Evénément

Proust en toutes lettres

Pour son inauguration, le Musée des Lettres et Manuscrits consacre une exposition majeure à Marcel Proust : plus de 160 documents, pour la plupart jamais publiés, comme un voyage dans le monde intime de l’auteur de La Recherche. Proust entre les lignes et en toutes lettres, c’est une exposition à ne pas manquer, et un texte à relire encore et encore…

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Le signe des mots

Une écriture rapide, aux liés et déliés remplis d’élégance, les multiples collages et « placards » d’un texte qui se ravaude, s’enrichit et se reconstruit… les 160 manuscrits et lettres de Proust, pour la plupart inédits, exposés au tout nouveau Musée des Lettres et manuscrits, sont saisissantes, émouvantes, éclairantes. Nous sommes ici au cœur du mystère de la page, cette fameuse page blanche qui se noircit de la lumière d’un acte. Nous sommes ici dans le monde intime de l’écrivain, nous sommes presque face à lui, universel et infini. Son manuscrit est comme une calligraphie, il est une œuvre dans l’œuvre, la genèse d’un grand Tout, témoignant des éclairs et des repentirs, des envolées et des retenues. Proust se révèle un architecte des phrases, un peintre des mots. Au vu de tous ces documents, on réalise que La recherche, qu’il appelait « son roman plein de malédiction » a nécessité des milliers d’heures de réécriture, de re-composition et enrichissements.

Correspondance et écriture

On réalise aussi grâce aux nombreuses lettres, que Marcel Proust vécut aussi dans un monde réel qui servait de référence à l’œuvre. Car, dans sa correspondance, il est aussi beaucoup question d’écriture. Ainsi, Proust confie-t-il au détour d’une lettre son peu d’affection pour Swann, ou ses réticences à l’égard de À l’Ombre des Jeunes Filles en fleurs, qu’il trouve « trop fade ». On découvre également de nombreuses considérations de l’écrivain sur la vie, sur l’amitié, sur l’amour (à Léon Bélugou en 1906 : « y a-t-il un amour que la présence de ce qu’on aime n’affaiblisse ? »), sur le temps fugace (à sa mère : « dis-toi que cette lettre est l’expression d’une réalité fugitive qui ne sera plus quand tu la liras ») et sur cette « mémoire fatiguée par les stupéfiants ».

Galerie de personnages

Les destinataires des lettres composent ainsi une galerie de personnes qui ont inspiré ses personnages, soit qu’il les évoque dans ces lettres, soit qu’elles leur soient adressées (ainsi de Gilberte Swann, inspirée par Jeanne Pouquet - mère de Simone de Caillavet -), du baron de Charlus qui doit beaucoup au comte de Montesquiou, ou d’Albertine, qui emprunte à Alfred Agostinelli et Albert Nahmias, pour ne prendre que ceux-là.  

Proust intime et multiple

Les lettres nous plongent surtout dans mille et un détails de la vie mondaine, amicale, familiale de Proust. On réalise les incessants tourments que sa santé fragile lui inflige (« cela me fait tant de plaisir de me plaindre à toi » écrit-il à sa mère), portrait en creux d’un asthmatique, dont le souffle littéraire est inversement proportionnel à son souffle réel. 

A l’ombre de la maladie

La sensibilité extrême de l’écrivain transparaît à chaque ligne, exacerbée par l’omniprésence de la maladie qui le confine à l’enfermement. Dans cette chambre, de repos et de travail, la maladie rythme son rapport au monde. L’écriture « domestique » et quotidienne de Proust, si éloignée de sa plume d’auteur porte un éclairage sur celui qui se déclare « moins vaniteux que sensible », et qui semble en effet réagir à toute chose avec une résonance intense.

Les sources d’une exposition

 Qu’il s’agisse des manuscrits, comme le fameux placard des « Jeunes filles en fleurs » ou des nombreuses lettres,  de dessins, de photographies de photographies ou d’éditions originales, l'exposition « Proust, du temps perdu au temps retrouvé » présente 160 documents couvrant presque toute la vie adulte de l’écrivain, de 1894 à sa mort en 1922. Six pièces avaient déjà été montrées dans l’exposition «Marcel Proust » de la BnF en 1965, mais de nombreuses autres sont exposées pour la première fois et ne figurent pas dans l’abondante bibliographie consacrée à l’écrivain. L’essentiel de ces documents provient de deux collections récemment acquises par Aristophil, et exposées au sein du musée : d’une part celle d’André Maurois (auteur d’une remarquable biographie de l’écrivain) et son épouse Simone de Caillavet (fille d’amis de Proust, à l’origine du personnage de Mademoiselle de Saint-Loup dans La Recherche) et d’autre part celle de Suzy Mante-Proust, nièce de l’écrivain.

 Un lieu pour les lettres

Organisée par la commissaire d’exposition Estelle Gaudry, cette exposition prend place dans le Musée des Lettres et manuscrits, dont la nouvelle adresse est inaugurée avec celle-ci, au cœur de Saint Germain des Prés. Ce Musée, fondé par Gérard Lhéritier est une structure associative dont il n’existe pas d’équivalent : entièrement consacré à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine écrit, il possède une collection de quelques 70 000 lettres, manuscrits, autographes, dessins et éditions originales, parmi lesquels des écrits de Proust, Hugo, Sand, Saint-Exupéry, Napoléon, Eisenhower, de Gaulle, Einstein, Edison, Delacroix, Van Gogh, Mozart, Beethoven et des centaines d’autres grandes figures de notre histoire.

La mémoire conservée

Plus que jamais, dans une époque qui voit le développement de la communication virtuelle, la présence forte et signifiante de ces traces écrites sont une richesse pour notre mémoire littéraire et historique. Et Marcel Proust, dont on ne finira jamais d’exhumer la complexité de l’œuvre est la parfaite incarnation de cette transmission. La vérité ultime, énoncée par le texte, le texte dans sa chair ; le texte-même. O.P.

Légendes Photos ( De haut en bas)

-Portrait photographique de Marcel Proust, contretype par Man Ray d'un cliché d'Otto retravaillé pour l'affiche de l'exposition

-Lettres autographe signée Marcel Proust à Francis Chevassu ( peu après le 14 janvier 1913) où il parle de faire "catléias"

-A l'Ombre des jeunes filles en fleurs. Placard d'épreuves corrigées de 1914, placé par Proust dans un exemplaire de l'édition de luxe de 1920.

-La façade du Musée des Lettres et Manuscrits

En savoir plus

-Exposition " Proust, du temps perdu au temps retrouvé"

jusqu'au 29 Août 2010

-Musée des Lettres et Manuscrits

222, bd Saint Germain

75007 Paris

01 42 22 48 48

www.museedeslettres.fr

-Ouvrage-catalogue: Co-édition Musée des Lettres et manuscrits et Editions des Equateurs

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