Hommage

Adieu et merci, Jean d'O.!

Jean d'Ormesson s'est éteint à 92 ans, au terme d'une vie flamboyante et accomplie. L'un des écrivains les plus emblématiques de l'esprit français qui maniait l'art de la conversation comme nul autre laisse un vide immense. 

Jean d'Ormesson n'est plus. Pourtant, il se préparait à la  sortie en février prochain de son prochain livre au titre prémonitoire : Et moi je vis toujours (Gallimard). Alors que l'écrivain a tellement souvent évoqué la mort, il a voulu cette fois-ci célébrer la vie; c'est à ce moment-là qu'il nous a quittés. Pas de très loin car ses livres seront en effet vivants pour toujours.

>Lire notre article écrit à l'occasion de la sortie du livre "Et je dirai malgré tout que cette vie fut belle"

L'écrivain du temps qui passe

Ses yeux bleus perçants semblaient toujours sourire. C'est le coeur qui a lâché, ce qui semble être la mort rêvée pour ce grand séducteur qui fourmillait encore de projets."Ecrire, en tout cas, ce n'est pas écrire pour soi, comme le prétendent les menteurs et les benêts, c'est écrire pour les autres, c'est être jugé, c'est se précipiter d'avance -quelle idée ! -, avec un zèle suspect et franchement déplaisant, au-devant des jugements des lecteurs, des critiques, dans les meilleurs des cas de la postérité." Ainsi se'exprimit Jean d'Ormesson dans l'un de ses derniers livres : Au revoir et merci (Gallimard). Les lecteurs? L'immortel de l'Académie Française en a connu de nombreux . Des critiques ? Qui aurait osé s"attaquer à Jean d'O? Monument, icône, homme d'esprit et de plume, tous l'aimaient et chacun l'admirait. La postérité? De son vivant Jean d'Ormesson a connu les honneurs de la prestigieuse collection de La Pléiade, signe d'une postérité littéraire déjà acquise.

>Revoir une vidéo dans laquelle Jean d'Ormesson part sur les traces de Chateaubriand

Une vie au service des mots

Né à Paris, le 16 juin 1925, d’une famille de conseillers d’État, de contrôleurs généraux des finances, d’ambassadeurs de France et de parlementaires, parmi lesquels un chancelier de France et un député à la Convention nationale, Jean d'Ormesson était ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé de philosophie. Il fut Directeur général du Figaro de 1974 à 1977. Il obtint le Grand prix du roman de l’Académie française pour La Gloire de l‘Empire, 1971. Il fut élu à l‘Académie française, le 18 octobre 1973, au fauteuil de Jules Romains (12e fauteuil). Signalons aussi le Prix Balzac pour Au plaisir de Dieu en 1975, le Prix Scanno pour Histoire du juif errant en 1992, le Grand Prix RTL-Lire pour La douane de mer en 1994 et le Prix Jean Giono pour Le rapport Gabriel en 1999. Son oeuvre était entrée dans La Pléiade en 2015. 

L'élégance d'un "honnête homme" aux mille qualités

Il reste la tristesse de ne plus entendre ses paroles, dont l'humour savait éclairer le sens, de ne plus croiser ce regard pétillant, ce rire un peu impertinent. Il reste la nostalgie d'un homme des contadictions qui incarnait avec élégance la figure de l'"honnête homme", curieux de tout, assoiffé d'un rien. "A la grâce de Dieu", ainsi en a-t-il été décidé au terme d'une vie merveilleusement accomplie.

Les innombrables hommages

En premier lieu celui du présdeint de la République, Emmanuel Macron qui a écrit sur Twitter: "Il était le meilleur de l'esprit français, un mélange unique d'intelligence, d'élégance et de malice, un prince des lettres sachant ne jamais se prendre au sérieux. L'œil, le sourire, les mots de Jean d'Ormesson nous manquent déjà."

Signalons le document exceptionnel sur Canal +, qui est rediffusé ce soir à 23h30 et dès maintenant sur MyCanal : une émisssion intime consacrée à Jean d'Ormesson. En effet, le 29 mars dernier, Augustin Trapenard recevait Jean d’Ormesson dans son rendez-vous mensuel 21cm le canal littéraire. La conversation démarra sur les bancs de l’Ecole Normale Supérieure, se poursuivit dans la bibliothèque d’Augustin avant de se clore derrière les vitraux de la Sainte Chapelle. C’est dans ce décor magique que Jean d’Ormesson livra ses dernières pensées sur la vie et la mort, comme un écho à cet extrait de son roman  La douane de mer  : « Je me désole de mon absence à mes propres funérailles ».
Citations extraites de  l’émission  à réécouter avec plus d'intensité: « Si on me proposait de tout recommencer, je refuserais. J’ai beaucoup aimé la vie, mais ce qu’il y a de bien dans la vie, c’est qu’elle s’achève. Heureusement que nous mourons, le monde est beau parce qu’il s’achève. »
« L’immortalité, c’est un cauchemar ».
« Vous connaissez le mot de Cocteau ? Nous sommes immortels pour la durée de notre vie, après nous nous changeons en fauteuils ». Fauteuils d’académiciens bien sûr.

Le nouveau fauteuil de Jean d'Ormesson se nomme l'éternité.

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