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Critique Libre

Si Sade et Emily Brontë avaient donné naissance à une plume, celle de Stéphanie des Horts n’aurait certainement rien à lui envier. Son dernier livre, le Diable de Radcliffe Hall, est une gifle donnée avec un gant de soie, un roman chic et choc qui ne fait pas dans la dentelle. Etes-vous prêts à suivre la trop douce mais richissime Maisie Kane dans ses tribulations au sein de la scandaleuse et décadente famille Radcliffe ? Attention, qui s’y frotte s’y pique…

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Médisances, luxe et chasse à courre Couverture_le_diable_de_radcliffe_hall.jpg

Adepte du politiquement correct s’abstenir. Dans le monde très british des Radcliffe, la beauté est inconditionnelle, porter du Vuitton devient vulgaire et l’inceste est outrageusement « tendance ». Mais qu’est-ce qui pousse donc Chas, Jude, Kiss et leur père Peter Radcliffe à prendre sous leur aile malfaisante la jeune Maisie Kane ? C’est peut-être la fascination mêlée au dégoût que la jeune américaine suscite. Sotte et bien trop grasse, fortunée et docile, elle a tout ce qu’il faut pour devenir le nouveau joujou de la famille : une vraie petite « Justine » dont les malheurs et la vertu excitent. Paradoxalement, sa seule alliée reste sa détestée Bessy Nounou, une vielle bonne d’origine noire américaine qui l’a quasiment élevée, toute en rides, et à cent lieues de la classe du majordome des Radcliffe – Peabody –, mais dont les bras mous et flétris consolent toutes les humiliations.

 

So British !

Stéphanie Des Horts, spécialiste de la littérature anglaise (elle se passionne notamment pour Shakespeare et Jane Austen), auteure de La scandaleuse histoire de Penny Parker-Jones et La splendeur des Charteris, aime s’inspirer de l’aristocratie anglaise pour forger la trame de ses romans. Dépeindre ces grandes familles huppées mais torturées, aussi attachées à leurs principes qu’à leur attrait pour la perversion, telle est la musique que compose des Horts. Et ça marche : le Diable de Radcliffe Hall c’est comme le chant des sirènes, on lit la première page, et séduit ou incommodé, on n’arrive pas à s’arrêter... les yeux dévorent le papier. Des Horts nous entraîne dans cette balade folle où le lecteur jongle entre les souvenirs d’enfance de Maisie dite « Kitty White » et sa rencontre avec ses tortionnaires raffinés. Dans ce roman imprévisible et délicieusement dérangeant, le beau monde pullule – on y croise les Churchill, Lady Diana ou encore la princesse Margaret – et c’est une somptueuse introduction aux mœurs  « de la haute » qui nous est offerte. Tout est permis tant que l’élégance est de mise. Mais Maisie apprend vite; l'élève pourrait bien dépasser le maître. Le rythme est soutenu, la pression monte au fil des pages, le retournement de situation commence peu à peu à démanger, mais on est bien loin de s’attendre au savoureux dénouement qui va nous être servi. Et après la dernière page, le mal est fait, on a déjà envie d’en reprendre…

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Stéphanie des Horts, Le Diable de Radcliffe Hall, Albin Michel - paru en février 2012

Aude Charles-Achille, le 04 mars 2012

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