Découverte des "Livreurs"

Alphonse Allais, le virtuose de l'humour

 Alphonse Allais est un immense humoriste dont les écrits demeurent encore par trop méconnus. Redécouvrons sa vie et son oeuvre.

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Alphonse Allais : une vie, entre blagues de potache et chroniques à succès

 Né en 1854, fils de pharmacien destiné aux mêmes études que son père, le jeune étudiant un peu foutraque préfère passer ses journées confortablement installé dans les cafés du Quartier Latin ou encore à chahuter dans les rues de Montmartre avec ses camarades du club des Hydropathes, plutôt que de s’encager dans une école de pharmacie dont il n’a que faire. Ce que voyant, son père s’empresse de lui couper les vivres, précipitant ainsi et bien malgré lui les débuts de la carrière littéraire de son indigne fils. C’est un Alphonse quelque peu en dèche qui s’essaie d’abord à la photographie, sans succès ; il se tourne alors vers le journalisme. Ses chroniques humoristiques, empreintes d’un cynisme goguenard, connaissent un certain succès, qui s’accroit avec la renommée des revues auxquelles il contribue : Le Chat Noir (dont il devient directeur en 1886), Le Journal, Gil Blas… Ses petits contes grimaçants et ses histoires écrites sur le pouce sont particulièrement appréciés du public parisien, qui y retrouve certaines figures des milieux intellectuels de la capitale.

Alphonse Allais, farceur polyvalent

C’est à cette période, au début des années 1890, que paraissent les premiers recueils d’Alphonse Allais : À se tordre puis Vive la vie ! ; ils sont suivis de plusieurs autres ouvrages, qui achèvent d’asseoir la renommée d’Allais en tant qu’humoriste, auteur des meilleurs calembours de la Belle Epoque. Néanmoins, l’homme s’avère être un farceur polyvalent : il expose, lors des Salons des Arts incohérents, des œuvres monochromes malicieusement intitulées Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige – pour une feuille blanche -, Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer Rouge – teinte en rouge -, Manipulation de l'ocre par des cocus ictériques – jaune… Allais crée ainsi une forme d’art abstrait avant l’heure, à travers un « monochromisme » comique et poétique. Toujours dans la veine des créations-humoristiques-mais-accidentellement-avant-gardistes, Allais compose par dérision une pièce musicale intitulée Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd, qui s’avère être complètement muette, devançant par là la musique expérimentale de John Cage ou Philip Glass. Enfin, l’écrivain, qui conserve des dispositions scientifiques, se livre à de nombreuses expériences d’optique, de chimie ou encore sur la synthèse de pierres précieuses ; il dépose en outre un brevet pour le café lyophilisé.

Une mort comme une plaisanterie

 Vers la fin de sa vie, Alphonse Allais possède des habitudes d’écrivain bien rodées : dans son journal, Jules Renard détaille le train-train d’Allais : "[Il] s'installait à une table de café, à Honfleur ou à Tamaris, selon la saison, remplissait deux feuillets d'une traite et sans rature, et les faisait poster à la gare. " Alphonse Allais meurt en 1905 à Paris d’une embolie pulmonaire. La veille de sa mort, il déclare à un ami : « Demain je serai mort ! Vous trouvez ça drôle, mais moi je ne ris pas. Demain, je serai mort ! » Tous croient à une énième blague.

"Vive la vie!", le recueil malicieux  d'Alphonse Allais

 Vive la vie ! est un recueil de vingt-neuf nouvelles – sans compter la dédicace – publié chez Flammarion en 1892. Il constitue en fait l’un des tous premiers ouvrages d’Alphonse Allais. La nouvelle Crime russe parodie ouvertement le roman russe, courant littéraire au sommet de sa gloire tout au long du XIXème siècle, avec pour chefs de file Dostoïevski, Gogol, Tolstoï… Poussant sa malicieuse logique jusqu’au bout, Allais signe Crime russe du sobriquet « Alphonski Allaisoff ».

Le prix Alphonse Allais créé en 1954

En 1954, à l’occasion du centenaire de la mort d’Alphonse Allais, est créée l’Académie du même nom (A.A.A.) qui s’attribue la tâche solennelle de remettre le prix Alphonse-Allais aux « héritiers » de l’écrivain, qui sont alors intronisés Académiciens Allais lors d’une cérémonie officielle à Honfleur. Ont ainsi été récompensés, entre autres, Michel Leeb,  Laurent Gerra, Arletty, Pierre Perret, Philippe Bouvard, Jean-Jacques Sempé, Pierre Bellemare, Sim, Pierre Tchernia, Francis Perrin, Philipe Geluck

Un humour critique

Comme mentionné en introduction, le talent d’écrivain d’Allais se trouve, encore de nos jours, occulté par le succès qu’ont connu ses bons mots – certaines de ses plus fameuses citations sont largement reproduites : « À quoi bon prendre la vie au sérieux, puisque de toute façon nous n'en sortirons pas vivants ? », « Ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain. », « Parlons peu, mais parlons bien! »… Pourtant, Allais est à l’origine d’une importante et hilarante bibliographie, qui comporte de nombreux recueils d’histoires loufoques dont le célèbre Le Parapluie de l’escouade, publié en 1893, où n’interviennent aucun parapluie ni aucune escouade ; mais aussi Le Captain Cap, qui met en scène le personnage éponyme. De son vrai nom Albert Caperon, il fut candidat aux élections législatives d’août 1893 et nourrissait pour Paris les projets les plus fantasques, tels que la transformation de la place Pigalle en port de mer ou la construction d’une piste nautique sur la butte Montmartre…

Un héritage éclectique

Jeune, Alphonse Allais fomentait déjà de savoureuses farces : il est un bachelier amateur d’explosifs et une recrue du service militaire particulièrement rigolarde ; ces épisodes de sa vie inspirent d’ailleurs grandement son œuvre écrite par la suite. Néanmoins, sous un humour d’apparence légère et joyeuse se cache en réalité un certain désenchantement très critique vis-à-vis de ses contemporains, notamment de la société des petits-bourgeois, qu’il sait être l’un de ses lectorats principaux mais qu’il ne s’empêche pas de moquer constamment dans ses écrits. L’une de ses cibles favorites est campée par le critique Francisque Sarcey ; parangon de l’homme petit-bourgeois, il ne s’offusque cependant pas le moins du monde d’être parodié par l’écrivain humoriste qui signe parfois ses chroniques de son nom ou de son dérivé Sarcisque Francey. On croise encore dans les chroniques d’Allais quelques autres des personnalités les plus en vue de l’époque : Pierre Loti, Paul Déroulède, Cléo de Mérode… L’auteur joue ainsi sur un registre comique qui n’a jamais cessé de rencontrer le succès jusqu’à nos jours : inviter la société à rire de ses Princes.

Alphonse Allais, un " roi de l'humour" malgré lui

 On ne parlera jamais assez longuement de la figure d’un écrivain : outre sa biographie, l’ensemble de son œuvre apparaît comme la prolongation de sa personne, comme un morceau de son corps d’écrivain mais tangible celui-là, accessible et surtout analysable par tous. Allais nous laisse nombre de textes inventifs et drôles, épinglant avec une virtuosité acerbe non seulement son époque mais les travers intemporels d’une société. On lui attribue l’un des plus grands esprits créatifs du XIXème siècle, sans cesse la plume à la main, aux aguets d’une idée à coucher dans les colonnes des revues parisiennes. Un peu juge de la médiocrité trop fière, un peu bouffon de la capitale-reine, un peu roi malgré lui, quand même.

La redécouverte d'Alphonse Allais par Félix Libris

 On l'aura compris, Alphonse Allais est un immense humoriste dont les écrits méritent d'être redécouverts. Et comme bon nombre d'humoristes, ses écrits s'entendent autant qu'ils se lisent.Cet aspect n'a pas échappé aux Livreurs, ainsi qu'à  Félix Libris, star internationale de lecture à voix haute, qui interprète Crime russe, une nouvelle farfelue et pleine de "couleurs" tirée du recueil Vive la vie ! En exclusivité pour les lecteurs de Viabooks  un extrait sonore de ce chef-d’œuvre d’humour grinçant à découvrir dans cette vidéo. 

Pour aller plus loin

>>L’ouvrage d’Alphonse Allais Vive la Vie !,  est disponible ici gratuitement dans sa version originale

>>Un essai sur le comique dans l’œuvre d’Alphonse Allais, de Jean-Marc Defays, est également consultable en partie ici

 >>Enfin, pour en savoir plus sur la politique rocambolesque du Captain Cap, rendez-vous sur le site de l’Assemblée nationale, qui livre son programme ici.

>>L’extrait sonore de la lecture du Crime russe par Félix Libris est également en ligne sur soundcloud.

>>Et bien sûr, ne manquez pas de retrouver le programme des autres spectacles des Livreurs, lecteurs sonores, sur leur site. 

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