C'est un véritable space-opéra spectaculaire et prenant qui fera date, une lecture rêvée tant pour les amateurs de manga que pour ceux de BD. Alex Alice a osé. Lui qui est célèbre pour ses univers allégoriques, ses riches aquarelles, ses personnages captivants et ses récits merveilleux franchit le seuil du manga avec « Les Chants du Cygne Noir », un format qui s'est imposé à lui et qui réjouit déjà les lecteurs. Marc Phalippou est parti à sa rencontre pour en savoir plus. Interview.
Le monde de la BD connaît et admire Alex Alice pour ses univers allégoriques, ses riches aquarelles, ses personnages captivants et ses récits merveilleux menés au long cours. L'auteur du Château des Etoiles, ose aujourd'hui ce que peu voire aucun bdéiste de facture franco-belge, n'avait encore osé : Les Chants du Cygne Noir est son premier manga, un format qui s'est imposé à lui pour cette histoire nous dit l'auteur du premier tome d'un space-opéra spectaculaire et prenant qui fera date, une lecture rêvée tant pour les amateurs de manga que pour ceux de BD.
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-Alex Alice : Je fais partie de la génération Albator et Akira est arrivé en France quand j'avais 15 ans. Sexe et violence avec un mode narratif complètement fou, pour le jeune lecteur de bandes dessinées franco-belges que j'étais, ces mangas ont été une vraie baffe ! Ils m'ont ouvert les chakras et je suis resté un fidèle lecteur de mangas. Mes productions passées, c'est vrai, n'ont pas de côté manga, même si des lecteurs me disent sentir cette influence dans certains de mes personnages. L'idée du manga est venue avec l'envie d'une narration que le format classique franco-belge ne permet pas : une scène d'action de 20 pages, l'émotion d'un personnage qui s'étend sur 10 pages... Le récit du Cygne Noir appelait ce format, c'était son territoire.

-A.A. : Au Japon, le mangaka produit 20 pages par semaine, mais il ne les compte pas ! Le manga au Japon c'est du flux, des cases, pas des stocks d'albums imprimés. Une BD franco-belge impose d'abord au lecteur ses pages, avec tout le recul, la distance et le temps que cela suppose. Dans un manga, je dirais que le lecteur n'est ni au théâtre, ni au musée. Il voit l'action et les personnages de plus près comme s'il était lui-même le cadreur d'un film qui avance et le prend, case par case. Il voit un personnage, se retourne et voit l'autre, le lecteur est au coeur de l'action. Le manga réduit la notion de distance avec le support.
-A.A. : Oui, avec Les Chants du Cygne, le résultat final est très proche de mon intention de départ. Il y a très peu d'écart, moins de recul à la création aussi. Je visualise déjà mes cases en noir et blanc. Avec une histoire qui se passe à bord d'un navire dans l'espace, on n'a pas vraiment besoin de couleurs (sourire). Le dessin direct à l'encre après va droit au but, plus clair, avec moins de valeurs, pas d'ombre. Je ne faisais plus d'encrage depuis des années. Mais Le Château des Étoiles est entièrement dessiné au crayon et coloré à l'aquarelle. Des amis dessinateurs m'ont (re)donné quelques trucs, comme ces plumes japonaises qui font des pleins et des déliés avec une aisance incroyable. L'émotion que le dessin fait passer est comprise dans la matière et le geste.

-A.A. : Les grands films de James Cameron sont des modèles d'écriture. Cameron est lui-même dessinateur et fait ses story-boards avant de les réaliser. Il maîtrise presque tout sur ses films sauf la musique... peut-être ! La musique justement est une de mes sources d'inspiration. Avec un père amateur d'opéra, au début des années 2000, Siegfried, le héros mythique porté à la scène lyrique par Wagner, s'est imposé comme sujet pour ma première BD d'heroic fantasy. Aujourd'hui, dans Les Chants du Cygne Noir, le lecteur mélomane verra des références à Wagner, mais aussi à Louis II de Bavière qui s'identifiait à Lohengrin. Maintenant, vous savez, en réalité, les histoires me tombent un peu du ciel !
-A.A. : C'est une époque où les arts et la science communiquent, une époque où romantisme et rationnel ne se font pas la guerre, ni la raison et les sentiments. Les ouvrages de Camille Flammarion l'illustrent au plus haut point : c'est de la vulgarisation scientifique écrite par un grand auteur avec une emphase et un pouvoir d'évocation absolument fous, la norme du 19ème ! Du côté artistique, l'impressionnisme naît on le sait, des découvertes sur la vision, sur l'optique. Cet esprit de l'époque se retrouve aussi dans le design des machines. Un héros mythologique sculpté en bas-relief va venir signer une machine à vapeur. Ce lien disparaît avec la 1ère guerre mondiale et la fin du 19ème siècle amorce ce divorce, voilà pourquoi il est intéressant de revenir à cette époque et voir pourquoi ce lien a pu être rompu.

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Pour venger son frère tué sous ses yeux par le même officier britannique qui l'a épargnée, une jeune sikh embarque pour Neptune sur le Prince of Wales, un paquebot des airs. L'officier britannique à bord y convoite un détecteur spatial qui intéresse aussi les pirates du Ring, la ceinture d'astéroïdes au-delà de Mars...
Un pari manga plus que réussi !
Alex Alice est né avec Albator comme il le rappelle plus haut. Akira arrivait en France quand le futur auteur du Château des Étoiles faisait ses premiers pas en tant que stagiaire dans le monde de la bd. Un monde qui pourra dire que le pari manga d'Alex Alice est réussi et même au-delà. L'encre noire et son trait clair, la narration fluide, la dynamique, l'expressivité, l'immersion et l'impact, tout y est. Après la somptueuse et vive mise en situation des premières pages à l'aquarelle, le lecteur rêve, court, plonge et vole avec ses héros, vit au coeur de l'action avec ses personnages, leurs émotions, des dialogues ciselés et des tableaux qu'il n'est pas près d'oublier.

Une lecture rêvée pour tous les lecteurs, de mangas comme de BD
« La vie commence quand on sort de sa zone de confort » nous confiait aussi un Alex Alice incapable de rester sur le même créneau, même si c'est un filon : « Je m'ennuie sur les plateaux de la courbe d'apprentissage, faut que ça décolle ! » Ça décolle aussi pour le lecteur de ces Chants du Cygne Noir ! Bd ou manga, Alex Alice continue de nous surprendre et de nous faire rêver avec ses inventions qui marient art et science dans un 19ème siècle où la fiction, riche de mouvement, l'est aussi de matière. Que cache le Ring, d'où vient Lohengrin, où mène l'aventure et où conduit la vengeance ? La trilogie annoncée s'annonce aussi riche que palpitante et ce 1er tome, immersif et prenant à souhait, fait déjà le bonheur de tous les lecteurs, de mangas comme de BD.
>> Les Chants du Cygne Noir, tome 1 - Alex Alice - Rue de Sèvres - 216 pages - 13,90 €

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