Les traits de plume de Daniel Sarfati

Angelo Rinaldi : disparition d'un aristocrate de la critique littéraire

Il avait la plume féroce et la phrase élégante. Du panache sans complaisance, un amour immodéré pour les livres et une tenue que d'aucuns qualifiaient de fière... Angelo Rinaldi était écrivain, mais il incarnait surtout la quintessence de la critique littéraire. Les Académiciens qui l'avaient élu en 2001 avaient choisi un digne représentant d'une tradition stylistique qui faisait frémir les adeptes de l'écriture blanche. Angelo Rinaldi vient de nous quitter. Il avait 84 ans. Daniel Sarfati lui rend hommage.

Portrait d'Angelo Rinaldi © Académie Française Portrait d'Angelo Rinaldi © Académie Française
Je suivais assidûment ses chroniques littéraires dans l’Express.
Écrivain et critique littéraire féroce, Angelo Rinaldi, savait dire du mal d’un livre avec style.
Il détestait Aragon, et vouait un culte à Borges et Gombrowicz.
Sa haine pour Edmond et Jules Goncourt, qui « tels les scarabées roulent leur boule de merde jusqu’à la fin des temps » dans leur Journal, nous laissait présager l’estime qu’il portait au Prix Goncourt.
Pour lui le style des Goncourt était « en dessous de la ceinture, et comme Jules négligea de s'encapuchonner: il attrapa la syphilis. »
Rinaldi rajoutait : « Le journal intime est assez souvent la revanche des ratés, qui espèrent que leur humeur sera prise pour l'élan vital qui leur a manqué. »

L’empereur de la démolition en règle

Ce Corse né à Bastia en 1940, était l’empereur de la démolition en règle, quand il n’aimait pas un écrivain. Il s’était fait beaucoup d’ennemis et aurait pu finir exilé à St Hélène, sans son amour de la langue française qui le fit élire à l’Académie Française.
Il est parti discrètement aujourd’hui.
Il va me manquer.
Daniel Sarfati 

Le mot de Xavier Darcos, Chancelier de l’Institut de France

« Angelo Rinaldi nous a quittés après quelques semaines de maladie. Jusqu’au bout, il a été vigilant et lucide, présent à toutes les séances académiques, où il intervenait à sa manière abrupte, sans détours ni feinte. Car il restait en lui de ce critique acerbe et insoumis qui, naguère, déjouait d’un coup de plume redouté et d’une formule malicieuse les valeurs surfaites de quelques littérateurs. Il ne faisait pas bon se trouver dans sa cible car il aimait lancer ses boulets dans « le jeu des quilles parisiennes », comme il disait.

Mais cet esprit militant et rebelle, hérité de ses parents résistants ou de son enfance dans les quartiers populaires de Bastia, cachait une générosité, une bonté, une attention à chacun, surtout aux plus humbles. À l’Institut, où les agents l’attendaient avec un café, tout le monde l’adorait. On savait sa solitude, sa tristesse, son écriture nocturne, le mystère de sa vie privée. Mais il n’en laissait rien paraître, se retrouvant parmi nous, académiciens et agents, comme en famille. Voilà pourquoi nous sommes en deuil.
D’autres diront son riche parcours d’homme de presse, de chroniqueur judiciaire, de critique littéraire, de romancier. Ils salueront le style du grand écrivain qu’il fut. Pour ma part, je perds un ami qui faisait reculer la banalité. Au nom de tous les membres de l’Institut, je dis notre peine de voir la mort nous priver de cet homme inouï, insolite, charmant et si peu conformiste. Sa liberté éclairée va nous manquer. »

Bibliographie

  • 1969 La Loge du Gouverneur (Denoël)
  • 1971 La Maison des Atlantes (Gallimard)
  • 1974 L’Éducation de l’oubli (Denoël)
  • 1977 Les Dames de France (Gallimard)
  • 1980 La Dernière Fête de l’Empire (Gallimard)
  • 1985 Les Jardins du Consulat (Gallimard)
  • 1987 Les Roses de Pline (Gallimard)
  • 1990 La Confession des collines (Gallimard)
  • 1993 Les jours ne s’en vont pas longtemps (Grasset)
  • 1997 Dernières nouvelles de la nuit (Grasset)
  • 1999 Service de presse - Chroniques (Plon)
  • 2000 Tout ce que je sais de Marie (Gallimard)
  • 2006 Où finira le fleuve (Fayard)
  • 2009 Résidence des Étoiles (Fayard)
  • 2010 Dans un état critique (La Découverte)
  • 2012 Les souvenirs sont au comptoir (Fayard)
  • 2012 Le Roman sans peine. Les empêcheurs de tourner en rond - Chroniques (La Découverte)
  • 2016 Torrent (Fayard)
  • 2018 Laissez-moi vous aimer (Pierre-Guillaume de Roux)
  • 2025 Les Roses et les épines (Éditions des Instants)

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Daniel Sarfati est médecin ORL, passionné par le langage, par les signes, la lecture des mots qui s’écrivent, se lisent sur une page ou sur des lèvres, les histoires qui se vivent ou qui s’inventent.
 
 

En savoir plus

Une rencontre avec Angela Rinaldi en vidéo. Portrait extrait du documentaire "Angelo Rinaldi, une oeuvre sans concessions" diffusé sur Via Stella. 

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