Critique Libre

Le Perroquet des Batignolles: l'air du crime

Le personnage principal du Perroquet des Batignolles est brun, cheveux court, mèche imperturbablement dressée et nez court et rond... Un air de famille avec Tintin? Dans le tome 1 du Perroquet des Batignolles, L'énigmatique Monsieur Schmutz, Jacques Tardi, le regretté Michel Boujut et le dessinateur Stanislas rendent un hommage appuyé aux grands maîtres de la ligne claire, de Hergé à Alain de Saint-Ogan, sur un fond d'intrigue de feuilleton policier.

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De la radio à l'image

Le Perroquet des Batignolles semblait à mille lieues de la bande dessinée. En effet, le titre désigne originalement un feuilleton radiophonique qui fut diffusé sur France Inter au cours de l'année 1997. Le scénario est écrit par Jacques Tardi et Michel Boujut, qui écrivent les dialogues et les péripéties (souvent d'une semaine à l'autre), recevant dans les studios de la célèbre radio Jean Benguigui, Bertrand Tavernier ou André Dussollier pour emprunter leur timbre de voix. Le passage à la bande dessinée ne se fait pas sans heurts: évidemment, toutes les composantes sonores ou musicales du feuilleton disparaissent, pour ne laisser que l'image et les dialogues écrits. Cela dit, l'importance du médium sonore n'est pas évacuée par le passage à un mode d'expression plus visuel: en effet, le héros, Oscar Moulinet, accompagné par sa compagne Edith, recherche de mystérieuses bandes magnétiques très convoitées par des individus peu fréquentables...

 

Enquête d'amateur, par un amateur d'enquêtes

A partir de ce déclencheur scénaristique assez commun, Tardi et Boujut parviennent à entretenir une enquête improbable où Oscar, preneur de son, poursuit les propriétaires d'une boîte à musique en forme de canard, menacés par un maniaque qui cherche à mettre la main sur les fameuses bandes magnétiques. Dans le feuilleton ou dans la bande dessinée, Boujut et Tardi se jouent de notre impatience, et retardent au maximum les révélations sur l'enregistrement restitué par les bandes magnétiques. Si le déroulement de l'intrigue est sans surprise (l'enchaînement basique: rencontre avec le propriétaire de la boîte à musique - vol de celle-ci - poursuite du voleur), le mystère reste complet quant au "fin mot" de l'histoire. Le Perroquet des Batignolles prolonge la tradition des enquêtes d'amateur, qui s'est créée et développée au cinéma, en littérature, ou dans la bande dessinée: le reporter Tintin, évidemment, mais aussi Mortimer, le personnage d'Edgar P. Jacobs, qui est en fait un homme de science.

 

Hommages aux maîtres... 

Surprise: à l'heure où les bandes dessinées les plus appréciées sont souvent extrêmement complexes, tant au niveau du dessin (basculements fréquents vers l'onirisme, voire le surréalisme) que du récit (éléments historiques et/ou biographiques), Le Perroquet des Batignolles propose une esthétique (en apparence) épurée et dépouillée. Stanislas Barthélémy a en effet choisi d'utiliser la ligne claire pour représenter le feuilleton de Boujut et Tardi: cette technique, qui préviligie les contours noirs et réguliers et les aplats de couleur, a été popularisée par Hergé, Alain de Saint-Ogan ou Jacques Martin du côté français. Les arrière-plans sont souvent uniformes, et se glissent derrière des "bulles" imposantes, qui contiennent les paroles - forcèment primordiales - des personnages. Oscar Moulinet, le personnage principal de la saga, est lui-même une sorte de Tintin bourru, qui jure et mène une enquête qui lui "donne envie de fumer". Entre hommage et détournement, Le Perroquet... n'oublie pas ses ainés, et Stanislas Barthélémy excelle en produisant un dessin précis et fin, pratiquement classique, dans la droite lignée de l'esthétique de la ligne claire (il fut l'un des fondateurs de L'Association, en 1990, une des plus prestigieuses maisons d'édition contemporaines).

 

...et aux lieux du divertissement

Oscar, sa femme Edith, parfois accompagnés par Patafoin, le traditionnel acolyte, traversent les bâtiments mythiques de la célèbre station de radio, croisant Jean-Luc Hees en pleine interview avec une diva (suivez notre regard... vers la castafiore d'Hergé !) ou José Artur, célèbre animateur de Pop Club sur France Inter, qui leur prête main-forte pour quelques cases de leur enquête. Le Perroquet des Batignolles constitue ainsi une sorte de trombinoscope d'une certaine culture, celle de l'audio-divertissement, qui risque de disparaître, ou au moins d'être bouleversée par les avancées technologiques. Ainsi, l'album offre une agréable parenthèse dans un monde de fiction (puisqu'inspiré de Tintin et consorts) confortable et efficace, même s'il se démarque trop peu, à certaines occasions, de ses brillants modèles.

En savoir plus

Jacques Tardi, Michel Boujut, Stanislas, Le Perroquet des Batignolles - Tome 1: L'énigmatique Monsieur Schmutz, éditions Dargaud

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