Il s'agit d'un des livres évènements de cet automne. Dans « Le Crépuscule des hommes » (Robert Laffont), Alfred de Montesquiou nous replonge dans les coulisses du procès de Nuremberg, du point de vue de ceux qui en furent les témoins. Le jury du prix Renaudot a choisi de couronner ce livre dans la catégorie Essai. Un texte dont la chroniqueuse Littéraflure a salué la prouesse.
Portrait d'Alfred de Montesquiou © Éditions Robert Laffont
Le jury du prix Renaudot a choisi de couronner « Le Crépuscule des hommes » (Robert Laffont) d'Alfred de Montesquiou dans la catégorie Essai.
Nonobstant la gravité et le caractère exceptionnel des faits jugés, les audiences s’éternisent et le procès de Nuremberg s’enlise. Il faut le témoignage de la rescapée d’Auschwitz, Marie-Claude Vaillant-Couturier et celui, cynique et glaçant, de Rudolf Höss pour réveiller les esprits lassés par la litanie des horreurs entendues.
Les alliés ont rasé des villes entières, les Américains ont lâché deux bombes atomiques sur le Japon, portant à une échelle jamais atteinte l’anéantissement des civils alors le concept de crime de guerre devient soudain relatif. C’est le concept de crime contre l’humanité qui va donner au procès sa dimension historique, et aux accusés le coup de grâce que leurs victimes attendaient.
Alfred de Montesquiou décrit avec minutie les coulisses de ce procès hors normes, les célébrités qui s’y invitent, le spectacle agaçant qu’il devient en exposant les monstres du IIIème Reich dont le charismatique Göring (« Certes, c’est son chant du cygne, mais pourquoi le laisser chanter si longtemps ? ») et le théâtre d’une guerre froide qu’il annonce en confrontant deux postures antagonistes (« Les Américains sont ici parce qu’ils sont soucieux de justice. Les Soviétiques parce qu’ils sont avides de vengeance. »)
Un roman passionnant, sur une corde raide, oscillant entre la comédie humaine et l’évocation de l’impensable. Cette hésitation en fait l’intérêt, et la faiblesse. On ne va jamais au fond du gouffre. L’auteur freine, rapporte les potins plutôt que d’examiner le mal absolu. Pour cette raison, j’ai préféré « Le nazi et le psychiatre » de Jack El-Hai qui racontait le fatal face à face de Douglas Kelley avec son patient, Hermann Göring. Il me hante encore.
Nuremberg, 1945 : un procès fait l'Histoire, eux la vivent. Un roman vrai, qui saisit les sursauts de l'Histoire en marche.
Chacun connaît les images du procès de Nuremberg, où Göring et vingt autres nazis sont jugés à partir de novembre 1945. Mais que se passe-t-il hors de la salle d'audience ?
Ils sont là : Joseph Kessel, Elsa Triolet, Martha Gellhorn ou encore John Dos Passos, venus assister à ces dix mois où doit oeuvrer la justice. Des dortoirs de l'étrange château Faber-Castell, qui loge la presse internationale, aux box des accusés, tous partagent la frénésie des reportages, les frictions entre alliés occidentaux et soviétiques, l'effroi que suscite le récit inédit des déportés.
Avec autant de précision historique que de tension romanesque, Alfred de Montesquiou ressuscite des hommes et des femmes de l'ombre, témoins du procès le plus retentissant du XXe siècle.
Un roman vrai, qui saisit les sursauts de l'Histoire en marche.
> « Le Crépuscule des hommes » d'Alfred de Montesquiou, Robert Laffont, 384 pages, 22 euros >> Lien pour acheter le livre

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