Chronique de Jean Glavany

« Le livre de Kells » de Sorj Chalandon : récit autofictionné d'une jeunesse entre rue et gauchisme engagé

Sorj Chalendon raconte dans « Le livre de Kells » (Grasset), son onzième livre, le récit de sa jeunesse qui, de la rue au gauchisme engagé, est passée par la violence et la désillusion. Un texte profondément intime, qui retrace l'histoire d'une période après mai 68. Jean Glavany, sensible à l'œuvre de cet écrivain qu'il qualifie d'«humaniste », a lu ce dernier ouvrage qui fait partie des grands rendez-vous de la rentrée.

Portrait de l'auteur © JF Paga pour Grasset Portrait de l'auteur © JF Paga pour Grasset
Lu « Le livre de Kells » de Sorj Chalandon publié chez Grasset. On connaît bien l’auteur, longtemps journaliste à Libération et désormais au Canard, auteur de onze romans (déjà !) dont j’ai déjà dit en ces pages tout le bien que je pensais.

Sorj Chalandon, un écrivain humaniste

Cet écrivain est d’abord un humaniste, d’une grande sensibilité et, si j’ose dire, d’une tendresse touchante. C’est un homme réservé qui, comme on dit, ne la ramène pas. Son œuvre romanesque balance entre l’autobiographie et l’Irlande, une vieille passion que je partage avec lui et qui nous rapproche encore plus.

Récit autobiographique d'une fuite

Avec ce dernier roman, il revient à l’autobiographie, romancée certes mais ça n’a guère d’importance en la circonstance. Et il revient à cette période de sa vie, de sa jeunesse où, après avoir subi un père , « l’autre » comme il l’appelle, qui fut collabo, raciste, d’extrême-droite, violent, brutal… il fuit. Il est mineur, 16-17 ans et, simplement par volonté de sauvegarde, il quitte le domicile familial. Il est à Lyon, la ville de son enfance et de ses racines amicales, et gagne Paris.

De la rue à l'engagement gauchiste

Et le récit va s’attacher à raconter deux périodes marquantes de cette période de sa vie: la rue et le gauchisme. La rue d’abord : il est SDF… et vit dans la misère, l’errance, la souffrance et la violence d’une telle situation. Ça dure un an ou deux je ne sais plus, mais, évidemment, ça le marque au fer rouge. Le gauchisme ensuite parce que, par les hasards de l’histoire qui sont joliment racontés, ce sont des maoïstes qui vont le sortir de là. On est juste dans l’après-mai 68 et le voilà qui vend « La cause du peuple » à la sortie des usines et qui vénère l’ami Alain Geismar, alors en prison.

Violence et désillusions

Et là, moi qui n’ai jamais été gauchiste -bien qu’arrivant à la fac de Nanterre en 68 !- parce que je hais la violence et le désordre, je découvre une violence au-delà de tout ce que j’imaginais. Proprement ahurissant…jusqu’à la désillusion, rupture politique et surtout psychologique douloureuse, et la création du journal Libération, nouvelle éclaircie dans le ciel des espoirs gauchistes.

Un livre intime qui est aussi un récit d'histoire contemporaine

C’est un nouveau très beau livre de cet écrivain hors pair qui se fait aussi historien contemporain utile et édifiant.
Nb: je dédie ce texte à mon cher ami Bernard Bessou, mort il y a quelques mois, et adorateur de Chalandon au point, un jour, d’avoir embarqué sa famille pour l’Irlande afin de marcher sur ses traces…

Le Livre de Kells, le mot de l'éditeur

Le Livre de Kells est le douzième roman de Sorj Chalandon a puisé dans son expérience personnelle pour raconter un épisode de sa vie.
  À 17 ans, après avoir quitté le lycée, Lyon et sa famille, il arrive à Paris où il va connaître, durant presque un an, la misère, la rue, le froid, la faim.
  Ayant fui un père raciste et antisémite, il remonte l’existence sur le trottoir opposé à celui de ce Minotaure sous le nom de Kells, en référence à un Evangéliaire irlandais du IXème siècle. Des hommes et des femmes engagés vont un jour lui tendre une main fraternelle pour le sortir de la rue et l’accueillir, l’aimer, l’instruire et le réconcilier avec l’humanité.
  Avec eux, il découvre un engagement politique fait de solidarité, de combats armés et d’espoirs mais aussi de dérapages et d’aveuglements. Jusqu’à ce que la mort brutale de l’un de ces militants, Pierre Overney, pousse La Gauche Prolétarienne à se dissoudre.
  Certains ne s’en remettront jamais, d’autres chercheront une issue différente à leur combat.
  Ce fut le cas pour l’auteur, qui rejoignit «  Libération  » en septembre  1973.
  Le livre de Kells est une aventure personnelle, mais aussi l’histoire d’une jeunesse engagée et d’une époque violente. Sorj Chalandon a changé des patronymes, quelques faits, bousculé parfois une temporalité trop personnelle, pour en faire un roman. La vérité vraie, protégée par une fiction appropriée…

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Jean Glavany a été chef de cabinet du Président de la République François Mitterrand, secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche dans le gouvernement de Lionel Jospin. Élu maire de Maubourguet en 1989, il fut député des Hautes Pyrénées pendant 24 ans. Il est aujourd’hui enseignant à Sciences Po Paris, Président de l’Institut François Mitterrand, et Secrétaire de la Fondation de l’Institut du Cerveau. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La Laïcité, un combat pour la paix » (Éditions Héloise d’Ormesson) et « 3000 ans après Ulysse » (éditions Edisens).
0
 

En ce moment

Serge Bloch, Grande Ourse 2026 du Salon du livre et de la presse jeunesse

Serge Bloch, Grande Ourse 2026 du Salon du livre et de la presse jeunesse

Le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse qui ouvrira ses portes le mercredi 25 novembre prochain à Montreuil (Seine-Saint-Denis) à 9 heures,

Prix de Flore 2026 : Lucie Rico, lauréate pour «Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?»

Déjà lauréate des Prix Blù/Jean-Marc Roberts  Littérature de la Fête du livre de Saint-Etienne, Lucie Rico est aussi la lauréate du

Festival Utopiales 2026 : « Karl » de Cyril Bonin, prix de la BD

Tenu à Nantes du 29 octobre au 1er novembre dernier, le festival Utopiales 2026 a distingué

Prix Médicis 2026 : Philippe Vasset, lauréat pour «Dans les grandes lignes»

Philippe Vasset remporte le prix  Médicis 2026 pour son roman « Dans les grandes lignes » (Flammarion), un roman dans leque

Le TOP des articles

& aussi