Tribune de Lorenzo Soccavo

Le mythe du Golem interrogé

L'être de lettres, le Golem, dont le premier serait Adam, s'expose à Paris au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme. Une expo à déchiffrer et un catalogue riche pour nous y aider. Une question reste mystérieuse cependant et c'est celle de la parenté du Golem avec les personnages de fictions...

Légende : Paul Wegener, Le Golem, comment il vint au monde, 1920. Deutsche Kinemathek, Berlin © succession Paul Wegener. Photo : Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme.
Le mythe du Golem a toujours hanté les esprits qui se sont interrogés sur les origines et les destinées de l'homme. Des servantes-automates en or du dieu forgeron Héphaïstos, aux créatures androïdes que nous promet la science contemporaine, il est clair que notre espèce animale cherche toujours étrangement à engendrer des clones d'elle-même.
Mais ce qui est surprenant, je trouve, c'est que jamais nous ne pensons que le processus de création littéraire avec son immense fabrique à personnages pourrait très bien n'être, lui aussi, qu'une expression de ce même fantasme humain...

Ressentir la présence du Golem

Comme son nom l'indique, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme est un musée. On y présente donc des expositions. Or, exposer, c'est donner à voir, c'est découvrir à la vue de tous. Mais, s'il s'agit d'un enfant, nouveau-né ou dans l'état de dénouement d'un nouveau-né, l'exposer signifie alors l'abandonner sur un lieu où il serait susceptible d'être recueilli. Et voilà donc qu'au 21e siècle on expose ainsi le Golem, comme désarmé face à la multitude des regardeurs, et comme éclaté dans la multiplicité de toutes leurs représentations fantasmatiques.

Expérience subjective

Une visite de musée est toujours une expérience subjective, et c'est ma subjectivité de chercheur en prospective de la lecture qui s'exprime ici, et formule cette première question : sortons-nous de cette exposition en ayant recueilli le Golem ?

Aller à  contre-sens

En fait, je pense que pour avoir une plus juste lecture de cette exposition, il faudrait pouvoir la suivre à contre-sens. Commencer sa visite par la dernière œuvre de la dernière salle, et remonter ainsi, dans le sens inversé de celui de la visite programmée, jusqu'à la première œuvre. De la multitude de ses avatars contemporains, qui passent plus ou moins inaperçus, jusqu'à son origine. Son origine en chacun de nous.

 La fabrique à golems

Parvenir grâce à cette exposition à ressentir en soi la présence du Golem, c'est s'offrir l’opportunité de jouer de la plasticité du mythe au-delà des visions des très nombreux artistes qui s'en sont saisis.

Le mahJ expose 136 œuvres qui explorent sous de nombreuses facettes : « le riche devenir de la figure du Golem dans les arts visuels, à travers un parcours mêlant peinture, dessin, photographie, théâtre, cinéma, littérature, bande dessinée et jeu vidéo ».

Les romans sont-il des boîtes à golems ?

En complément, je lance ces quelques questions : En quoi les romans seraient-ils des boîtes à golems ? Des personnages de fictions pourraient-ils un jour, avec la réalité virtuelle, avec des hologrammes, avec l'intelligence artificielle…, s'émanciper et venir à nous comme… des golems ? Les avatars numériques, je pense particulièrement à ceux utilisés par les internautes dans les jeux en ligne massivement multijoueurs, ou dans le Métavers, cette galaxie virtuelle de mondes numériquement simulés, seraient-ils des espèces de golems ?

Le Golem est un cri

Des livres peuvent être de véritables boites de Pandore. Et si on accepte de courir ce risque, alors le catalogue Golem, avatars d'une légende d'argile, coédité par le mahJ et les éditions Hazan, peut agir ainsi.
Nous pourrions regretter que la partie Le Golem, être de lettres ne soit pas davantage développée, mais ce regret nous invite à chercher en nous-mêmes les réponses. De nombreux textes, dont ceux du philosophe Marc-Alain Ouaknin, nous y aident. Des illustrations, emblématiques des œuvres exposées, et des annexes, notamment une bibliographie, peuvent aussi nous mettre sur les traces de ce que nous chercherions sans forcément le savoir.
Lorsque je pense au Golem, je vois le tableau d'Edvard Munch : Le Cri (qui n'est pas au mahJ), et je ressens cette démarche lourde et vacillante, décrite par Gustav Meyring dans son célébrissime roman paru à l'aube de la Première Guerre mondiale, et dont des illustrations originales de Hugo Steiner-Prag, elles sont au mahJ : « l’allure d’un homme sur le point de tomber en avant, me dis-je. Oui, oui, oui, il marchait comme cela. ». L.S.

>Catalogue : Golem. Avatars d'une légende d'argile - Coédition mahJ – Hazan - 184 pages ; 32 €.

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Lorenzo Soccavo est chercheur en prospective du livre. La prospective du livre étant " la mise en perspective historique et l'étude de l'évolution des dispositifs et des pratiques de lecture."
>Suivre les travaux de Lorenzo Soccavo sur son blog : Prospective du livre

 

En savoir plus

Exposition Golem !Avatars d’une légende d’argile, Musée d'art et d'histoire du judaïsme : du mercredi 8 mars 2017 jusqu'au dimanche 16 juillet 2017.
Cette exposition explore le riche devenir de la figure du Golem dans les arts visuels, à travers un parcours mêlant peinture, dessin, photographie, théâtre, cinéma, littérature, bande dessinée et jeu vidéo. 
>Plus d'informations en cliquant sur ce lien
 

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