"Arrête avec tes mensonges"

Philippe Besson se met à nu

Parmi les nombreux livres de cette rentrée littéraire, on retrouve le récit autobiographique et émouvant de Philippe BessonArrête avec tes mensonges (Julliard) est le 18e roman de l’auteur. Ce livre est dédié à ses origines et au début d’un amour impossible. Amour qui a inventé l'homme et l'écrivain qu'il est devenu.  Aujourd'hui auteur à grand succès, vainqueur du prix RTL en 2003 et du prix Emmanuel-Roblès en 2001,  Philippe Bessonse souvient de son passé. L'occasion pour Viabooks de revenir sur la vie et l'œuvre d'un écrivain qui prrend une place d eplus en plus affirmée dans le monde des lettres français.

Roman après roman, Philippe Besson prend sa place dans la littérature française. Viabooks vous propose un zoom sur la vie et les œuvres majeures de l’auteur et plus particulièrement son dernier roman, Arrête avec tes mensonges.

Philippe Besson, un écrivain dans l’âme

Née en Charente en 1967, Philippe Besson est écrivain, dramaturge, scénariste mais également critique littéraire et animateur de télévision. Diplômé de l'École supérieure de commerce de Rouen et titulaire d'un DESS de droit social, il s'installe à Paris en 1989 où il exerce la profession de juriste et enseigne le droit social. Le 4 septembre 1999, une rupture amoureuse et la lecture de récits d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale, l'incite à écrire son premier roman ; En l'absence des hommes. Son livre sera récompensé par plusieurs prix et notamment le prix Emmanuel-Roblès. La même année, en août 2001, Philippe Besson publie Son frère qui sera retenu pour la sélection du prix Femina. L'adaptation cinématographique qu'en fera Patrice Chéreau avec Bruno Todeschini et Eric Caravaca en 2003, recevra l'Ours d'argent au festival de Berlin. En 2002 son roman L'Arrière-saison est récompensé par le grand prix RTL-Lire 2003. Cette année-là paraît Un garçon d'Italie, œuvre qui se voit sélectionnée pour les prix Goncourt et Médicis. Suite à l’intérêt des lecteurs pour son travail et au succès qu’il rencontre Philippe Besson décide alors de se consacrer exclusivement à l'écriture. Édité en 2004, son cinquième roman, Les Jours fragiles, centré sur les derniers jours d'Arthur Rimbaud, retient l'attention du cinéaste François Dupeyron. Les droits du livre sont acquis par Gérard Depardieu et Claude Berri, pour une éventuelle adaptation au cinéma. En 2011, Philippe Besson soutient le mariage et l'adoption d'enfants par des couples homosexuels à travers l'association Isota. Il tient également une chronique régulière jusqu’en 2013 dans le magazine Têtu à destination de la communauté gay. En 2017 l’auteur totalise dix-huit romans, dont plusieurs ont donc été adaptés au cinéma ou au théâtre.

Les œuvres incontournables de Philippe Besson

L’arrière-saison, 2004 (Juliard) : En ce dimanche soir, le café Phillies s'est vidé de ses clients. Il ne reste plus que Louise, habituée des lieux, sirotant son Martini blanc servi par Ben. Elle attend là son ami Norman, comédien. Elle-même est dramaturge, auteur à succès. La conversation s'articule autour de sa dernière pièce quand survient Stephen, avocat d'affaires, de retour après cinq ans d'absence qui ont suivi sa séparation d'avec Louise. Ces retrouvailles seront l'occasion d'évoquer le passé, le présent, les trajectoires des uns et des autres, de revoir les échecs, les ratages émaillant les rapports humains. C'est à partir de l'œuvre d'Edward Hopper, intitulée « Nighthawks » que tout a commencé pour le roman de Philippe Besson. Il s’est donc appuyé sur ce tableau pour échafauder une histoire et créer un passé et un présent à ces trois personnages. Cet exercice, qui peut s’avérer plutôt périlleux, a été très réussi par l’auteur puisqu’il a su donné corps et vie à ce tableau. Dans ce huit clos les personnalités des protagonistes sont fouillées, on découvre avec plaisir leur faille et leurs fragilité. A travers l’écriture séduisante et enivrante, surgissent des rancœurs, de la haine mais aussi de l’amour.  

Son frère, 2004 (Juliard) : Une histoire très simple et déchirante. La mort d'un frère. Un jour, Thomas apprend qu'il est gravement malade et qu'il va probablement mourir. La nouvelle touche en plein cœur ce jeune homme si vivant, si amoureux. Comment supporter une telle épreuve ? Lucas, son frère va l'accompagner pendant ces quelques mois. Ils iront se réfugier dans la maison d'enfance, la maison blanche de l'île de Ré. Non pas pour attendre la mort mais pour vivre intensément chacune des heures qui leur est donnée. Cette histoire oscille entre les doux souvenirs d'enfance sur l'île de Ré et la réalité de la maladie qui ronge le jeune homme sur son lit d'hôpital. Philippe Besson prend le parti de traiter un sujet grave qui peut facilement tomber dans l’impudeur ou la complaisance. Cependant il aborde ce thème avec beaucoup de retenue, de délicatesse mais par-dessus tout, beaucoup d’amour. Il ose parler sentiments, émotions, amour, se frotter au domaine sensible sans tomber dans la sensiblerie. Ce roman douloureusement beau est un vrai cri d’amour fraternel.

Vivre vite, 2015 (Juliard) : " Regardez-moi bien. Qui sait si je serai encore là demain... " Aussi célèbre soit-il, James Dean, symbole de la jeunesse éternelle, demeure toujours aussi insaisissable. Vivre vite, roman choral tout en nuances, dresse, à travers la voix de ses proches, le portrait intime d'un garçon de l'Indiana, inconsolable et myope, turbulent mais d'une beauté irrésistible, qui s'est donné à tous, sans jamais appartenir à personne : un acteur incandescent devenu, en trois films et un accident de voiture, une icône intemporelle. Cette œuvre est une veritable déclaration d’amour de la part de l’auteur à cet illustre acteur. On connait tous l'éphémère carrière de ce jeune homme, de son Indiana natal aux lumières d'Hollywood, jusqu'à son terrible accident qui lui coutera la vie le 30 septembre 1955. Cependant ce livre est une très belle idée afin de nous faire comprendre la fragilité de James Dean, son côté fantasque, indiscipliné, difficile à cerner, son goût pour le risque, en moto et en voiture plus tard. Par le biais de cette histoire tragique l’auteur nous tient constamment dans l’empathie tant les témoignages sont bouleversants. L’œuvre de Philippe Besson est une bonne raison pour regarder à nouveau les trois films légendaires de James Dean.

Arrête avec tes mensonges, une rentrée littéraire réussie 

« Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier. Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre. Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale. Mais un amour, quand même. Un amour immense et tenu secret. Qui a fini par me rattraper. »

Pourquoi c’est un coup de cœur de la rentrée littéraire 2017 : De passage dans sa région natale, le narrateur, qui n'est autre que Philippe Besson, aperçoit au détour d'une rue une silhouette, un visage, dont la ressemblance avec son premier amour le frappe tel un coup de poignard. S'ensuit le récit de la rencontre, vingt-cinq ans plus tôt, entre deux adolescents que tout oppose : l'un, plutôt timide, est fils d'instituteur, élève studieux et lecteur chevronné ; l'autre est enfant de paysans, rebelle, charismatique et mystérieux, coqueluche des filles du lycée. Arrête avec tes mensonges est une très belle œuvre qui met son auteur à nu. On dévore le livre tant l’histoire, autobiographique, est bouleversante. En effet ce récit amoureux est la clef de l’univers littéraire de Philippe Besson. Les thèmes récurrents dans ses romans tels que l’absence, le manque, la perte, ou l’abandon surviennent notamment de cet amour de jeunesse. Comme à son habitude Philippe Besson nous offre une analyse d’une grande justesse des sentiments et de la psyché humaine. Comme dans tous ses récits précédents on a l’impression que le livre a été écrit pour nous. Ce livre nous captive aussi grâce à la plume de l’écrivain, une écriture simple, précise, sans fioritures, harmonieuse et au service d’un récit riche et saisissant. Laissez-vous emporter par cette délicieuse histoire d’amour disloquée entre Thomas et Philippe. 

Quelques extraits 

"La mort de beaucoup de mes amis, dans le plus jeune âge, aggravera ce travers, cette douleur. Leur disparition prématurée me plongera dans des abîmes de chagrin et de perplexité. Je devrai apprendre à leur survivre. Et l'écriture peut être un bon moyen pour survivre. Et pour ne pas oublier les disparus. Pour continuer le dialogue avec eux. Mais le manque prend probablement sa source dans cette première défection, dans une imbécile brûlure amoureuse.

Je découvre que l'absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d'un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l'on ne possède pas de repères, où l'on pourrait se cogner, où l'on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l'absence, c'est d'abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dés que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors."

" J'ai dix-sept ans.

Je ne sais pas que je n'aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n'est qu'un instant, que ça disparaît et quand on s'en rend compte il est trop tard, c'est fini, elle s'est volatilisée, on l'a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent pourtant, les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, leurs paroles roulent sur moi, ne s'accrochent pas, de l'eau sur les plumes d'un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant."

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