"Une allure impeccable"

Aude Lechrist : "La Haute Couture habille les rêves"

Aude Lechrist, journaliste de télévision chez France 24 publie son deuxième roman : Une allure impeccable (Stock), après le très remarqué Un corps de femme (L'Editeur). Un récit qui retrace la vie des mannequins durant les années 50, sommet de la mode en France, naissance d'une Haute-Couture flamboyante. Ce paysage mythique a inspiré Aude Lechrist qui s'est immergée dans le destin de ces femmes "élégantes" et tout particulièrement dans celui de Freddy, star des podiums de l'Après-Guerre. Rencontre.

Après avoir déshabillé la femme dans Corps de femme, Aude Lechrist s'intéresse à son vêtement dans Une allure impeccable. Parisienne et élégante jusqu'au bout des ongles, Aude Lechrist nous plonge dans un roman historique et émouvant en pleine période post-guerre mondiale avec un ton toujours aussi paisible, que complice. De la magnificence de la Haute Couture à la vie rocambolesque des mannequins de l'époque, elle dévoile toute la complexité d'un monde qui ne se résume pas qu'aux strass et aux paillettes... 

Pouvez-vous présenter aux lecteurs de Viabooks le thème de votre livre ?

Aude Lechrist : La conquête de la liberté, sa liberté, celle que personne d'autre ne peut vous offrir ; cela ne cesse de me passionner, car c'est un thème qui déploie tant de subtilité. Vous pensez être arrivé, est-ce seulement possible d'être plus libre? Oui. Une autre porte s'ouvre, vous vous engouffrez et souriez plus fort encore... C'est ce qu'incarnent Freddy, mannequin Haute Couture, et ses amies. Elles ont des corps époustouflants, ils leurs offrent cet affranchissement, mais c'est à elles de prendre la décision de ne pas rester à la surface... Nous avons toujours notre libre arbitre. C'est ce qui fait notre humanité.

Ce livre est aussi prétexte à évoquer la période de la Haute-Couture à l’époque des années 50. Etes-vous nostalgique de cette époque ? Que représente-t-elle pour vous ?

A.L : Je ne m'étais pas vraiment intéressée aux années 50 avant Freddy. Quelques manteaux fabuleux -quelles coupes!- trouvés dans des friperies new- yorkaises... Et puis Freddy a jailli. Elle est complexe, superbe, déterminée, secrète. Freddy, Patricia, Praline, Lucky, Bettina, interrogent sur la beauté, la féminité, l'ambition...

J'ai découvert à travers elles les années 50, à Paris, cette décennie déterminante pour la Haute Couture française. Tant de maisons, tant de couturiers qui ont, en une poignée d'années, défini la place de la femme dans la société.

C'est une époque fastueuse, peut-être à cause du contraste avec la guerre qui vient à peine de s'achever, la Haute Couture habille les rêves. J'ai aimé plonger dans son vocabulaire, ses couleurs, ses déjeuners au bistro et ses vols transatlantiques.

Votre style est toujours aussi incisif. Est-ce un clin d’œil au rythme de la télévision pour la journaliste que vous êtes? Un rythme de scénario ?

A.L : L'écriture a précédé le journalisme. Elle nourrit davantage mon ton à l'antenne. Peut-être plus lent, plus littéraire qu'il n'est d'usage dans l'information. Je n'aime pas la précipitation, l'agitation, mais ce que je cherche avant tout, quand j'écris, que ce soit un roman, ou pour transmettre l'information, c'est une respiration, le souffle, l'élan vital ; celui qui laisse une empreinte en soi.

Vous êtes confrontée à la notion de l’image véhiculée par les médias de par votre métier. Quel rôle joue la mode aujourd’hui selon vous ? On a l’impression qu’elle fait moins rêver qu’auparavant, que nous sommes passés de la Haute Couture à l’expression de soi, avec les selfies par exemple ?

A.L : La mode fait-elle moins rêver ou est-ce nos rêves qui se sont étriqués ? Freddy, Patricia, Praline, Lucky, Bettina nous interrogent sur cette question. Elles ont su saisir leur vie, rêver en Technicolor, jusqu'à se fondre en elle. La mode est à la surface, à nous de l'incarner. C'est cela l'élégance, et il en va de notre responsabilité.

C’est votre deuxième roman. Avez-vous été saisie par le syndrome du « second roman »? Avez-vous rencontré des diffcultés à l’écrire après le premier ?

A.L : Il y a des histoires qui s'offrent à vous. C'est assez mystérieux la création : un passage qui s'ouvre et dans lequel il faut savoir s'engouffrer à temps. J'ai terminé l'écriture d'Une allure impeccable au moment de la sortie en librairie d'Un corps de femme. Je suis moi-même surprise par la rapidité, la facilité avec laquelle ces deux textes se sont suivis. Et je me sens très reconnaissante pour ce passage, ce mystère, ce souffle qui m'entraine.

Quelles relations entretenez-vous avec vos lecteurs ?

A.L : Les lecteurs de mes romans entretiennent une relation avec le texte, pas avec moi. Ils savent que ce qu'ils lisent, ce qui les emporte, c'est en partie ce qu'ils contiennent en eux. En cela, chaque lecteur façonne un nouveau livre et cette transformation, cette part qui m’échappe, forme une trame dont je ne suis qu'un passeur.

Un prochain texte en préparation... ? Pouvez-vous nous en parler ?

A.L : Une histoire, des histoires, d'amour, entre des êtres dotés d'une intelligence du visible et de l'invisible. Je l'annonce d'ailleurs dans Une allure impeccable avec cette phrase : « ce n'est pas parce que c'est invisible que cela n'existe pas ».. Mes personnages ont cette clairvoyance qui leur offre un champ plus large sur leur quotidien. Ils jouent avec la vie, plus sensuels, plus légers, ils m'ont attendrie et entraînée dans une dimension plus universelle, plus spirituelle. 

> Aude Lechrist, Une allure impeccable, Editions Stock, 20 euros. 

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