On ne retrouvera jamais mon corps. par Succube
On ne retrouvera jamais mon corps.
Je ressens les feux infernaux s’approcher. Humeur sombre et sang bilieux. La langueur et la longueur des mauvais jours fabriquent ma folie et mon malheur. L’odeur des pavots consumés évoque les fantasmes enfantins dans les jardins enchantés. Barrières et frontières, les limites inconnues. La perception devient vaste et le monde et trop petit pour l’esprit. Les voyages sont trop courts, trop communs. Les souvenirs en sont incertains. Les yeux ouverts. Essayer de voir la réalité au delà de la matière. Je ne suis pas fière. Chagrin et colère. Les immondices jonchent le sentier battu. Epuisée, je souhaiterais m’écrouler, me laisser tomber. Ne plus essayer. Rudes effets de l’émoi.
Emanations.
Les rêves des enfants ont la brutalité et la préciosité de l’ébène.
Mon corps demeure étendu dans ce mortuaire champ de fleur. Mes larmes sont des cailloux lancés sur mes joues. Humeur funéraire. Je retiens cette eau débordant que trop souvent de mes globes oculaires. Aspirant à la paix des fleurs, les rêves n’ont été que graves erreurs. Consciente et agonie lente, autant être une plante. L’arborescence de l’inconnue taillée, on peut se jeter à corps perdu dans les ronces de la réalité.
Il y a longtemps j’étais autre. J’ai jeté mon nom. Je me suis forgé une identité pure, je me suis travestie. Ainsi, à ce jour je percevais la réalité d’une entité qui n’avait jusqu’alors exister que dans contes et rêveries.
A moi l’une de mes folies ! Les jours les plus longs de l’année, et l’été. Une saison qui m’emplie de fureur rimbaldienne. Saison des enfers, saison de la chute. On devient fou, on s’égare. Que m’attaquent ces chimères. Ma peur ne serait qu’éphémère. Toutes ces charognes, cette terreur, mon ventre qui crie misère. L’Amour m’aura rendue stupide. Que suis-je désormais ? Je vacille, j’hésite, je ne peux me fixer. Les perturbations sont nombreuses. Je sens le poison, mes veines, la contamination. Tristesses et isolation. J’ai peur du vide, de ce gouffre. Ah ! J’ai tous les talents. Mon cher Satan, je me voue à toi désormais.
Croyances païennes. On brûle des cierges. On prie pour apaiser la souffrance et la peine. Tout disparaîtra comme des larmes sous la pluie.
Toute réalité est perdue. Les saveurs restent inchangées, les textures inamovibles mais je ne puis rien toucher. Je suis paralysée.
Mémoire. Les souvenirs dérisoires.
Hier, jadis, dans les temps incertains. On était heureux, on était bien. Aujourd’hui, exhale mon odorat d’une émanation méphitique. Les romans et les poussières, toiles d’araignées et faux mystère, il nous en reste que des regrets. Hier a un goût de jamais. Ma vie rêvée au travers de ces films, ces séries et innombrables biographies malheureuses, ces livres, je les ai parcourus à m’en brûler les yeux, je suis ivre de mon absence de vie.
Longtemps, avant, auparavant, je me suis rouée de coup, je me suis rendue à la terre, face écrasée contre l’asphalte, je me suis laissée emporter par le plaisir délictueux provoqué par les affres d’un malheur qui, malheureusement me sera jamais donné une seconde fois de traverser avec une telle intensité de jouissance. Délicieuse et malheureuse, je me suis transformée. Il aura fallu me corrompre, me rompre pour apprécier la préciosité de ma vision et de ma perception déplorablement déviante, folle, marginale.
Mauvaise vie, mauvaise année, malheureuse engeance, époque de déchéance, instant de décrépitude, génération amputée et désillusionnée, plus de repère entre cette barrière qu’aura créer ce nouveau factice millénaire. Hier. Comme j’en rêve. Hier, ailleurs, je regrette, je répugne ma fausse existence. Absence et ignorance. Je régurgite cette époque. Il est trop tard pour mourir, j’entends ainsi par mourir volontairement. Il est trop tard pour mourir, j’ai vu trop de choses, je connais trop, et je confie que je me suis attachée à ma vie au travers du regard d’être aimés inconditionnellement.
Et pourtant, il est inutile d’avoir envie de vivre.
Humeur tremblante, ambivalente. J’hésite et je m’effrite. Mon affect changeant, fluctuant. Plus rien n’est possible. Faire pousser des pavots relève de l’impossible.
Il y a bien longtemps, j’ai jeté mon identité aux orties. Je me suis rebaptisée. Je ne sais que penser. Peut on réellement se façonner tel un personnage de fiction. La réalité peut elle transcender le rêve ?
De ce que je suis. Poussières et néant. Engeance malheureuse en ma réflexion. Je me sens anéantie par ma prophétie. Les combles s’effondrent. Je m’ébranle. Mésaventure céleste ai-je parcouru.
Les envies démodées, murs décrépis, aucune envie. Annihilée par la douleur surpassée. Les rêves surannés ont été jetés. Je me suis jetée.
Mon crâne me chatouille. Je gratte ma tête, du liquide sucré, du sang. De ma fouille, mes mains se sont recouvertes de petits morceaux qui résident sous mon encéphale. Mon cerveau. Il s’épanche et toute substance nourrissant mon corps se répand.
Aucune révélation. Vous n’êtes pas sans savoir que les bleuets logent les démons.
Mon corps en perdition, mon cher Jésus me regarde du haut de sa croix. Aucune complainte. On devine un sourire de chagrin accompli. Les enfers et paradis rassurent nos ennuis.
Le ciel était là, face au dessus le l’horloge de la gare. Les trains se préparent. L’automatisme est triste et rare. La perfection réside en la séduction.
De mon affect. En émoi. Des larmes de joie malheureuses. J’ai le sang bilieux. Colère et trahison. Je n’écris pas. Je vomi.
La pluie nettoie les infections. Purification. Le ciel s’est teinté d’un gris diluvien provoquant irrésistible attirance de noyer toutes larmes sous la pluie.
Je régresse. Un reptile froid mort. Une peau desséchée, brûlée et rongée. La tristesse détruit. Un sanctuaire, un cimetière, une prière, un ange me regarde dormir dans mon lit d’enfant et un papillon de nuit blanc accueille mon éveil.
Les âmes des morts se changent en papillons de nuit pour rejoindre le monde des morts. La terre s’ouvre et m’avale.
Les jouissances sont devenues ivresses rares. Mon tombeau m’étouffe, je griffe mon sépulcre et mes ongles s’arrachent. Je suis souvent vile et lâche. Parfois je me cache. Stupide peur.
Transformation est un mot de constance. Ne jamais ressembler. Ne jamais se ressembler. Transmorphisme. Mon envie est tropisme. Modifier, maquiller, déguiser, travestir. Je m’efforce de fuir. Terreur de l’erreur. Ineptie des affronts. Crainte des échecs. Méfiance de juges. Horreur des pertes.
Les cauchemars seront rares. Je suis au monde…
Les larmes ne suffisent plus. Le repos et le prétendu réconfort du sommeil sont dévastateurs. Je cours les rues, nue et je gratte les murs. Je m’obsède. Mon image en mauvais pixels. J’y pense encore. J’y pense.
Dans mon bas ventre une douleur triste et chaude me lance.
par Succube, le 21 février 2011

















