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Christophe Boltanski, lauréat du Prix Femina 2015

Christophe Boltanski  avec son livre La cache (Stock) succède à Yannick Lahens, lauréate 2014 du prix Fémina pour Bain de lune ( Sabine Wespieser). Le journaliste dont c'était le premier roman était présent dans de nombreuses listes de prix. Il avait marqué la rentrée littéraire avec son livre qui revient nous plonge dans son histoire familiale.

Christophe Boltanski  avec son livre La cache (Stock) succède à Yannick Lahens. Revenons sur le suspense des dernières heures et sur les raisons pour lesquels le jury a choisi récompenser ce livre. L'écrivain-journaliste a obtenu 7 voix au deuxième tour de scrutin pour ce roman qui revient sur l'histoire de sa famille juive qui vécut "cachée" pendant l'Occupation, puis repliée sur elle-même après ce traumatisme.

Christophe Boltanski, «la Cache» (Stock)

De quoi parle le livre : La Cache est un roman axé sur la survie des Juifs à Paris lors de la Seconde Guerre mondiale. A la fois historique et personnel, les protagonistes de l’oeuvre de Christophe Boltanski ne sont autres que ses grand-parents. 

Pourquoi il a gagné : Christophe Boltanski distingue son roman de tous ceux qui traitent déjà de ce sujet grâce à une remise en contexte vivifiante et touchante. La Cache est un hymne à la liberté en période de guerre, et Christophe Boltanski nous y dévoile ses talents d’auteur avec une précision d'entomologiste. Un livre qui ne cherche pas le pathos, tout en sobriété et subtilité. Un livre qui parle aussi du "comment vivre après", la grande question qui touche tous ceux qui ont subi des situations extrêmes. Comment cette cache c'est aussi le secret, le poison qui unit une famille et l'empêche d'être tout à fait comme les autres. 
Et puis, si le livre a obtenu le prix, c'est aussi parce que l'Académie Française a primé ses deux principaux adversaires ( Hédi Kaddour  et Boualem Sansal). L'Académie lui a en quelque sorte laissé le champ libre.

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Nathalie Azoulai, «Titus n'aimait pas Bérénice» (P.O.L)

De quoi parle le livre : L’héroïne de Nathalie Azoulai est une femme de notre siècle qui se fait abandonner par son amant, Titus, qu’elle aimait passionnément. Commence alors pour elle une longue période de chagrin et de tristesse. Lorsqu’elle évoque son histoire avec ses proches, elle se rend compte que de ces conversations s’échappent des citations de Racine, l’auteur de la célèbre pièce de théâtre Bérénice. 

Pourquoi elle n'a pas gagné : Du mélange entre un chagrin d’amour du XXIème siècle et la pièce théâtrale, Bérénice, de Racine datant du XVIIème siècle en sort un roman inspiré, passionné et très pointilleux à propos de chaque recherche apportée sur Racine. Un texte érudit et sensible, qui montre la force des textes classiques et leur résonance avec l'époque contemporaine. Un peu trop sage peut-être ? Le roman de Nathalie Azoulai qui était aussi sélectionné pour le Prix Goncourt reste en ligne pour le Médicis.

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Brigitte Giraud, «Nous serons des héros» (Stock)

De quoi parle le livre : En ce début des années soixante-dix, Olivio et sa mère viennent de fuir la dictature portugaise. Ils s’installent dans une banlieue lyonnaise et emménagent bientôt chez Max, un rapatrié d’Algérie, avec qui ils espèrent un nouveau départ. Alors que Max accepte mal l’adolescent, Olivio se lie à Ahmed, un immigré algérien de son âge, auprès de qui il trouve tendresse et réconfort.

Pourquoi elle n'a pas gagné : À travers le regard du jeune homme, et sous la plume pudique de Brigitte Giraud, se dessinent les portraits émouvants d’individus à la conquête d’eux-mêmes.


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Hédi Kaddour, «Les Prépondérants» (Gallimard)

De quoi parle le livre : Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance. Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs.

Pourquoi il n'a pas gagné : Hédi Kaddour est déjà lauréat du prix du roman de l’Académie française, ex-aequo avec Boualem Sansal. L’écriture vive et minutieuse d’Hédi Kaddour fait de son roman Les prépondérants un ouvrage captivant, comprenant de nombreuses histoires. Il s'agit aussi d'un document fort sur le Maghreb colonisé de 1920, tiraillé entre d’éternelles  traditions et l’envie de modernité. L’auteur signe  un ouvrage sur les affrontements du XXème siècle et le réussit avec finesse, en évitant les écueils des clichés. Mais ayant déjà obtenu un prix, il avait peu de chances d'être primé une deuxième fois.

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Charif Majdalani, «Villa des femmes» (Seuil)

De quoi parle le livre : Tout sourit à Skandar Hayek, homme d’affaires libanais prospère et respecté. Depuis la terrasse ensoleillée de la villa familiale où il passe le plus clair de son temps, le narrateur, qui est aussi le chauffeur et le confident du vieux Skandar, observe et raconte cet âge d'or que rien ne semble devoir vraiment ternir. Jusqu'à ce que l'impensable se produise : un matin, le patriarche s'effondre devant ses ouvriers médusés. Dans la querelle de succession qui s'ouvre alors, et la guerre civile qui éclate, les femmes de la villa devront faire taire leurs disputes, affronter les milices et leurs chefs prédateurs : prendre le pouvoir, en somme. 

Pourquoi il n'a pas gagné : Charif Majdalani avait été récompensé pour son roman « Caravansérail » en 2008, qui avait reçu le prix François-Mauriac de l’Académie française. Son roman « Villa des femmes » raconte avec un ton sobre et clairvoyant la déchéance de la famille Hayek.  Un livre puissant qui se perd peut-être un peu dans le mélange entre l'Histoire et les histoires.

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Judith Perrignon, «Victor Hugo vient de mourir» (L’Iconoclaste) 

De quoi parle le livre : La mort de Victor Hugo puis les funérailles d’État qui s’annoncent déclenchent une véritable bataille. Paris est pris de fièvre.

Pourquoi elle n'a pas gagné : D’un événement historique naît une fable moderne, un texte intime et épique où tout est vrai, tout est roman. Un texte intime, peut-être trop? Une curiosité délicieuse à déguster, mais peut-être un peu légère en plat de résistance.

 

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Boualem Sansal, «2084» (Gallimard)

De quoi parle le livre : L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion… 

Pourquoi il n'a pas gagné : Il a obtenu le prix de l'Académie Française.ex-aequo avec Hédi Kaddour. Pour les mêmes raisons, le jury n'a aps souhaité le récompeser une deuxième fois. Pourtant, 2084, la fin du monde est un roman audacieux inspiré par l’ouvrage de George Orwell, 1984 qui affronte un sujet chaud de l’actualité mondiale, les dérives de l’islam et leurs emprises sur l’Europe. Boualem Sansal aborde avec un humour acéré, une force inépuisable ce pour quoi il s’est toujours battu et pour qui il continuera à se battre : la religion. Il était un des favoris avec Hédi Kaddour.

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C'est Kerry Hudson qui reçoit le Fémina étranger pour La Couleur de l'eau (Philippe Rey), dans une traduction de Florence Lévy-Paoloni, un récit réaliste sur les destins croisés de personnages "marginaux", en l'occurrence un vigile londonien et une SDF d'origine russe. L'auteure écossaise donne voix aux classes souvent délaissées par la littérature. Elle raconte ses personnages avec leurs fragilités et leurs faiblesses. De l’East London à la Sibérie en passant par Moscou, elle tresse un récit réalsite, qui mêle portrait social et histoire d’amour moderne.

Le prix Femina dans la catégorie essai récompense Emmanuelle Loyer pour sa biographie consacrée à Claude Lévi-Strauss (Flammarion), un travail monumental qui témoigne de l'apport exceptionnel à la pensée contemporaine de ce géant du XXe siècle.

>Les félicitations de Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, à Christophe Boltanski

Fleur Pellerin a tenu à saluer le nouveau lauréat en ces termes : "Le Prix Femina vient d’être attribué à Christophe Boltanski pour La cache, édité chez Stock.Nous connaissions le journaliste, grand reporter à l’Obs. La cache, son premier roman, nous a révélé l’écrivain. La cache, c’est avant tout l'histoire d’une famille qui avait déjà tout de romanesque. C'est aussi le roman d'un lieu, un appartement dans lequel vécurent trois générations, le lieu des joies les plus intenses comme des souvenirs les plus terribles. Le récit de Boltanski nous rappelle, avec une rare puissance d’évocation, ces années sombres de notre histoire, durant lesquelles les Juifs étaient traqués dans toute l’Europe, le grand-père de l’auteur ne trouvant son salut qu’en se cachant dans l’appartement familial. Le lecteur ne sort pas de ces murs sans émotion."

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