"Exhibitions"

Gilles Petel plonge dans le monde de l'art contemporain

Avec Exhibitions, Gilles Petel entraîne son lecteur dans l'univers de l'art contemporain sur les pas d'une jeune stagiaire fascinée par un artiste renommé. Un livre aussi instructif que prenant.

Un récit mené tambour battant qui révèle les coulisses du monde de l'art

Anaïs, une jeune femme issue des beaux quartiers de Paris, rêve de côtoyer des artistes. Elle est ravie lorsqu'elle décroche un stage dans une célèbre galerie d'art fréquentée par des personnalités extravagantes : certaines sont comiques, d'autres plus inquiétantes. Jusqu'au jour où elle rencontre Pierre Vandre, un artiste célèbre pour ses tableaux vivants. Elle tombe aussitôt éperdument amoureuse de lui. Egoïste, intéressé, carnassier, il va demander à la jeune Anaïs de se donner sans retenue, à lui-même et à son prochain grand projet : Olympia...Consécration ou humiliation ultime ? Au-delà de l'histoire d'Anaïs, Exhibitions est aussi un roman sur le monde de la culture et ses illusions.

Gilles Petel, un auteur contemporain

Originaire du Nord de la France, Gilles Petel a longtemps travaillé à l'étranger avant de s'installer à Paris. Auteur de plusieurs romans publiés chez Fayard et chez Stock, il a également écrit une pièce de théâtre créée en 2009 à la résidence d'artiste "Lilas en scène" par Valère Foy. Son précédent livre, Sous la Manche (Stock, 2012), est disponible dans Le Livre de Poche et traduit en anglais chez Gallic Books. Pour Exhibitions, Gilles Petel a fait le choix de l'indépendance et a publié son texte sur la plateforme Iggybook. Une démarche qui en elle-même est déjà un acte "contemporain".

L'envie de montrer le monde de l'art comme un miroir de la société
 

Comme l'auteur l'explique il a "fréquenté un certain temps les galeries d’art de Londres et entendu de nombreux artistes parler, de façon parfois ahurissante, de leur travail". Son intention avec ce livre  ? "Je voulais, à travers mon livre qui contient plusieurs passages comiques, à la fois me moquer des excès de l’art contemporain et offrir une réflexion sur notre modernité. Je voulais également, en retraçant les aventures de cette jeune femme, montrer comment le rapport qu’elle a à son propre corps dépend pour une grande part des images que nous renvoient de nous-mêmes l’art mais aussi notre société de consommation. La passion d’Anaïs est une passion moderne, tout entière tournée vers les plaisirs et parfois les douleurs du corps.

A la question un peu impertinente de : quelle bonne rasion donner au lecteur de lire votre livre ? Gilles Petl répond :" A l’image de son sujet, mon livre se présente comme une galerie de portraits hauts en couleur. Je pense par exemple à la directrice de la galerie d’art où travaille Anaïs ou encore à l’artiste dont celle-ci tombe amoureuse. Je crois que le lecteur éprouvera un réel plaisir à découvrir ces personnages souvent monstrueux. Mon livre séduira aussi les amateurs de peinture qui apprécieront, du moins je l’espère, les descriptions que je fais d’un certain nombre de tableaux vivants.". Dont actes, ces "exhibitions" sont presque vivantes !

>Gilles Petel, Exhibitions, Iggybook 4,99 €. Disponible au format ebook sur toutes les plateformes de téléchargement : Amazon, Apple iBooks, Google Play, Kobo-Fnac et sur les sites des libraires indépendants. ISBN : 9782363154613

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>Lire un extrait du livre :

Anaïs regardait de façon distraite un nu aux couleurs vives et chatoyantes. Sa pensée vagabondait. Elle ne parvenait pas à se défaire de la sale impression que lui avait laissée Éric. La veille au soir, alors qu’elle et lui sortaient d’une fête entre amis où ils s’étaient rencontrés, Éric lui avait passé le bras autour de la taille avant de tenter de l’embrasser. Son geste ne l’avait pas surprise. Ils n’avaient pas cessé de se chercher des yeux durant toute la soirée. Éric était son genre. Mince, élancé, charmeur et blond. Anaïs préférait les blonds, sans doute parce qu’elle associait la blondeur à une certaine douceur de caractère. Puis elle aimait la peau soyeuse des blonds, une peau douce au toucher, comme la peau des femmes. Anaïs a examiné le nu d’un peu plus près. Une jeune femme aux cheveux courts montre un dos étincelant de lumière. Occupée à sa toilette, elle se tient devant un miroir où l’on aperçoit dans un reflet un meuble en bois peint. Le modèle n’était pas exceptionnel, les formes du corps étaient loin d’être parfaites. Ce dos pourtant, ainsi que les fesses et les jambes très légèrement fléchies, ce dos nu attirait l’attention. Sans réfléchir Anaïs s’est dit qu’elle aurait bien aimé qu’un peintre la représente de cette manière, c’est-à-dire avec amour. Souvent les nus ne semblaient avoir été peints que pour le désir des hommes, afin de les faire bander en somme, songeait-elle avec agacement. Dans cette toile au contraire le peintre ne cherchait pas à exhiber son modèle au regard de tous mais à montrer aux autres sa passion. Anaïs a compris ce qui l’avait dérangée dans le geste d’Éric. Il lui avait passé le bras autour de la taille pour la ramener vers lui à la façon d’une chose. Quand il avait incliné son visage vers le sien à la recherche de ses lèvres, elle avait instinctivement détourné la tête. Lui n’avait pas caché son dépit. Alors qu’elle cherchait déjà à se dégager de son étreinte, il l’avait retenue contre lui, insistant. Tu cherches quoi ? lui avait-il demandé d’une voix rude qui laissait entendre l’âpreté de son désir. Elle l’avait aguiché toute la soirée, devait-il penser, il fallait maintenant qu’elle s’exécute. Puis il s’était repris, conscient de sa maladresse sans doute. Tu es très belle, lui avait-il dit en changeant de ton et en relâchant son étreinte, à nouveau séducteur. Anaïs s’était aussitôt dégagée de ses bras, rapide et vive : il n’avait eu que le temps de la voir lui échapper. À un bon pas de lui, elle s’était brièvement expliquée. Pas ce soir. Désolée. Je suis crevée. Puis elle l’avait planté là sans attendre sa réponse. Ce matin, au réveil, elle avait décidé qu’il s’agissait d’une affaire classée. Elle avait par bonheur peu de chances de le revoir. Les amis chez qui elle l’avait rencontré n’étaient que de vagues connaissances qu’elle fréquentait de loin en loin. Elle était parvenue à chasser cette histoire de son esprit quand celle-ci s’était rappelée à elle de façon incongrue pendant qu’elle admirait cette toile. Éric n’était au fond qu’un sale type. Elle a noté un détail du tableau qui lui avait échappé. Un petit miroir de table situé sur la gauche réfléchit une lumière vive qui irradie le dos de la jeune femme. Anaïs a cherché la source de cette lumière pour comprendre que celle-ci se trouvait au point exact où elle se tenait elle-même. L’éclairage du tableau présupposait une fenêtre qui ne pouvait être que le regard du spectateur. Anaïs n’a pu s’empêcher de sourire, heureuse d’avoir percé ce qu’elle jugeait être le mystère de cette toile, puis sans raison, comme on passe du coq à l’âne, elle a éprouvé une furieuse envie de vivre qui a auréolé son visage de jeune femme. Elle avait fêté ses vingt-deux ans quelques mois auparavant.

C’est à ce moment que Norbert, le propriétaire de la galerie, l’a interpellée :

— Vous admirez cette petite toile ? Elle plaît beaucoup.

La jeune femme s’est retournée rapidement pour faire face à son interlocuteur. Celui-ci n’a pas caché son plaisir :

— Anaïs ! Mais quel bon vent t’amène ?

— Dis-moi d’abord de qui est cette toile.

— Un bon peintre que la postérité n’a pas retenu.

— C’est injuste, s’est exclamée Anaïs.

Le sentiment d’injustice qu’elle éprouvait de façon presque dramatique se mêlait à cette joie de vivre qui avait emporté son esprit quelques secondes plus tôt et donnait à son visage une beauté qui a ému l’homme d’âge mûr qu’était Norbert. Il est resté coi un moment.

— Tu as bien changé depuis que je t’ai vue !

— Tant que ça ?

Anaïs avait corrigé son expression et elle offrait maintenant à celui qui était l’ami de son père un sourire charmeur.

— Il est vrai que je ne te vois pas souvent. Mais je reconnais bien ton sourire, a-t-il ajouté en s’approchant d’elle.

— Tu me verras plus souvent désormais.

— Tu as un amoureux dans le quartier ? a demandé Norbert d’un air goguenard.

Norbert Vernont était l’ami de la famille Lorret, les parents d’Anaïs. Âgé de cinquante-quatre ans, il avait repris la galerie que son père avait ouverte en 1950. Celle-ci avait connu son heure de gloire avec l’École de Paris puis avec quelques Modernes comme Jean Hélion. Quand le fils s’était installé à la place du père, il avait simplement marché dans ses pas sans pouvoir se résoudre à accueillir les artistes contemporains. L’affaire avait périclité. Aujourd’hui Norbert n’exposait plus que de petits maîtres comme celui qu’avait admiré Anaïs, des peintres talentueux sans doute mais qui n’avaient jamais su se dégager de l’influence de leurs aînés. En somme le fils s’était contenté de gérer ou plutôt de dilapider la fortune du père. C’est du moins de cette manière qu’en parlait Philippe Lorret, un banquier dur en affaires, à l’affût de nouveaux produits, qu’ils soient financiers ou esthétiques. L’art contemporain le fascinait autant que les hedge funds.

— Tu n’y es pas du tout !

— Alors quoi ? Tu cherches de l’embauche dans le quartier ? lui a demandé Norbert avec amusement.

Piquée par le ton de la question, Anaïs a examiné celui qui commençait à l’ennuyer. De taille moyenne, de corpulence ordinaire, Norbert portait assez bien son âge que la jeune femme situait approximativement entre cinquante et soixante ans – ce qui pour elle revenait au même. Malgré les efforts qu’il déployait pour continuer à paraître séduisant, l’homme appartenait à une autre planète qu’Anaïs situait à des années-lumière de son univers. En réalité Norbert était un homme d’âge mûr, élégant et peut-être un peu trop. Il apparaissait maniéré comme si ses gestes s’étaient polis au contact des œuvres qu’il manipulait chaque jour, vieillot en somme à l’image de la plupart des toiles qu’il exposait et qui avaient toujours rebuté la jeune fille qu’était Anaïs quand elle venait encore en compagnie de son père rendre visite à son ami Norbert. C’était d’ailleurs ce jour-là la première fois qu’elle découvrait dans cette galerie au chic suranné de l’avenue de Matignon une toile qui l’emballait.

Anaïs n’a pas répondu aussitôt. Elle continuait d’inspecter le nu :

— Vers 1910 j’imagine ?

— Mais comment une petite fille comme toi peut savoir cela ?

Le moment était peut-être venu d’apprendre à Norbert quelles étaient ses nouvelles occupations en même temps que la raison de sa visite, s’est dit Anaïs qui savait que le vieil homme ne comprendrait pas sa décision de suivre un stage dans la galerie d’Alice Jackson. Après avoir commencé puis abandonné des études de lettres, Anaïs s’était inscrite en droit sans plus de succès. Après avoir rêvé d’un poste de professeur à la Sorbonne, elle avait rêvé de devenir avocate. L’un comme l’autre s’étaient avérés de mauvais choix. Le hasard ou le destin peut-être, Anaïs ne savait pas trop, avait conduit récemment la jeune femme à fréquenter le monde des artistes. De fil en aiguille elle s’était mis en tête de travailler dans une galerie d’art. Un vernissage où des amis l’avaient entraînée malgré elle lui avait donné l’occasion de prendre conscience de ce qu’elle aimait réellement bien qu’elle le découvrît un peu tard, croyait-elle malgré ses vingt-deux ans. L’artiste qu’on exposait possédait déjà un nom. Il s’agissait d’une jeune plasticienne de vingt-huit ans qui s’était fait connaître par une série de collages audacieux : des taches de sang de malades infectés du sida s’étalaient sur des feuilles d’acanthe dorées à la main. L’artiste avait décliné ce motif sur une dizaine de pièces en jouant de l’effet esthétique produit par l’écoulement hasardeux du sang sur l’or. La répulsion du public relayée par la presse populaire avait suscité un scandale qui avait lancé la jeune femme. Lors du vernissage auquel assistait Anaïs, l’artiste montrait les premiers résultats d’un travail en cours. On admirait pêle-mêle des rouleaux de négatifs pendus au plafond, des collages à coller, des installations à installer. Chacun était invité à compléter, transformer ou parachever l’œuvre en cours. Le titre de l’exposition, « Work In Progress/Open Society », indiquait le sens de la démarche créatrice. Les invités avaient réservé un accueil enthousiaste à ces œuvres en forme de puzzle ou de jeu qui renouvelaient la thématique des rapports de l’artiste et de son public, désormais partie prenante de l’œuvre. Anaïs avait pour sa part été subjuguée par cette exposition. Elle s’était emparée d’un rouleau de négatifs qu’elle avait développé elle-même dans une petite chambre noire montée au centre de la galerie à cet effet. Elle avait vu naître sous ses yeux des vues des passants de Paris prises au hasard par la plasticienne. Et pendant qu’elle tirait un à un la quinzaine de négatifs qui figuraient sur le rouleau, Anaïs avait eu le sentiment d’entrer dans la peau de l’artiste. Jamais elle n’avait éprouvé un sentiment aussi fort, comme elle devait ensuite le répéter avec conviction aux différentes personnes présentes ce soir-là. Celles-ci partageaient d’ailleurs le même sentiment. L’intérêt de ces clichés ne se trouvait pas dans leur qualité, d’ailleurs médiocre (la plupart d’entre eux avaient été pris en hâte, la lumière était mauvaise, l’angle de vue ne mettait pas en valeur les sujets), mais dans la démarche. Développer soi-même le travail d’un artiste était une opération qui laissait sans voix, comme l’affirmait une des invités après avoir passé cinq minutes dans la chambre noire. Je me suis demandé quelle place j’occupais. J’étais artiste et spectatrice en même temps. J’étais moi et plus que moi. Je n’étais plus tout à fait moi. Je me suis trouvée toute décentrée. Open. Oui. J’étais open à l’art et à la vie. Anaïs avait d’abord ri en elle-même de cette répartie pour rapidement se demander s’il n’y avait pas quelque vérité cachée sous ces propos amusants. Un autre, un artiste à l’évidence à en juger par son accoutrement (catogan, barbe de trois jours, pantalon en velours côtelé élimé, chemise blanche non repassée), avait surenchéri en pérorant sur l’expérience phénoménologique de l’ouverture du soi à l’autre de l’art. Anaïs n’était pas certaine d’avoir saisi la pensée de ce plasticien mais elle avait aimé sa liberté de ton. La plupart des propos tenus autour de « l’œuvre en cours » étaient d’ailleurs ou incompréhensibles ou plats mais tous dénotaient une furieuse envie de s’amuser et de se moquer des codes. Du moins Anaïs comprenait-elle de cette manière les exclamations ravies qui fusaient autour d’elle. Cette liberté, plus que les « works in progress », avait séduit la jeune femme. Elle rencontrait enfin un monde qui n’était pas rébarbatif comme avaient pu l’être les cours qu’elle avait suivis à la Sorbonne puis à Assas. Une semaine plus tard, grâce à l’intervention de son père, Anaïs était embauchée comme stagiaire chez Alice Jackson. Dans la foulée elle se mettait à dévorer plusieurs ouvrages d’histoire de l’art et c’est ce qui expliquait qu’elle avait pu reconnaître l’époque à laquelle avait été peint ce nu dont elle venait de s’éprendre.

— Je ne suis pas aussi inculte que tu le penses, a répondu Anaïs avec un temps de retard appuyé.

Elle avait à nouveau examiné le nu en tournant le dos au galeriste. Quelque chose la chiffonnait maintenant dans ces couleurs hardies que le peintre avait jetées sur la toile. Elle se demandait si la postérité n’avait pas eu raison de reléguer cet artiste dans un oubli poli. Elle s’est retournée vers Norbert :

— Tu as peut-être raison. C’est un bon peintre, c’est certain mais ce n’est pas un grand peintre.

— Tu l’admirais il y a à peine un instant, s’est exclamé Norbert, décontenancé par l’attitude de la jeune femme.

— Est-ce qu’il n’y a pas un peu trop de rouge et de jaune ? a demandé Anaïs d’une voix changée, soudain inquiète à l’idée de défendre un jugement erroné.

— Du tout ! C’est au contraire l’intérêt de cette toile : ça pète de partout ! Et ce nu ? Est-ce qu’on n’a pas envie de le croquer ?

Norbert s’est emballé. Il aimait ce tableau dont il jugeait d’ailleurs la valeur sous-estimée. Il partageait la première réaction d’Anaïs : l’histoire se montrait parfois injuste. Ce peintre n’occupait pas la place qu’il méritait. Il s’apprêtait à donner une leçon de peinture à Anaïs lorsqu’un client est entré dans la galerie.

L’homme, âgé d’une quarantaine d’années, portait un costume de bonne façon sous un manteau en poil de chameau. Il a immédiatement braqué son regard vers la jeune femme comme si elle eût été une pièce à vendre dans la boutique. Puis sans autre manière il s’est adressé à Norbert :

— Un ami m’a parlé d’un nu de 1910 que vous exposez en ce moment. J’aimerais beaucoup le voir.

L’homme avait promené ses yeux avides sur les murs de la galerie. Il paraissait pressé. On sentait l’homme d’affaires habitué à conclure rapidement dès lors qu’il désirait posséder un bien. La toile qu’il recherchait se trouvait cachée par Anaïs et Norbert et il a paru désappointé de ne l’apercevoir nulle part.

— Déjà vendue ? a-t-il demandé au galeriste sans lui laisser le temps de répondre à sa première question.

Norbert a d’abord souri, par habitude sans doute, puis il s’est renfrogné : il ne tenait pas réellement à vendre ce nu. Les manières du client lui déplaisaient. Ne bouge surtout pas, a-t-il glissé à l’oreille de la jeune femme avant de s’adresser à son client :

— Je connais peut-être votre ami ?

— Je ne le pense pas. C’est un ami qui est passé par hasard devant votre galerie il y a quelques jours. Il est littéralement tombé en arrêt devant ce nu. Un bijou, une merveille, m’a-t-il dit. Il faut que tu le voies.

— Vous recherchez des tableaux de cette époque ? insistait Norbert qui n’avait pas l’habitude de vendre au premier venu.

La plupart du temps ses acheteurs appartenaient à un cercle d’amateurs éclairés qu’il connaissait de près ou de loin. Pour Norbert une galerie d’art n’était pas un bazar ou un sex-shop en l’occurrence puisque ce qui motivait ce client semblait n’être rien d’autre que les formes alléchantes du modèle choisi par le peintre.

— J’ai une véritable passion pour les peintres de cette époque. J’aime leur manière, leur style, leur façon de peindre, leurs couleurs, leurs traits, a répondu sans sourciller le client qui comprenait qu’on le menait en bateau.

— Vous êtes un collectionneur ?

— En quelque sorte.

— Regardez sur votre droite. Il y a justement une petite nature morte que je juge très bien faite. Elle date de 1912.

L’homme a lancé un coup d’œil à la fois distrait et exaspéré au tableau où un compotier rempli de poires, de pommes et de raisins trônait au milieu d’une table de salon. Il a levé les yeux au ciel avant de revenir à la charge :

— Alors vous l’avez déjà vendu ?

— Vous parlez de quel tableau ?

La comédie aurait pu durer longtemps si Anaïs n’était intervenue. Elle avait suivi la scène avec amusement, d’abord surprise de voir l’ami de son père multiplier les tours afin de faire échouer une vente puis elle avait compris l’agacement du vieil homme. Le client n’était qu’un rustre, un de ces parvenus qui confondent les plaisirs esthétiques avec ceux du bas-ventre. La manière dont le type l’avait regardée ou plutôt jaugée à peine entré dans la galerie confirmait sa vulgarité. Anaïs a fait un pas de côté, découvrant le nu au regard émerveillé du butor pour s’adresser à lui :

— Vous arrivez trop tard : je viens de l’acheter.

— Combien ? a aussitôt demandé l’homme.

— Cher ! a coupé Norbert.

L’autre a quitté la galerie en haussant les épaules et sans ajouter un mot. Norbert l’a regardé partir avec la satisfaction de l’aristocrate qui vient d’éconduire un bourgeois. Puis il s’est retourné vers le nu :

— Je ne sais pas si c’est le cul, le dos ou les cuisses mais cette femme a quelque chose qui attire le péquin !

Le ton comme le choix des mots ont décontenancé Anaïs. Comme elle ne répondait rien, Norbert a renchéri :

— Cette petite est bandante : voilà la vérité !

Cette remarque indiquait le contraire de ce qu’avait cru comprendre la jeune femme quelques instants plus tôt en admirant la lumière si particulière qui éclaire ce nu. Elle s’est demandé si elle ne s’était pas trompée du tout au tout à propos de la toile comme à propos de l’homme. Elle ne reconnaissait ni l’une ni l’autre. Norbert n’était pas celui qu’elle avait imaginé retrouver aujourd’hui. Il n’était plus cet homme poli qui avait si souvent amusé l’enfant qu’elle avait été. Elle avait saisi, le temps d’une fraction de seconde, un rictus de plaisir malsain sur le pourtour de ses lèvres. Il avait dit bandante ! Lui qu’elle n’avait jamais entendu autrefois employer un mot déplacé parlait maintenant comme un voyou. Le même mot était pourtant venu à l’esprit de la jeune femme un peu plus tôt pour justement distinguer ce nu des images à deux sous qui excitent tant les hommes. Mais elle avait un autre âge que Norbert, elle était d’une autre génération, le mot n’avait pas le même sens chez elle que chez lui, et puis surtout elle ne l’avait pas prononcé. Quant au tableau, elle ne savait vraiment plus quoi en penser. Elle l’avait d’abord vu comme un chef-d’œuvre de l’art. La lumière reflétée sur le dos du nu exprimait l’amour du peintre pour son modèle. Puis elle s’était rétractée. Ce n’était qu’une œuvre mineure. Trop de couleurs, trop voyante en somme. Elle se demandait maintenant ce qui distinguait cette toile d’une vignette érotique. Ou devait-elle admettre qu’elle ne comprenait rien à l’art ? Est-ce qu’elle savait seulement comment regarder un tableau ?

— Je t’ai choquée ? lui a demandé Norbert que le silence d’Anaïs inquiétait.

— Je réfléchissais. Tu le vends combien ce nu ?

— Je crois pouvoir le vendre autour de 20 000 euros. Davantage peut-être. Ou moins. Je ne sais pas. Le peintre n’est pas connu. Mais la toile date tout de même de 1910. Puis elle est assez jolie, n’est-ce pas ?

— Tu parles de la toile ou du modèle ?

— Pour être honnête avec toi, c’est tout le problème de ce tableau : on ne sait pas si on l’aime pour ses qualités esthétiques ou pour tout autre chose ! Disons cinquante-cinquante ! La manière n’est pas mauvaise et le cul est vraiment beau. Mais 20 000 ? Il y a tout de même des défauts dans cette toile.

Anaïs allait de surprise en surprise car elle n’avait aperçu aucun défaut flagrant dans ce tableau, sinon les couleurs un peu trop vives, la chair un peu trop sensuelle. Norbert a remarqué l’étonnement de la jeune femme. Regarde, lui a-t-il dit en changeant d’expression. Il avait plissé les yeux à la façon des experts, son visage était impassible:

— Regarde cette brosse à cheveux posée près du petit miroir et qui t’enthousiasmait. Elle est atroce !

Anaïs a examiné la brosse avec application, plissant à son tour les yeux, s’inclinant légèrement, mais elle ne voyait rien, du moins rien de choquant, de scandaleux, d’atroce. C’était une brosse à cheveux tout à fait ordinaire et dont la place près du petit miroir se trouvait justifiée par la fonction de l’objet. Anaïs s’est demandé si Norbert n’était pas en train de se payer sa tête. D’ailleurs n’est-ce pas ce qu’il s’ingéniait à faire depuis qu’il l’avait surprise en admiration devant ce nu ? L’ennui qu’elle avait d’abord éprouvé à son égard se transformait en irritation. Quel vieux con ! s’est-elle dit en laissant à nouveau son regard aller du tableau au galeriste.

— Sincèrement je ne vois pas ce que tu reproches à cette brosse.

— Tu ne vois rien ?

— Non. Rien. Vraiment je ne vois rien à redire à cette brosse. Tu te moques de moi.

— Sois un peu plus attentive ! Tu ne vois pas la couleur du manche ?

— Il est rouge.

— Pas seulement.

— Comment ça ? Je ne vois que du rouge !

— C’est bien ce que je disais : tu ne vois rien ! Ce manche est beaucoup trop rouge.

La jeune femme a écarquillé les yeux dans une sorte d’effort désespéré pour apercevoir l’invisible. Bon, s’est-elle dit, à y regarder de près mais alors de vraiment très près, on pouvait reconnaître que le manche était un peu trop rouge. Mais du rouge, il y en avait plein la toile ! Norbert n’a pas attendu qu’elle réagisse. Il a poursuivi, il était lancé :

— Du moment où on remarque ce rouge, on ne peut plus rien voir d’autre. Même le nu avec son beau cul pâlit devant ce rouge fracassant. C’est agaçant un tel défaut !

Anaïs n’était pas d’accord. Quelque chose en elle résistait à l’interprétation de l’homme de l’art. Au fond elle ne comprenait pas cette toile comme lui. Sa première impression lui est revenue à l’esprit. Ce nu avait suscité chez elle une émotion qu’elle éprouvait peu souvent devant un tableau. Elle a envisagé la brosse autrement. Elle attirait l’attention. C’était un fait indéniable. Norbert avait raison sur ce point et elle s’en voulait de n’avoir pas noté ce détail dès le premier coup d’œil :

— Ce n’est peut-être pas un défaut. L’artiste a peut-être appuyé volontairement sur ce rouge.

— Tu veux m’apprendre mon métier peut-être ? Je te dis que cette brosse jure et elle jure, crois-moi !

La toile se réorganisait. Ce n’était pas le cul de cette femme qui était le point de mire du tableau mais cette brosse au manche rouge. La brosse avait été posée là, juste à côté du miroir rayonnant de lumière, pour détourner le regard avide des béotiens. Anaïs a tenté d’exposer comment elle comprenait désormais ce nu. Norbert a explosé :

— Tu essayes de me faire croire que l’artiste n’a peint ce machin en rouge qu’afin de nous faire comprendre qu’on pouvait se brosser avec, nous et notre désir furieux de ne pouvoir étreindre cette paire de fesses !

— Je ne le dirais pas de cette façon mais c’est à peu près ça.

— Comment expliques-tu que les hommes s’arrêtent interdits devant ce nu ?

— À cause de la brosse. Mais ils ne la voient pas. Ils ne remarquent que le cul. Pourtant il faut reconnaître que cette fille n’a pas le plus beau cul du monde. C’est donc qu’autre chose les fascine dans cette toile.

Norbert s’est retourné vers Anaïs comme si le nu soudain ne l’intéressait plus :

— Alors tu ne m’as toujours pas dit ce que tu venais chercher dans le quartier.

Norbert avait posé sa main sur l’épaule d’Anaïs dans un geste équivoque. La jeune femme a tressailli. Il la dégoûtait. Elle lui a répondu d’une voix ferme et cristalline en même temps qu’elle rentrait légèrement son épaule afin de faire glisser la main du vieil homme. Celui-ci s’est retrouvé avec un bras ballant le long du corps, la main vide et stupide. Quand Anaïs a commencé à lui raconter comment elle avait été embauchée comme stagiaire chez Alice Jackson, elle a vu Norbert rentrer nerveusement sa main dans une des poches de son pantalon en flanelle puis reculer d’un bon pas afin de l’examiner. Il semblait la découvrir. Elle n’était plus cette enfant charmante un peu potelée qu’il avait connue bien des années auparavant lorsqu’il se rendait le dimanche chez les Lorret pour un déjeuner en famille, elle n’était pas davantage cette adolescente difficile qu’il avait ensuite croisée de loin en loin, maigrie, disgracieuse, s’enlaidissant à dessein. Elle était devenue une jeune femme pleine d’assurance, frondeuse même, et surtout très belle. Bien que ce qu’elle lui racontait l’exaspérât (Alice Jackson était une de ces snobs qui fleurissaient dans l’art contemporain comme les tulipes dans les champs de Hollande : par milliers), Norbert a fait mine de s’y intéresser, désarçonnant Anaïs qui s’attendait à une autre réaction :

— C’est une excellente décision ! Tu pourras peut-être me convertir aux bienfaits des ready-made.

Norbert venait de se mettre en tête de séduire Anaïs. Qu’il fût l’ami de son père ne le dérangeait en rien. C’était au contraire, pensait-il, une circonstance qui l’aiderait dans son entreprise : la jeune femme pouvait lui faire confiance.

— Je croyais que tu détestais l’art contemporain ?

— Je le connais mal surtout. Tiens. Dis-moi quels sont les peintres en vogue en ce moment.

Anaïs a commencé par corriger celui qui se proposait d’être son mentor en lui rappelant qu’il y avait belle lurette qu’on ne parlait plus de peintres mais de plasticiens. Puis elle a évoqué ce vernissage qui l’avait tellement enthousiasmée. Norbert en a profité pour détailler ses charmes. La jeune femme était bien faite. Le pull en cashmere qu’elle portait sous son blouson en cuir bleu laissait deviner des seins fermes et un peu plus développés que chez la plupart des filles de son âge. Son jean moulait des jambes que Norbert imaginait superbes, des jambes de danseuse. Il aurait volontiers fait le tour de celle qu’il considérait de plus en plus comme une idiote à mesure qu’il l’entendait s’extasier devant ces installations à deux sous qui ne valaient rien, pensait-il, tout en se gardant de le lui dire par peur de sa réaction. Norbert a jeté un nouveau coup d’œil à ce nu qu’il connaissait pourtant si bien. Mais non. Ce n’était vraiment pas ça. Trop 1910. L’héritage de Renoir encore. Des formes, des rondeurs. Alors qu’Anaïs était tellement 2012. Elle était bien de son époque, avec ce corps à la fois frêle et vigoureux, un corps qu’il imaginait sans féminité excessive. Il pariait pour un petit cul et se jurait de le mater lorsqu’Anaïs quitterait la galerie. Seuls les seins détonaient quelque peu. Ils n’étaient pas très « contemporains ». Mais Norbert aimait les poitrines bien nourries. Je m’emporte, je m’emporte, pensait-il et elle continue de me parler de ces horreurs sorties tout droit d’un film d’épouvante. Des taches de sang contaminé : quelle idée ! « Aléatoires » bien sûr. Toutes ces œuvres se vantent d’être aléatoires. La nature oui, pas l’art. Anaïs aurait pu être quelconque. Sa beauté est aléatoire. Un simple coup de chance pour cette gamine. Tandis que l’art. Tout doit être mesuré, calculé, recherché. Est-ce qu’elle m’a seulement regardé ? s’est-il tout à coup demandé comme au sortir d’un songe.

— Il faudrait qu’on se voie de façon régulière si tu veux profiter de mon expérience.

Anaïs s’était rendue ce jour-là chez Norbert précisément dans ce but : s’instruire auprès d’un homme à l’esprit poli par le contact des œuvres du passé. Son père l’avait d’ailleurs encouragée dans cette démarche, certain que son vieil ami n’en voudrait pas à sa fille de ne pas lui avoir donné signe de vie depuis des années. Depuis combien de temps ne s’étaient-ils pas vus ? se sont demandé presque au même moment Anaïs et Norbert. Elle venait d’obtenir son baccalauréat, s’est-elle rappelée. Son père avait tenu à fêter ce succès avec faste. Norbert était de la partie. Elle avait l’air si godiche, pensait celui qui se souvenait encore très bien de ce jour. Elle voulait devenir professeur de lettres ! L’image qu’elle gardait de lui en revanche se trouvait brouillée par ses impressions d’enfance. Elle avait longtemps adoré jouer avec Norbert lorsqu’il passait rue de la Pompe. Il avait ensuite été difficile à Anaïs de corriger ce premier souvenir, celui d’un homme charmant. Et elle n’avait plus maintenant en tête que la seule idée de fuir. Elle aurait abandonné Norbert sans plus un mot d’explication s’il n’avait été l’un des meilleurs amis de son père. Elle a préféré mentir malgré sa répugnance à la dissimulation. Anaïs était tout d’une pièce. Encore mal dégrossie, devait penser Norbert. Elle aimait ou non. Si elle n’aimait pas, elle ne le cachait pas. Quand elle aimait, elle ne connaissait aucun frein. C’est du moins ainsi qu’elle analysait son propre comportement. Anaïs était une jeune femme enthousiaste.

— Il y a beaucoup de travail à la galerie. Je ne pourrais pas passer très souvent. Si encore tu avais eu ton magasin dans le troisième arrondissement au lieu de cette adresse avenue de Matignon.

— Allons, allons. On sait tous qu’il n’y a jamais beaucoup d’activité dans les galeries en dehors des vernissages. Qu’est-ce que tu fais au juste toute la journée ? Tu tiens l’accueil ?

— Je m’occupe du service de presse, a répondu Anaïs sans chercher à cacher son agacement.

La galerie d’Alice Jackson était une des plus importantes galeries d’art contemporain en France, la seule peut-être connue à Londres, New York ou Shanghaï. Anaïs ne mentait qu’à demi lorsqu’elle affirmait n’avoir que peu de temps disponible. Elle pouvait cependant se libérer de temps à autre sans trop de difficultés. Jackson ne la rémunérait pas. Être acceptée chez elle était une gratification suffisante.

— Enfin lire la presse te laisse bien un peu de temps. Tu pourrais passer ici, je ne sais pas, deux fois la semaine. Oui. Deux fois me permettraient de t’apprendre les rudiments de l’art.

Il ne lâche pas, a compris Anaïs. Ce vieux con ne me lâche pas. Je sens que je vais l’envoyer sur les roses si je ne décampe pas rapidement. Lui lancer un os. Voilà. Lui promettre quelque chose :

— Je vais tâcher de faire mon possible. Deux fois, je ne sais pas. Mais je pourrais peut-être venir un jour par semaine.

Anaïs avait commencé à ajuster son blouson. Elle s’apprêtait à en remonter la fermeture quand Norbert a insisté :

— Comme tu voudras. On peut commencer sur ce rythme. Une fois la semaine. Mais fixons le jour. Tu sais comment je suis. Le jeudi par exemple. Nous sommes aujourd’hui jeudi et tu as pu trouver le temps de passer me voir. Ça doit être un jour qui te convient. Pour moi, c’est parfait. On dit ça ? Le jeudi. Le matin ou l’après-midi ?

Norbert avait parlé vite, la voix âpre. Il essayait de prendre de cours le temps qui passait. Anaïs l’a compris en le voyant s’essouffler à la fin de sa tirade, un peu longue pour un homme de son âge. Elle s’est détendue, le péril n’était pas si grand. Elle jugeait maintenant Norbert ridicule et n’était pas loin de le prendre en pitié. Elle a manœuvré :

— Le jeudi ? Pourquoi pas. Mais pas la semaine prochaine. Je t’appelle dans une dizaine de jours pour te le confirmer.

Elle a consulté sa montre. 17 heures. Elle était arrivée vers 16 heures. Il lui semblait pourtant être là depuis une éternité. Je dois me sauver, lui a-t-elle dit en remontant d’un geste énergique la fermeture éclair de son blouson.

— Tu as un vernissage jeudi prochain ? lui a demandé Norbert d’une voix dépitée car il savait qu’Anaïs ne le rappellerait pas. Il l’avait fait fuir. Voilà la vérité. Trop empressé, abrupt, rugueux. Il aurait dû la laisser venir vers lui au lieu de la brusquer. Il tentait malgré lui de la retenir. Il savait que c’était peine perdue.

— Oui. Un gros truc. Tu connais Pierre Vandre ?

— Ce con ! s’est-il s’exclamé.

— Pour toi peut-être. Mais tout le monde en parle.

Anaïs avait déjà fait quelques pas vers la porte. Norbert s’est presque précipité sur elle. Celle-ci a glissé ses deux mains dans les poches de son jean. Elle ne voulait ni embrasser Norbert, l’idée seule la dégoûtait, ni lui serrer la main car elle eût paru ridicule. Elle s’est contentée d’offrir au vieil homme un sourire magnifique, à la fois généreux et insolent. L’instant d’après elle poussait la porte de la galerie en lâchant un « à bientôt » qui ressemblait à un ouf de soulagement.

Resté seul, Norbert s’est rappelé qu’elle avait oublié de lui apprendre la raison de sa visite. Il s’est précipité sur le perron de la galerie mais l’oiseau s’était envolé.

 
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