La Journée Internationale des Droits des Femmes met en avant les progrès réalisés et les défis persistants pour l’égalité entre les sexes. Autrices, dessinatrices, coloristes, les femmes gravent aujourd'hui les lettres d'or du 9ème art, leurs héroïnes aussi. Le Sanctuaire (Sarbacane) de Laurine Roux et Jérôme Lavoine, L'Escadron Bleu, 1945 (Dupuis) de Yan Le Pon et Virginie Ollagnier et Jeune et fauchée (Dargaud) de Florence Dupré La Tour dans notre sélection en attestent, avec pour ce dernier le témoignage de l'écart de revenus qui demeure entre autrice et auteur.

Une famille a trouvé refuge en pleine montagne, où elle tue les oiseaux et les brûle au lance-flammes : ils seraient à l'origine d'un mal ayant conduit l'humanité à son extinction. Tandis que la mère pleure et chante son existence passée, le père seul s'aventure aux confins de leur « sanctuaire », d'où il rapporte tout ce qu'il trouve pour assurer la survie des siens. Mais le monde est-il vraiment devenu ce qu'il en dit ? Est-il jonché de cadavres qui pourrissent le long des chemins ? Comment être certain des motifs qui le conduisent à cloîtrer sa famille, à dispenser à ses filles un entraînement quasi militaire et à se montrer chaque jour plus imprévisible et brutal ? Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du « sanctuaire » - et avec elles, la loi de ce père qu'elle admire plus que tout. Ce sera pour tomber entre d'autres griffes: celles d'un vieil homme sauvage, menaçant et lubrique qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l'enfant...
Écrit par Laurine Roux en 2019 avant que la pandémie de coronavirus conduise au confinement de la moitié de l'humanité, son roman Le Sanctuaire déployait et sublimait ce qui avait déjà fait la puissance d'Une immense sensation de calme : une ode à la souveraineté de la nature et une compassion pour nous autres, humains, qui devons sans cesse lutter pour notre survie. À mi-chemin entre David Vann et Antoine Volodine, le deuxième roman de Laurine Roux confirmait la singularité et l'universalité de sa voix. Jérôme Lavoine adapte et met en scène aujourd'hui ce récit de survivalisme qui confronte la nature humaine et la nature tout court dans un huis-clos saisissant.

Son dessin aussi suggestif que réaliste, son découpage au scalpel, sa forêt immersive et ses montagnes enneigées tissent et imposent une toile, une ambiance et un tempo dignes d'un thriller ! Les cinq acteurs du drame semblent sortis de London ou de la mythologie, des archétypes qui nous parlent mieux que certains humains. Comme ces animaux, les oiseaux en particulier – on pense aux pandémies aujourd'hui les plus redoutées... ou à Hitchcock ! - par lesquels arriverait le mal, le virus tueur de civilisation. Paraboles et symboles abondent derrière le dessin qui joue avec le noir et le blanc, un bleu pâle qui tire vers le gris, et capture la nature à grands coups de pinceaux et d'aplats comme d'autres à grands coups de fusils. La « bande son » aussi est saisissante, quasi cinématographique, entre Shining et Jeremiah Johnson.
>> Le Sanctuaire - Jérôme Lavoine (scénariste, dessinateur), Laurine Roux (autrice) - Sarbacane - 160 pages, 25,00 €

Madeleine Pauliac a seulement 31 ans quand, médecin pédiatre à l'Hôpital des enfants malades à Paris, elle s'engage dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale et participe à la libération de Paris. Quelques mois plus tard, en avril 1945, alors que la fin du conflit sonne enfin, débute pour elle un autre combat. Engagée dans l'armée en tant que médecin-lieutenant des Forces françaises de l'intérieur (FFI), elle est envoyée à Moscou puis à Varsovie par le général de Gaulle avec un groupe d'infirmières-ambulancières pour assurer le rapatriement sanitaire des Français, libérés par l'Armée Rouge, qui errent en Pologne et de ceux qui sont encore retenus prisonniers par Staline.
Par un arrêté du ministère des Prisonniers, Déportés, Réfugiés (PDR), la Croix-Rouge française mobilise en effet des équipes d'urgence (conductrices, infirmières, secouristes et simples bénévoles) pour participer au retour des Français libérés. Dans le même temps, elle déploie des délégations à l'étranger, en Allemagne, en Autriche et en Pologne, principalement, pour appuyer les missions de rapatriement créées par ce même ministère. Ainsi, infirmières, Infirmières pilotes secouristes de l'air (IPSA), assistantes sociales et conductrices-ambulancières de la Croix-Rouge française sont mises à disposition des armées. Madeleine Pauliac, quant à elle, est nommée médecin-chef de l'hôpital français de Varsovie et déléguée de la Croix-Rouge française en Pologne.

Après les aventures de Madeleine Riffaud - grande résistante et engagée politique, femme de lettres et aventurière -, véritable joyaux de la collection « Aire Libre », la prestigieuse collection des éditions Dupuis accueille l'odyssée d'une autre Madeleine, celle de l'officier médecin Pauliac et de son groupe d'infirmières-ambulancières de l'Escadron bleu. Une oeuvre de la scénariste-romancière Virginie Ollagnier (Ils ont tué Oppenheimer, Nellie Bly) et du dessinateur Yan Le Pon qui adaptent le récit Madeleine Pauliac, l'insoumise de Philippe Maynial, son neveu. Leur album très réussi révèle un pan d'histoire méconnu et une autre Madeleine engagée dans la Croix Rouge comme d'autres furent résistantes. Le récit et le dessin, tous les deux vifs et réalistes, nous font vivre le quotidien de l'escadron. Au coeur de l'action on découvre aussi avec ces femmes, en même temps qu'elles, l'indicible et l'horreur. Avec pudeur, un peu d'humour - il en faut se dit-on pour encaisser tout ça - et beaucoup d'émotion.
>> L'Escadron bleu, 1945 - Yan Le Pon (dessin), Virginie Ollagnier (scénario) - Aire Libre, Dupuis - 152 pages, 25,00 €

Née dans une famille bourgeoise, Florence n'a jamais connu le froid ni la faim. Enfant, l'argent lui paraissait une idée lointaine, presque exotique : elle se passionnait pour Rémi sans famille, Oliver Twist ou Princesse Sarah, et méprisait Picsou, ce « gros plein de fric » ridicule. Mais à 18 ans, tout bascule : livrée à elle-même, elle découvre la réalité de la débrouille, d'abord étudiante cigale, puis mère célibataire et autrice précaire de bande dessinée. Années de privations, de trésors d'inventivité, de survie avec deux enfants...
De ces années de galère, Florence Dupré La Tour (Cruelle, Pucelle, Jumelle) tire un récit coup de poing sur la pauvreté, le déclassement et la dignité. Le ton direct saisit, les dessins à l'aquarelle rappellent l'enfant en quête d'amour, le tout avec l'humour et l'esprit qu'il faut pour avaler la pilule d'une grande bourgeoise qui se dit / vit fauchée. « Une autrice de Bande dessinée gagne en moyenne 53% de moins qu’un auteur. Par an, elles gagnent 10.800€, soit en dessous du seuil de pauvreté fixé à 1.288 € par mois pour une personne vivant seule. Les auteurs, eux, touchent 23.100€ par an en moyenne. En outre, la moitié des autrices gagnent moins de 5.000€ par an, quand la moitié de leurs confrères gagnent moins de 7.800€ » nous dit le Syndicat national des Artistes Plasticien.nes sur la base des données 2023 de l’Urssaf. Une inégalité à dénoncer...
>> Jeune et fauchée - Florence Dupré La Tour (scénario, dessin, couleurs) - Charivari one-shot, Dargaud - 212 pages, 24,50 €

Le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse qui ouvrira ses portes le mercredi 25 novembre prochain à Montreuil (Seine-Saint-Denis) à 9 heures,
Déjà lauréate des Prix Blù/Jean-Marc Roberts Littérature de la Fête du livre de Saint-Etienne, Lucie Rico est aussi la lauréate du
Philippe Vasset remporte le prix Médicis 2026 pour son roman « Dans les grandes lignes » (Flammarion), un roman dans leque
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