Le califat d'Hélios: roman

Le califat d'Hélios - I

I

pages 11-13

Mais quelle mouche m’avait, ce jour-là, piqué, moi Pierre Landier pour que je tente, à mon âge, pareil exploit ?! Je n’étais guère aventurier dans l’âme, mais peu à peu l’étais devenu…

Et depuis des jours et des lunes, je souffrais… Le jour, par des chaleurs carrément dessiccatives ; la nuit, par la morsure du froid qui faisait éclater la roche rencontrée, préalablement chauffée à blanc.

J’avais, la veille, fêté mes quarante-cinq ans dans le désert, à la frontière de l’Arabie Saoudite et de la Jordanie.

Je m’étais envolé de Paris pour Amman. J’avais pris un minibus à Wahdat Station pour Pétra, l’un des plus beaux sites du Proche-Orient. J’en avais profité pour admirer la merveille architecturale des nomades Nabatéens creusée dans des grès étincelants, rouges, jaunes et bleus, dont les dessins naturels, étrangement sculptés par la couleur des pierres, rehaussaient la grandeur.

Puis, de Pétra, j’avais gagné Wadi Rum, – plus connu comme le mythique puits de Lawrence d’Arabie – à deux heures de route environ. Ici la montagne tombait en à-pic sur le sable des vallées, s’épanouissant en falaises rouges, m’obligeant d’admirer la majesté de la nature à l’état pur, et rêver.

Et de là, j’avais préparé mon odyssée : rallier Al Jawf, un site archéologique situé en bordure des dunes du An Nafud, au nord de l’Arabie Saoudite.

*

J’avais à présent des cheveux poivre et sel, une barbe aux reflets argentés taillée amoureusement chaque matin. Je m’étais coiffé d’une casquette ajourée avec une large visière qui surplombait un profil anguleux, portais un short de toile kaki et un ceinturon de cuir patiné, dégotté un dimanche aux puces de Saint-Ouen. Avec des sandales aux pieds et un extravagant barda sur le dos et sur les hanches, j’avais l’allure d’un chef scout qui se serait fait surprendre par le cours de la vie.

*

D’un pas tranquille d’automate, suivant un rythme régulier, un rien saccadé, comme si mon corps paraissait déséquilibré par l’équipement inhabituel qui tintait sur son bassin, j’avais parcouru des milles et des milles et rencontré que du sable et des cailloux.Désormais, seule la montre sophistiquée que je portais au poignet sous un sweat-shirt blanc rythmait ma vie. D’ailleurs elle annonçait chaque heure nouvelle en carillonnant. Alors avait lieu tout un cérémonial qui, hors du contexte, aurait prêté à rire.

*

Je m’arrêtais dès que le dernier coup avait retenti. Et, sans avoir besoin de jeter les yeux sur le cadran, savais l’heure. Sur le sable, j’étendais une natte de mousse, me déchaussais, prenais soin de mes pieds comme de purs trésors, les inspectant sur toutes les coutures pour être certain qu’ils ne fussent blessés, avant de leur prodiguer les soins nécessaires, en rapport avec l’effort fourni. Afin d’hydrater une peau terriblement éprouvée, j’appliquais grassement crèmes et onguents.

Puis je sortais de mon sac un impressionnant thermos qui conservait à une température idéale l’eau à consommer dans la journée, prélevée au lever du jour sur la réserve qui, elle, s’était rafraîchie durant la nuit ; réserve qui, de puits en puits, d’oasis en oasis, s’avérait de très loin le plus gros du fardeau. Je me contentais de quelques gorgées, à peine suffisantes.

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Julien Gabriels
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