Julian Barnes revient avec « Départ(s) » (Stock), un essai hybride qui jongle avec les souvenirs, l'histoire d'un amour retrouvé, puis achevé, les facéties de la vieillesse et de la maladie... L'écrivain anglais tisse une mosaïque d'instants qui glissent comme les nuages et dessinent dans le ciel les traces d'une vie qui passe. Un joli livre qui arrive à faire sourire même quand il est temps de (s)e dire au revoir.
Depuis « Le perroquet de Flaubert », Julian Barnes ne cesse de nous enchanter. Dans son dernier livre « Départ(s) », qu'il qualifie lui-même d'essai hybride, il réussit à parler de la maladie, du vieillissement et de la mort à venir, tout en nous faisant sourire. Une fois encore, nous succombons à ce mélange subtil qui fait de Julian Barnes un des plus grands écrivains anglais contemporains. A 80 ans, il n'a rien perdu de sa verve, même si le chemin se réduit.
Dans « Départ(s) », Julian Barnes a décidé de parler des deuils et de la fuite des années, mais il a choisi aussi de mettre en scène deux amis d’université, Stephen et Jean, qui se sont aimés puis séparés dans les années 1960. Quarante ans plus tard, le narrateur Julian tente à nouveau de les réunir. Ainsi naît une réflexion sur la nature capricieuse de la mémoire, le temps qui passe, la place du bonheur dans nos vies et le moment qui indique le temps des au revoir. Décidément Julian Barnes a quitté l'ombre de Flaubert pour celle de Proust.
Dans Départ(s), Julian Barnes explore différents moments de rupture, de séparation, d’éloignement — qu’ils soient amoureux, familiaux ou existentiels. Le départ n’est pas toujours un geste volontaire : il peut être subi, différé, ou simplement constaté trop tard. Ce minimalisme narratif est un choix assumé. Barnes préfère observer ce qui reste après le départ : les phrases non dites, les gestes insignifiants devenus soudain lourds de sens, la relecture obsessionnelle du passé.
Comme souvent chez Julian Barnes, le temps est le véritable protagoniste. Temps qui efface, mais surtout temps qui transforme. Ce qui semblait solide se révèle fragile. Julian Barnes ne dramatise jamais. Il écrit dans une langue claire, presque sèche, qui refuse l’émotion facile. Et c’est précisément cette retenue qui rend le texte si juste. Le lecteur n’est pas guidé, encore moins consolé : il est invité à reconnaître ses propres départs.
Avec Départ(s), Julian Barnes poursuit une œuvre patiente et lucide, attentive aux mouvements discrets de l’âme plutôt qu’aux grands drames spectaculaires. Ce court essai s’inscrit dans la veine la plus intime de l’écrivain britannique. Dans Départ(s), il n’y a pas vraiment d’intrigue. Il y a des moments. Des séparations. Des distances qui s’installent sans bruit. Des départs qui ne ressemblent pas à des scènes d’adieu, mais à des glissements presque imperceptibles. On croit être encore là, alors qu’on est déjà ailleurs.
Ce que Barnes capte avec une rare précision, c’est l’instant où quelque chose se fissure sans bruit. Le moment où l’on comprend, après coup, que l’on était déjà en train de partir — ou d’être quitté.
Départ(s) n’est pas un livre sur la rupture spectaculaire, mais sur l’usure douce, sur les déplacements imperceptibles qui redessinent une vie.
Départ(s) est un texte parle de séparation sans pathos, et qui rappelle que les départs les plus décisifs sont souvent ceux que l’on ne remarque pas sur le moment. Ceux qui sont silencieux. Et qui annoncent qu'il est temps de se dire au revoir. Ou adieu.
> Départ(s) de Julian Barnes, Editions Stock/La Cosmopolite, Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin, 240 pages, 20,90 euros >> Lien pour acheter le livre
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