Femmes et concubines

« Héloïse, les fleurs du sérail » d’Elisa Sebbel : rivalité et sororité dans un harem algérien du XIXème siècle

En lisant « Héloïse, les fleurs du sérail »plongez dans une histoire hors du temps, et découvrez le quotidien d’Héloïse, alias Alev, , en vous plongeant dans les affres de sa vie à partir de son arrivée dans le harem du Dey d’Alger. Elisa Sebbel entraîne les lecteurs dans ce récit qui jongle avec rivalités, amitiés et complots, à une époque où les femmes n’étaient que des objets de vitrine, livrées au bon plaisir des puissants.

Une suite qui n’en est pas une

Les fleurs du sérail est la suite de la Prisonnière de la mer, premier roman d’Elisa Sebbel et pour lequel elle a reçu un prix. Cependant, les deux livres peuvent se lire de manière tout à fait indépendante. En effet, dans ce nouvel opus, l'héroïne, Héloïse, confie ses pensées sur son passé, sur sa captivité sur l'île de Cabrera. En 1809, après la défaite des troupes napoléoniennes, 5 000 soldats furent déportés, par les Espagnols, sur cette île hostile. Parmi eux, vingt et une femmes. Héloïse était l'une d'elles.

 Alger, le 2 novembre 1810. Héloïse et son compagnon Louis, sont enfin libres. Avec d'autres prisonniers de Cabrera, ils sont parvenus à s'échapper de leur geôle à ciel ouvert en construisant une chaloupe. Après cinq jours de traversée, ils accostent une terre inconnue, et ils rejoignent une cité escorté par des individus autochtones. Sur un bâtiment, Louis reconnaît le symbole de l'Empire ottoman. Ils atteignent, ensuite, une forteresse dans laquelle des gardes les forcent à pénétrer. C’est le début du désenchantement pour Héloïse…

Une autrice dans la culture ibérique

Docteur en littérature française, Elisa Sebbel enseigne dans une université espagnole et vit à Majorque. "La Prisonnière de la mer", qui a reçu "la mention spéciale du jury" dans le cadre du Mazarine Book Day 2018, est son premier roman.

Le huis-clos du harem

Une plongée étourdissante dans l’intimité des harems entre sororité, rivalité et opulence. 1810. Après son naufrage sur les côtes d’Afrique du Nord, Héloïse, une vivandière de l’armée napoléonienne, se retrouve enfermée dans le harem du dey d’Alger. Arrachée à Louis, son compagnon, la jeune fille est contrainte de devenir Alev, une concubine parmi d’autres. Forcée d’adopter une nouvelle identité, une nouvelle langue, une nouvelle religion, isolée dans cette enceinte où vit une communauté de femmes aussi soudées que rivales, elle tentera de survivre en oubliant qui elle est. Dans ce monde d’intrigues, un seul pas de côté et tout bascule...

Une narration susurrée

Elisa Sebbel dépeint fort bien la vie du harem, à Alger, au XIXe siècle. Malgré son jeune âge, son héroïne a déjà connu plusieurs vies en toutes les épreuves qu’elle a traversées, aussi sa perception est complète, sincère, et aiguisée. Héloïse décrit les parfums, les lieux, les saveurs, les sensations, l'atmosphère intimiste et cependant effervescente de jalousie et de sororité. Elle montre la soumission apparente, opposée à la révolte intérieure, l'espérance couplée au désespoir. Elle exprime sa compassion envers les maîtresses du pacha et les esclaves. Alors qu'elle développe son esprit critique, elle veille à protéger ses consoeurs. Elle sait que ses actes peuvent rejaillir, dramatiquement, sur elles. Son récit est empreint de compréhension et de résistance, de douceur et de flamme. Ses confidences semblent susurrées à notre oreille, dans le secret des alcôves. Il est dangereux pour elle de parler, mais elle nous offre sa confiance. Cette narration intimiste nous la rend plus proche.

Une solidarité parfois compromise

On sent à travers la recherche qui transpire des pages le travail qu'a dû faire l’autrice en amont pour rendre son récit si juste et si réel. On en apprend beaucoup sur les harems, leurs lois, leur hiérarchie. Les femmes ne sont pas tendres entre elles, alors qu'elles devraient être plus fortes si elles s'unissaient, Héloïse en fait la remarque. Elles passeraient moins de temps à se chamailler la place de favorite près du sultan, à essayer d'avoir la plus belle toilette, ou de donner naissance à un héritier, et plus de temps à s'unir pour trouver un moyen de mieux vivre, de ne plus être battue au moindre mot de travers, ou tout simplement s'unir pour revendiquer sa liberté. Héloïse, elle, a décidé de se battre, même si elle comprend que certaines n'en aient pas l'envie ni la force. Elle a du caractère, et même lorsque plus fort qu'elle essaie de la soumettre, elle garde en elle une part de rébellion qui n'a pas de mal à se manifester. La condition de la femme est à nouveau le pivot central de ce roman, tout comme le précédent. L'autrice arrive à faire des parallèles avec nos conditions féminines actuelles, où il ne faut pas grand-chose pour que tout bascule à nouveau. La partie historique se fond dans l'histoire d'Héloïse, c'est fait avec beaucoup de minutie par l'autrice, et ne se ressent pas à la lecture.

Le chemin de la liberté

Arrachée à sa vie, Héloïse va apprendre les rites et coutumes de ce lieu, ainsi que sa langue. Heureusement, elle se fera une amie en la personne de Leïla, la favorite du pacha. Mais Héloïse n'aspire qu'à la liberté. Même si sa prison est dorée, même si elle a tout le confort, des massages, de la bonne nourriture, elle n'a qu'un seul désir, retrouver Louis. Elle n'est pas au bout de ses peines, le chemin va être long et semé d'embûches. Mais un chemin magnifiquement retranscrit, et porté par les éditions Jeanne et Juliette, une toute jeune maison d'édition, qui promet et qui est spécialisée dans les romans historiques avec des femmes au fort caractère. La couverture est magnifique et représente à la perfection le roman. A découvrir.

>« Héloïse, les fleurs du sérail », Elisa Sebbel, éditions Jeanne et Juliette, 278 pages, 16,90 euros

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