LES TRISKÈLISTES

Les Triskèlistes

‒ Notre papa, il est chercheur archéologique. Il fait des fouilles et c'est sur un chantier qu'il a rencontré "maman deux" qui fait le même métier. C'est lui qui nous a appris à parler votre langue.

‒ Mais… vous grelottez ! Constata alors la dame en les voyant claquer des dents. Enlevez-moi tout ce que vous avez comme vêtements, c’est tout mouillé. On va vous frictionner pour vous réchauffer plus vite. Ce n’est pas le moment d’attraper ce qu’il ne faut pas.

‒ On voulait se changer mais tous nos habits sont mouillés aussi. Dit la fille.

‒ Vous allez attraper froid si vous restez ainsi ! Allez chacun votre tour dans le coin toilette enlever ces vêtements et enveloppez-vous dans les draps de bain. Je vais regarder ce qui pourrait convenir en dépannage dans les affaires de la gamine.

 

L'orage n'était pas encore éloigné, qu'un violent grondement de tonnerre retentit. L’homme essuyait et frictionnait la fillette Anglaise… qui se blottit dans ses bras, complètement tétanisée.

‒ Oh là ! N'aies pas peur ma petite, nous sommes à l'abri ici. Je me demande bien où sont passés les adultes qui devraient être avec vous ?

‒ Vous avez des enfants ? Caroline, c’est votre petite fille ? Demanda la fille un peu rassurée.

‒ Non, nous n’avons pas d’enfant. On aurait bien aimé, mais on n'en a pas. Maintenant nous sommes trop vieux pour l'envisager. On a l'âge d’être papy et mamie. Notre fille, c’est elle… Câline la chienne. La gamine… enfin Caroline, ce n’est pas notre petite fille et quand nous rentrerons, nous sommes obligés de la ramener à la maison d’enfants où elle est placée. Mais nous lui avons promis d’aller la rechercher à chaque fois que nous le pourrons. Elle est si gentille. 

‒ Alors vous ne faites plus jamais de l'amour ? Redemanda naïvement et le plus naturellement du monde celle-ci.

‒ C'est souvent, qu'ils s'en vont comme ça en vous laissant seuls ? Questionna la femme souhaitant changer de conversation.

‒ Shirley… "maman deux" et tonton Peter ? Quand ils s’en vont, quelquefois ils ne reviennent que plusieurs jours après. Tonton Peter est méchant avec nous. Il nous dispute souvent et même, il nous frappe. Répondit le jeune Anglais.

‒ Et vous arrivez à vous débrouiller seul ? Vous êtes encore bien jeunes !

‒ Oui on sait se débrouiller. Quelquefois on est quand même obligé de demander à des gens gentils comme vous de nous aider. Précisa la fille.

‒ Allez les enfants, buvez votre bol tant que c'est chaud pour vous réchauffer.

La fillette Anglaise demanda alors :

‒ On sait qu’elle, elle s’appelle Caroline… mais vous, comment vous vous appelez ?

‒ Vous n'avez qu'à nous appeler "Papy" et "Nanou" comme Caroline nous appelle. Ce sera plus facile que de retenir nos noms. La chienne c'est Câline, mais ça vous le savez déjà. Et vous, c'est comment vos prénoms ? J’ai beau chercher, je ne vois pas beaucoup de vêtements qui pourraient convenir aussi pour toi mon garçon. Je crois qu’il va te falloir endosser un pyjama de fille pour cette nuit, en attendant le retour de votre voiture et de vos affaires. Précisa "Nanou".

‒ Ça veut dire quoi "Nanou" ? Questionna le garçon.

‒ C’est Caroline qui l’appelle comme ça. Elle dit qu’elle est comme une de ses mamans d’accueil, qui se faisait appeler ainsi et qui était très gentille avec elle. Précisa le papy.

‒ Nous, on a tous les deux un prénom commençant par un G, parce que notre vraie maman aimait tous les prénoms commençant comme le sien par un G. Elle s'appelait Gwenda. Précisa la fille Anglaise.

‒ Ils ne vont pas pouvoir retourner dormir dans leur tente, elle est toute croulée. Précisa Caroline s’étant réveillée.

‒ On peut nous aussi vous appeler "Nanou" ? Demanda la fille Anglaise tout en rajoutant : "Nanou" j’aime bien, et c’est amusant. Mais pour papy, ce serait mieux d’avoir un mot plus joli… plus gentil.

‒ C’est comme un papy pour nous trois. Si on l’appelait papy à nous ? Ou encore mieux "Papinou". Proposa la gamine Caroline surnommée "Mowgline".

‒ Oui, c’est bien "Nanou" et "Papinou" ! Dit en souriant la fillette Anglaise.

‒ Nous aussi on pourra vous appeler "Nanou" et "Papinou" ? Questionna le garçon.

Ces appellations reçurent l’approbation des personnes concernées.

‒ Tenez, enfilez ces pyjamas. Ils sont roses et avec des dessins pareils. Je suis désolée, mais nous n’en avons pas pour garçon. Pour cette nuit ça ira. Demain, vos vêtements seront peut-être de retour. Je crois qu’on va avoir beaucoup de difficultés à vous distinguer tous les deux dans ces pyjamas. Vous vous ressemblez tellement avec votre coupe de cheveux pratiquement pareille. Est-ce que vous auriez au moins une petite différence qui ne se voit pas du premier coup d’œil ? Questionna "Nanou".

‒ Nous souvent, on nous appelle les Gwen. C’est plus facile quand on est ensemble. Moi c’est Gwendal. J’ai un grain de beauté là, à mon front entre mes yeux comme les dames hindoues qui se font une marque appelée le Tilak, comme dit "maman deux", mais moi c’est en plus petit. Répondit le garçon avec un grand sourire.

‒ Et moi, c’est Gwenaëlle. J’ai un grain de beauté ici, au coin de ma lèvre, comme les grandes dames aux temps des rois qui se mettaient une mouche, comme dit aussi "maman deux". Mais nous, c’est des vrais grains de beauté.

‒ Moi aussi, j’ai un grain de beauté comme toi. C’est amusant, c’est de l’autre côté de la bouche. Fit alors remarquer Caroline.

Par les vitres du véhicule, ils aperçurent la tente toute avachie. Il était impossible de la remonter durant la nuit, d'autant que l'orage n'était pas encore terminé.

‒ On a beaucoup hésité de venir. On ne voulait pas vous déranger. Est-ce qu’on peut passer le reste de la nuit sous votre tonnelle ? On dormira chacun notre tour dans votre hamac si vous acceptez. Continua la fille Anglaise.

‒ Allons… allons les enfants, qu’est-ce que vous nous chantez là. Il n'en est pas question ! On va se serrer dans le camping-car, il fait plus chaud ici. Il n'y a que quatre places dans des lits pour des adultes mais vous, vous êtes des enfants. Vous prenez un peu moins de place. Si cela peut vous convenir, vous dormirez à trois dans notre grand lit. "Papinou" et moi, nous dormirons dans les lits d’une place. Demain on verra ce qu'on fera et Shirley, votre "maman deux" ainsi que tonton Peter seront certainement revenus. C’est original ces pendentifs que vous portez là tous les deux au cou. J’aime beaucoup la forme. Qu’est-ce que ça représente ? Demanda "Nanou", aux enfants Anglais tout en continuant de frictionner les épaules du garçon.

‒ C’est une triskèle ! Répondit sans hésitation celui-ci.

‒ Une quoi ? Interrogea "Papinou" n’ayant jamais entendu ce mot.

‒ Une triskèle. Reprit le gamin en l’épelant. Ça viendrait du grec triskèlês et ça voudrait dire qui a trois jambes. Ça daterait du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Ça représente une triade appelée aussi triplicité dans l’unité.

‒ Oh là, attends que ça me monte jusqu’au cerveau ! Que j’enregistre. Précisa "Papinou". Je sens que je me fais vraiment vieux, mes neurones sont encore endormis.

‒ Papa nous a expliqué que c’est comme dans les églises, où il y a la trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit ou l’esprit conscient, le subconscient et notre croyance en un moi supérieur. Ces triskèles sont un héritage de nos arrières, arrières, arrières grands-parents depuis des générations. Il a dit qu’il nous faut toujours les garder sur nous et y faire très très attention, comme un porte bonheur. On les a depuis notre naissance. Reprit Gwenaëlle. 

Gwendal continua :

‒ Papa nous a dit que les trois jambes représentent des Dieux Celtes, mais aussi que ça peut être l’âme, le cœur et le corps humain, ou la terre, le ciel et l’eau dans un mouvement perpétuel. Il y a d’autres gens qui disent que ça représente le monde animal, minéral et végétal ou aussi la matière qui peut être solide, liquide ou gazeuse.

‒ Vous me semblez en connaitre un rayon tous les deux sur les triskèles. Reprit "Papinou". Si elle aimait les prénoms commençant comme le sien, votre maman devait certainement avoir des origines bretonnes pour vous avoir appelé Gwenaëlle et Gwendal. Si je comprends bien ce que vous dites, une triskèle ça représenterait toujours trois trucs.

‒ Non notre maman n’était pas bretonne, mais Irlandaise. Papa souhaite nous faire connaître la culture des Celtes. Précisa la fille Anglaise Gwenaëlle.

‒ Parce qu’on porte ça, il y a des gens qui disent qu’on est des triskèlistes. Continua Gwendal.

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