Cette femme rêve de rencontrer l'amour à un âge où elle pense devoir y renoncer. A Louxor, celle-ci se laisse charmer par les mots d'un certain Sayyed. Enivrement, désillusion, sororité... « Les femmes de Louxor » de Claire Luynen portent la lumière sur ces désirs énigmatiques, entre tourisme sexuel et recherche d'affection à tout prix. La chroniqueuse Littéraflure nous parle de ce livre, court et intense à la fois. Comme une passion fugitive ?
Elle n’est plus toute jeune mais elle rêve encore, aveuglée par sa solitude. Alors quand Sayyed lui dit qu’elle est belle et qu’il l’aime, son cœur bat trop vite et rien ne pourra l’arrêter.
Ni le sentiment diffus de brûler les étapes, ni l’inquiétude de son entourage (« J’étais prisonnière et heureuse. La vie sans toi n’a pas de sens. Plus rien n’existe quand tu n’es pas là. Des phrases toutes faites. Des phrases bien apprises. Mais ça non plus personne ne me l’avait dit avant lui. Alors ça m’a fait plaisir. Et je l’ai cru .») Sayyed l’émeut (« Il n’était pas très beau, mais il y avait dans son sourire quelque chose d’émouvant, comme d’un enfant grandi trop vite. ») Sayyed l’enivre de ses mots, la précipite dans un étourdissant zikr.
Elle n’imagine plus la vie autrement qu’en son radieux soleil, esclave émerveillée et consentante de son désir. Pourtant les ombres s’agrandissent autour de ce bonheur apparent. Il y a cette autre femme, Hamsa, qu’il a épousée et dont il partage aussi la couche. Il y a les ricanements des autochtones à son passage, ces histoires d’occidentales abusées par leurs amants égyptiens. Et pourquoi Sayyed dénigre-t-il autant Hamsa, son épouse légitime ? Quel secret cache son mépris ?
Un texte bref et bien écrit qui met en lumière un phénomène méconnu : l’arnaque des « castors » - qualificatif animalier dont je vous laisse découvrir la cocasse origine.
Elles sont des centaines à Louxor. Des Occidentales qui se sont installées sur la rive ouest, après avoir tout quitté pour épouser un Égyptien qui les a séduites lors d’une croisière sur le Nil. Mais en Égypte, où la polygamie est autorisée, une autre épouse, égyptienne celle-là, fait toujours partie de l’histoire. Entre la narratrice et l’autre femme de Sayyed, un lien étrange et beau se noue.
Dans ce roman à l’écriture parfaite, Claire Huynen nous entraîne dans l’exploration minutieuse du tourisme amoureux mais, surtout, restitue avec une grande justesse ce qui lie les femmes et, au-delà des détresses et des élans, dessine une géométrie humaine singulière.
Avec pudeur et lucidité, Claire Huynen prend la défense des femmes fragiles, parfois naïves, que l’envie d’aimer mène au malheur, dans une société régie par l’impérieux besoin des hommes. L’espoir demeure cependant. L’auteure nous propose, en guise de conclusion, un exemple salvateur de sororité.
> Les femmes de Louxor de Claire Luynen, Arléa, 160 pages, 19 euros >> Lien pour acheter le livre
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Littéraflure est le pseudonyme de critique littéraire d'une auteure qui a déjà publié cinq romans et dont l'identité est inconnue. Prochainement elle fera paraître ses Confessions d'une chroniqueuse littéraire.
Son credo : « Je porte aux nues et souvent j’érafle pour que vive la littérature ! »

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