L'archéologue Chloé Andrieu déconstruit le mythe de la disparition des Mayas dans « Les Mayas n'ont pas disparu » (Allary). Elle nous éclaire sur ce que cette civilisation a encore à nous apprendre dans notre société contemporaine. L'auteure répond à quelques questions.
Maya : le mot convoque des images de pyramides abandonnées dans une jungle foisonnante, des cités d’Or déchues exhalant un parfum d’aventure et de mystères. Il évoque aussi des sagesses millénaires, la connexion à une nature vierge dotée de pouvoirs magiques.
Autour de ces quatre lettres se sont fossilisés des siècles de fascination pour les cultures effacées ou lointaines. Plus encore que pour d’autres civilisations anciennes, les zones d’ombres entourant leur histoire ont nourri les imaginaires. Chaque époque a instrumentalisé le supposé effondrement des mayas pour y projeter ses récits.
Dans son livre « Les Mayas n'ont pas disparu », Chloé Andrieu a voulu tordre le cou aux croyances qui entourent cette civilisation. L'archéologue et chercheuse au CNRS, qui travaille depuis vingt ans en Amérique centrale soulève ce voile qui recouvre depuis si longtemps la mythologie Maya, tissé davantage de nos propres fantasmes que de la réalité, mise en lumière par les découvertes récentes.
On découvre dans ce livre passionnant, l’histoire d’un peuple à la culture riche et toujours vivante, dont les luttes et les manières d’habiter le monde pourraient même aujourd’hui nous inspirer. Car leur lien avec la nature et la cosmogonie de l'univers faisait partie de leur appréhension du monde.
Chloé Andrieu répond à quelques questions.
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Chloé Andrieu : Les images des pyramides mangées par la végétation sont devenues un véritable symbole de la fin des sociétés. Nous avons associé les Mayas à ces monuments-là en particulier, le raccourci a parfois été fait de corréler l’abandon de ces cités à la disparition pure et simple de leurs habitants. Puis cette idée n’a cessé de s’alimenter, notamment avec des phénomènes tels que celui de l’année 2012 : les Mayas auraient alors annoncé la fin du monde, et la prédiction a eu d’autant plus de succès qu’on leur avait attribué une certaine autorité en la matière !
C. A. : La disparition des Mayas est souvent citée pour illustrer la notion de collapse ou d’effondrement. C’est dommage qu’un terme médiatisé pour faire réagir face à la gravité de la crise environnementale se trouve, du fait de l’imaginaire qu’il véhicule, à nier l’existence de millions de personnes qui sont en plus, pour certaines, particulièrement impliquées dans les luttes autochtones de défense de l’environnement.
C. A. : On compte aujourd’hui plus de 6 millions de personnes qui parlent des langues mayas dans le monde. Une majorité sont paysans, d’autres ont émigré dans les villes ou aux États Unis, mais il y a aussi beaucoup d’écrivains, de chercheurs, d’artistes ou de musiciens d’origine maya, sans compter des mouvements politiques qui, comme le mouvement zapatiste au Chiapas, sont connus dans le monde entier.
> Chloé Andrieu. « Les Mayas n'ont pas disparu », Allary, 240 pages, 20,90 euros >> Lien pour acheter le livre

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