Ombre et lumière

Marie-Victoire Nantet explore les lignes de partage entre Camille et Paul Claudel

Marie-Victoire Nantet revient sur les liens entre un frère et une soeur de génie dans Camille et Paul Claudel, lignes de partage (Gallimard). L'un éclairant la face sombre de l'autre, et vice versa. L'auteure, petite fille de l'écrivain remonte adroitement la piste de leurs échos créatifs dans un texte de haute volée.

Camille et Paul Claudel, lignes de partage met au jour la relation des deux génies par-delà la légende, « offrant à l’époque qui l’a imaginée le miroir de ses obsessions », et remonte adroitement la piste de leurs échos créatifs.

Entre oubli et légende noire

 De Camille Claudel, la mémoire collective conserve surtout quelques silhouettes déliées entreposées au Musée Rodin entre les lourds personnages du maître, et le visage halluciné d’Isabelle Adjani dans le film éponyme de 1988. C’est d’ailleurs pour partie ce dernier qui aura contribué à sceller la légende du frère indifférent, grand nom de la poésie et du théâtre du début du XXe siècle, à la détresse de celle qui finit sa vie à l’asile de fous. Quand on n’affirme pas, reprenant ainsi les discours paranoïaques de Camille Claudel eux-mêmes, qu’il est coupable d’un internement abusif.

Au fil des rapports fraternels

Marie-Victoire Nantet, petite-fille du dramaturge, s’attache dans cet ouvrage limpide et profond à remonter tout d’abord le fil des rapports fraternels de ces deux génies qui ont grandi en province, dans une famille qui ne se piquait pas d’art. On apprend « l’ascendant cruel exercé par Camille sur les jeunes années de Paul », on suit les développements de deux personnalités violentes qui empruntent des chemins divergents, on attend ce moment mystérieux où « le regard s’est déplacé de la sœur vers le frère ».

Echos créatifs

A cette relation familiale, l’auteur agrège savamment les éléments d’une relation d’artistes, plus encore, les échos des deux œuvres, s’ingéniant à mettre en regard l’émotion plastique et l’émotion poétique, puisque « la vie s’engouffre dans l’œuvre, l’œuvre formule la vie ».

Cet ouvrage de Marie-Victoire Nantet est remarquable tant il procède de minutie quant aux faits et d’intuition s’agissant de leur interprétation. Il manie avec une pudeur élégante que l’on ne voit guère les lignes de force de deux vies tragiques prolongées en deux œuvres géniales, et nous révèle qu’elles sont aussi lignes de partage.

>Marie-Victoire Nantet, Camille et Paul Claudel, lignes de partage, Gallimard, 240 pages, 19 euros

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