inspire de l'enfance de l'auteur, qui a vécu à Montedidio avant de devenir ouvrier et de jouer pendant son temps libre, la nuit, avec les mots.
par Johanna Galis, le 23 avril 2012


















