Prix de la vocation

Line Papin, la grâce des désillusions

Line Papin vient de recevoir du haut de ses 20 ans le prix de la Vocation pour L'éveil (Stock). Un livre sur une passion sans issue, sur fond d'un Hanoï qui est aussi brûlant que les émotions se glacent. Le tout écrit avec un style envoûtant et fluide comme la caresse d'un morceau de soie. 

Portrait de Line Papin. Capture d'écran de vidéo YouTube.

A quoi rêvent les jeunes filles en 2016 ? D'un prince charmant ? De voyages lointains? De passions dévorantes? De désillusions ? Line Papin qui est la benjamine de la rentrée littéraire de 2016 et qui vient de recevoir le prix de la Vocation a exploré du haut de ses 20 ans toutes ces émotions dans un kaléidoscope fulgurant. Le bien nommé "L'éveil" (Stock) est à comprendre, autant comme un éveil des sens et des sentiments, que de celui de la vie à l'âge adulte et même celui de l'écrivain. L'éveil comme conscience, comme envol du papillon hors de sa chrysalide. Mais voilà, en 2016, cet éveil n'est pas fleur bleue. Il est brûlant, comme la chaleur moite d'Hanoï en été. Il est dévorant, comme la flamme d'un brasier.

Une histoire d'amour qui fait mal

Line Papin avoue ne ressmbler à aucun de ses personnages en particulier ou plutôt d'être un morceau de chacun d'enre eux. Il y a Juliet, expatriée australienne, qui rencontre un garçon fascinant, mystérieux. Un garçon qui ne répondra pas à cet amour, homme sans nom, comme dans une tragédie. Il y a un ami, Raphaël qui est comme le métronome de l'histoire, impuissant à intervenir. Et puis, il y a Laura, aimée, fantasmée par l'homme dont est amoureuse l'héroïne. Laura est partie et le vide qu'elle laisse est comme un trop plein, un mur infranchissasble. Elle est partie mais elle est là partout dans les recoins d'une vie où Juliet va chercher une place. Sans succès. Sauf peut-être sa place dans sa propre vie et dans la ville.

Légende : Vue de Hanoi aujourd'hui

Mourir de désir à Hanoi

Souffrir à Hanoï et être bercée par ses odeurs, ses saveurs, ses sensations. Mourir de désir.  Le texte est d'une extrême sensualité, rythmé par la langueur d'une ville qui s'étire à l'infini. "Il en émane une pesanteur féérique, une énergie mauvaise. C’est comme si l’enrobage avait tourné, et que cette douceur mystérieuse s’était resserrée, l’avait étreint, s’était pourrie. C'est drôle parce que ça a commencé comme ça, par moi fascinée qui découvre cet homme voilé ; et ça a continué, tout le temps, comme ça, avec moi fascinée qui soulève les voiles un à un sans trouver jamais, en dessous, aucun visage". Des incantations, des appels. Des visages, dont on ne ressent que leur souffle. Line Papin sait suggérer sans décrire avec lourdeur. Elle a gommé le superflu et pourtant ses personnages semblent vibrer à nos côtés come s'ils étaient vivants. Les chambres d'hôtels nous parlent d'un voyage qui ne finit pas . "C'est épuisant une vie à mille plis". De l'épuiseement naît une sorte d'apaisement des sens et de l'attente. 

La grâce du style

Line Papin écrit avec un talent précieux sans être pédant. Les mots coulent en rivière, avec un rythme un peu langoureux, mélancolique parfois, mais porté par une belle énergie. Un style envoûtant et fluide comme la caresse d'un morceau de soie. Pourtant, partout l'appel de la mélancolie. D'où vient-elle ? On ne le saura pas. La mélancolie et la solitude : "Partageant la même bibliothèque, je le remarquais tout de suite, quand elle avait acheté un nouveau livre. Il venait sur l'étagère comme la promesse d'un nouvel après-midi à lire nus sous le vent chaud et les bruits de Hanoi, nus et seuls chez nous sur notre carrelage, seuls, seuls seuls." Car  pour Juliet, le monde prend souvent la forme de son imaginaire. Cette relation impossible s'avère être la rencontre de deux monologues, qui ne se rencontrent jamais. Qui se dévisagent pour mieux se regarder. Et mieux se cacher. Liberté des corps et retenue des émotions. Seuls restent les livres, le récit, l'histoire.

Génération solitaire

 

Roman générationnel  tels que certains critiques l'ont qualifié? On n'a pas attendu 2016 pour lire des romans sur des amours impossibles en lignes parrallèlles. Mais il est vrai que Line Papin décrit une sorte de danse en solo de personnages en quête de partenaires, dont les pas de deux sont déconstruits.

La  jeune fille et la mélancolie

Lors de notre entreevue avec  Line Papin, celle-ci  répond aux questions avec une douceur presque fragile. On s'étonne que cette jeune femme gracieuse qui a encore des  airs de petite fille sage ait pu produire un roman aussi tumultueux.  "Du temps encore pour tout, panser". écrit-elle. Les jeunes filles en fleurs d'aujourd'hui versent plus de larmes qu'elles ne reçoivent de roses semble-t-il. Y aurait-il une trace autobiographique dans le récit ? Un amour déçu? Non rien de tout cela. Si ce n'est une enfance en Asie qui a nourri l'imaginaire de couleurs et de souvenirs.  Et si cet éveil n'était pas avant tout celui de la jeune fille à l'écriture? Timidement Line Papin répond : "Oui, peut-être." Le Prix de la Vocation sonne déjà comme une reconnaissance. La jeune plume ne sait pas encore vers quelle contrée ou imaginaire elle se dirigera pour le prochain livre. Partir, penser, aimer. Aller plus loin dans une intimité que Line Papin livrera un jour davantage. Elle connaît l'instrument. Sa musique ne fait que commencer.

>Line Papin, L'éveil, Stock

En savoir plus

>Visionner une vidéo dans laquelle Line Papin explique le parcours de son livre

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